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2012, l’année de la bouse.

08/01/2013

A en juger par les cadavres de sapins qui tapissent les rues de la ville, les fêtes, c’est fini, et nous voilà partis pour 3 mois de statuts Facebook dédiés aux innombrables teintes de gris du ciel parisien. Mais aurais-je pu dire adieu à 2012 sans un dernier hommage ému à ce que cette année m’a offert de plus agaçant en matière de cinéma ?

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10. Argo

Oui, oui, je sais, c’est ton film préféré, celui de ta mère, de ton cousin et de ton chien aussi, mais qu’y puis-je ? Malgré une filmographie sans éclat, Ben Affleck est bien parti pour devenir le Clint Eastwood/Robert Redford/Kevin Costner 2.0, à savoir cet acteur viril et gentiment limité que tout le monde intronise nouveau John Ford le jour où il parvient à réaliser un film sans faire tomber la caméra par terre. Ah j’oubliais, il s’est laissé pousser une barbe. UNE BARBE, NOM DE DIEU !

Mais là où Gone Baby Gone et The Town étaient sympathiquement inoffensifs, Argo est sans nul doute l’arnaque de l’année : un petit thriller correctement ficelé vendu comme une œuvre « aux résonances avec l’actualité du Moyen-Orient » (parce qu’il y a des iraniens dedans tavu ?) alors que sa célébration simplette de l’héroïsme de la CIA évacue tout contexte politique à l’exception d’un prologue Wikipedia. Ben Affleck convoque les fantômes de Lumet et Pakula à coup de logo Warner 70’s, mais son approche fétichiste trahit spécifiquement tout ce qui faisait le prix de leur cinéma engagé, urgent et vital, qu’il se contente de singer scrupuleusement pour se racheter une crédibilité. Incapable de résister à l’envie de s’autocongratuler, Affleck a même le toupet de faire de son générique de fin un dépliant de photos d’archives pour nous montrer à quel point sa reconstitution est authentique, après un film dans lequel on franchit le parvis de la Mosquée bleue pour entrer à Sainte Sophie, parce que ces églises de bougnoules, franchement, qui va faire la différence ?

Dans cette fabrication purement hollywoodienne qui s’affranchit de toute notion de crédibilité en placardant « HISTOIRE VRAIE » sur sa porte d’entrée, la seule solution de notre espion barbu pour libérer ses otages est donc de préparer un vrai film avec une vraie équipe pour berner les ayatollah. Parce que clairement, le barbu de l’aéroport fait carrément la différence entre la voix de John Chambers, maquilleur oscarisé, et celle d’un stagiaire de la CIA. Et pour se retrouver en couverture de Variety, allons-y, produisons des films, parce que l’imprimante de la CIA était en panne ce jour-là ! Mais puisqu’on vous dit qu’elle est VRAIE cette histoire ! La preuve : Jimmy Carter s’en souvient encore !

Mais parader un ancien président sénile n’y change rien : je me fous que l’histoire soit vraie, ce que je veux c’est y CROIRE. Et la seule chose qu’Argo me donne à croire, c’est que le plan de Tony Mendez était complètement débile. Nul doute que celui-ci méritait un film moins désespérément superficiel.

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9. Cherchez Hortense

Le cinéma du pourquoi. Pourquoi, pourquoi, pourquoi ce film existe-t-il ? Certes, le métier d’un réalisateur est de réaliser des films, mais est-ce vraiment raisonnable quand on n’a à ce point rien à dire ? Une trame dont le minimalisme frise le néant, une notion des rapports humains déconnectée de toute forme de réalité, un sous-texte politique stérile, un style qui se limite à filmer arbitrairement des décors rigolos (Kikou Niemeyer et Buren !), une conception de l’humour qui confond sophistication et apathie, et des personnages si inconsistants que les grands acteurs qui les défendent (mollement) sonnent faux de la première à la dernière seconde. Qu’y a-t-il là dedans qui justifie au moins deux ans de travail, de vastes sommes investies, et surtout 1h40 de mon précieux temps ?

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8. Albert Nobbs

Dans ce film adapté d’une pièce de théâtre, Glenn Close joue une femme qui se fait passer pour un homme dans l’Irlande du XIXème siècle. Peut-être ce dispositif fonctionnait-il sur scène, mais malgré ses traits anguleux, sa large carrure et son considérable talent, force est de reconnaître que cette Glenn Close à perruque ressemble à tout plein de choses -entre autres, un mannequin en cire, un oiseau de proie particulièrement constipé, ou une Glenn Close à perruque super flippante- mais PAS DU TOUT à un homme. Ce qui pose un problème de crédibilité, d’autant plus que l’actrice -sans doute déstabilisée de ne pas interpréter une harpie diabolique pour la première fois en 25 ans- livre une performance d’une stupéfiante inertie, impeccablement en phase avec ce récit d’une morosité déconcertante, dont l’exécution somnambulique manque cruellement de lapins exécutés à l’eau bouillante.

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7. & 6. Pack « Matthias Schoenaerts joue un demeuré »

Sans conteste LA révélation du cinéma européen en 2012, Matthias Schoenarts est un de ces acteurs intenses et physiques que l’on croyait réservés à l’Espagne (Bardem, Tosar). Quel dommage qu’il nous ait fallu le subir dans deux films étouffe-chrétiens dont la complaisance misérabiliste n’a d’égale que la prétention arty. Dans Bullhead et De Rouille et d’os, Schoenaerts joue plus ou moins le même bœuf demeuré, violent et renfermé, dont on imagine que le modèle a été le même : l’immortel Jake La Motta incarné par Robert De Niro dans Raging Bull. Mais là où Scorsese ne plaidait jamais pour notre sympathie, Michaël R. Roskam et Jacques Audiard nous supplient presque à plat ventre d’avoir de la compassion pour leur brute épaisse, le premier en jouant la carte de la tragédie via une révélation aussi grossièrement psychologisante que difficile à avaler, d’autant plus qu’elle est dévoilée dans une série de flash-backs dont le ridicule laisse pantois ; le second en misant tout sur l’aspect social pour excuser le comportement du bonhomme :  en gros, il a eu la vie dure, par conséquent il nous faut lire dans sa brusquerie un océan de délicatesse, c’est Marion qui le dit. ALO UI CER PLEURNICHERIES REDEMPTRICES O TELEPHONE.

Difficile de choisir entre le symbolisme pataud de Bullhead et l’exaspérante incertitude narrative de De Rouille et d’os, adaptation de plusieurs nouvelles qu’Audiard n’est jamais parvenu à  fusionner de façon convaincante, se contentant en guise d’unité thématique de faire endurer à ses malheureux protagonistes à peu près tous les faits divers possibles et imaginables, à tel point que l’on en vient in fine à se demander si l’effet recherché n’était pas la comédie (plouf !)

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Pack « Biopic moisi »

Ah le biopic ! Ce genre anticinématographique en diable qui fleurit chaque année sur nos écrans comme les récompenses sur les cheminées de ses interprètes grimés. Cette année, ce n’est pas un, ni même deux, mais bien TROIS biopics qui ont obtenu mes faveurs – 3  biopics de la pire espèce, de ceux qui s’emploient à raconter toute la vie de leur protagoniste, de la naissance à la mort. Bâti sur des antiscénarios qui se contentent d’enfiler les événements sans le début d’une idée de construction dramatique, ces biopics fonctionnent sur le mode suivant :

Alors il est né, et après il s’est passé ça, ensuite ça, après ça, et puis après ça, et évidemment ça, et enfin ça, et puis il est mort. FIN.

6. Cloclo

Non mais sans blague, CLOCLO ?

Je ne vais même pas essayer de vous mentir: je hais Claude François. Je le hais absolument, lui et tout ce qu’il incarne : son physique ridicule, son masque cireux, son sourire grimaçant, sa voix chevrotante, ses tubes de supermarché, ses chorégraphies minables et ses fringues de plouc. Mais je ne suis pas fermé, et lorsque j’ai vu les critiques se prosterner de concert, puis des gens à peu près sensés encenser, je me suis dit pourquoi pas ?

Cloclo ne cherche à aucun moment à faire exception à la règle du biopic moisi : TOUT y passe. De la voyante qui annonce à Maman Cloclo que le nom de son fiston sera écrit en lettres de feu, à l’évenement-traumatisant-qui-marquera-toute-sa-vie (son papa le fout dehors parce qu’il ne veut pas d’un fils saltimbanque), en passant par l’inénarrable moment-clé où il compose son tube phare en regardant les nuages (Comme tous les joou-reus… Non… Comme d’habitu-deuuu… Ca sonne mieux !), ou encore l’obligatoire scène ou son épouse éplorée lui assène ses quatre vérités sur son comportement de cochon : aucun cliché biographique ne nous a été épargné. Pire que tout, à vouloir éviter à tout prix la redoutée hagiographie, le film nous présente un bonhomme si abominable qu’il finit par s’auto-détruire sous nos yeux : car en fin de compte, ce faiseur de fric éhonté, crétin et d’une vulgarité à pleurer, dépourvu de tout talent observable si ce n’est celui d’adapter en français de tubes déjà testés, qui se révèle en plus être un odieux pervers narcissique, justifie-t-il jamais d’être le sujet de film de 2h30 ? Se gardant bien de porter un jugement sur sa sacro-sainte discographie, le film se contente de nous révéler que Cloclo fut la victime de sa propre pathologie : maniaque depuis l’enfance, il ne pouvait évidemment pas résister à l’impulsion de revisser une ampoule en prenant sa douche. Si ça c’est pas de la tragédie.

Spécialiste du film d’action bourrin parachuté dans cet univers de paillettes et de brushings terrifiants, Florent-Emilio Siri tente de sauver sa réputation à coup de plans-séquences aussi spectaculaires que gratuits, qui n’ont d’autre but que d’alerter le spectateur sur sa virtuosité et confirment la vacuité absolue de son style, qui se limite à assembler des montage séquences sur les chansons appropriées : Cloclo a 17 ans ? 17 ans ! On est en 1962 ? Cette année-là ! Cloclo est mal aimé ? Le mal aimé ! (Sans doute conscient que Comme d’habitude est le seul morceau potable à sa disposition, il nous l’inflige pas moins de 4 fois.) Si Jérémie Rénier parvient à s’extraire de ce guet-apens avec sa dignité, on ne peut pas en dire autant de Benoît Magimel, qui a planqué trois polochons sous sa chemise et s’est collé la perruque des LFMAO sur la tête pour jouer le producteur Paul Lederman. Nul doute que Benoît avait en tête le Sean Penn frisoté de Carlito’s Way, mais avec son allure grotesque et son accent pied-noir tout droit sorti du Bébête Show, il semble plutôt mûr pour jouer le mari de Michèle Laroque dans Comme t’y es belle 2: Retour au Normandy.

5. J. Edgar 

Fascinant comme mon opinion sur le dernier film-mausolée de Clint Eastwood n’a pas évolué d’un iota entre la vision de la bande annonce (2 minutes 29) et celle du film lui-même (137 minutes).

4. The Iron Lady

Après Claude François par le réalisateur de L’ennemi intime, Margaret Thatcher par la réalisatrice de Mamma Mia ! Ceux qui ont vu ne serait-ce qu’une séquence de Mamma Mia savent que que Phyllida Lloyd est sans nul doute l’une des réalisatrices les plus incompétentes de l’histoire du cinéma. Peu lui importe la dramaturgie, le découpage, le cadre, la lumière ou le montage pourvu qu’elle ait Meryl Streep et l’inimitable répertoire d’ABBA/l’inimitable parcours de Maggie Thatcher. De même que les chansons du groupe suédois étaient alignées indifféremment sans notion de cohérence dramatique ou thématique dans Mamma Mia, la vie de Thatcher est passée au mixeur de Madame Lloyd, qui n’en a retenu que deux éléments clés :

  1. C’est une femme
  2. Elle a été premier ministre

C’est peu dire que la politique n’intéresse pas Madame Lloyd et qu’elle n’a aucun point de vue sur le sujet. D’ailleurs, pourquoi s’emmerder avec la politique d’une des figures les plus controversées du XXème siècle quand on peut faire un film sur une vieille dame atteinte d’Alzheimer qui court partout dans sa maison après son mari fantôme ? Avouez que c’est quand même beaucoup plus intéressant. Tombée au champ d’honneur, l’artiste délicate qui composa jadis avec une infinie précision des figures aussi indélébiles que Joanna Kramer, Karen Silkwood ou Susan Orlean, remplacée ici par un créature adepte du kabuki, qui a désormais tout d’une entertaineuse de Vegas et plus grand chose d’une actrice. Amen.

Le Top 3 au prochain épisode ! Bonne année !

Depardieu et Torreton, le marteau et l’enclume.

21/12/2012

La France se fait chier. Éternellement insatisfaite, elle ne cesse d’évoquer avec nostalgie un ancien président abhorré mais qui avait le mérite de la faire palpiter tandis qu’elle se liquéfie chaque jour un peu plus devant la mollesse de celui qu’elle s’est choisie pour lui succéder. Vieille rombière au passé tumultueux, la France cherche à se divertir mais à moindres frais. Tous les moyens sont bons pour oublier un moment son petit train-train pas même bousculé par une crise tiède qui n’a pas le panache de vider ses étals de supermarchés. La récente décision de Gérard Depardieu de prendre la nationalité belge et les réactions qui s’en sont suivies auront donc eu le mérite de sortir les français de leur langueur quotidienne et les rassembler sur les bancs de leur arène préférée: celle de la polarisation express.

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D’un coté, Gérard Depardieu, acteur talentueux qu’on ne présente plus tant il est devenu, par la gauloiserie de sa filmographie et de ses moeurs alimentaires, le symbole de notre patrie à l’étranger. Gégé veut prendre la nationalité belge mais – voilà – les français, dont Jean-Marc Ayrault, sont des spectateurs assidus de «Capital» et ils savent que le système fiscal belge est beaucoup plus clément vis à vis des grosses fortunes que ne l’est son équivalent français. Les commentaires rageurs ne tardent donc pas à pleuvoir sur Cyrano qui en a vu d’autres et qui décide de rosser ses adversaires. Dans une lettre un peu brouillon, il s’en prend légitimement à Mr Ayrault qui avait qualifié sa décision d’ «assez minable», invoque des raisons «nombreuses et intimes» à sa volonté de partir, clame son amour pour la France et demande que sa décision soit respectée à défaut d’être approuvée.

Jusqu’ici, j’ai envie de dire qu’il n’y a rien de choquant : Gérard Depardieu prend une décision qui ne regarde que lui et que n’interdit aucune loi. Le fait d’émigrer est une action toujours motivée par la perspective d’une herbe plus verte ailleurs et ce, depuis que l’homme est anthropologiquement capable de faire son baluchon. Pourquoi, sous prétexte de sa célébrité et de son extrême richesse, un individu devrait soumettre à référundum national la moindre de ses actions?  Tout ce tapage traduit un spectaculaire processus de mélenchonisation des esprits : instaurer une police de la pensée chargée de faire respecter la vertu citoyenne, traquer les exilés fiscaux et ceux qui pourraient être tentés de se faire la malle, leur faire les poches, les déchoir de leur nationalité, les envoyer en prison pour haute trahison…autant de conceptions charmantes jugées encore un peu excessives dans les cercles gouvernants mais qui imprègnent une frange de plus en plus grande du peuple de gauche.

La polémique aurait pu s’arrêter là si le comédien Philippe Torreton n’avait décidé de prendre sa plume pour accabler le félon Depardieu. Acteur de talent mais personnalité agaçante comme le sont toutes celles pour lesquelles un artiste se doit autant d’être bruyamment de gauche qu’un pape ne se doit d’être catholique, Torreton s’est fendu d’une lettre acerbe adressée à son confrère qu’il publie dans Libé. Un passage de cette missive dans laquelle Torreton apostrophe Depardie m’a particulièrement frappé: «Mais, Gérard, pensais-tu qu’on allait approuver?» Je me demande ce que désigne ce «on» si redouté qu’on doive lui demander son approbation pour chacune de nos décisions personnelles? Mais bien sûr! Il s’agit des éternels, des magnifiques tribunaux révolutionnaires qui, hier encore, faisaient la gloire de Moscou et dont les impitoyables coups de marteaux retentissent aujourd’hui depuis Teheran! C’est l’avènement de ce genre d’ instances prétendument démocratiques qu’appellent de leurs voeux Philippe Torreton, Nathalie Artaud et Marine Le Pen dans des langues certes différentes.

Dans sa lettre, Capitaine Conan accuse Cyrano de ne penser qu’à sa gueule et il a très certainement raison. Mais penser à soi et aux siens avant de penser au reste de l’humanité est une tendance humaine (notez que je dis «humaine» et pas «naturelle»). Tant qu’une république de l’altruisme et du partage consenti ne se sera pas dressée, il est fort à parier que les individus dans leur écrasante majorité continueront de préférer le gris-pigeon au blanc-colombe pour leurs parures. Le droit à l’égoïsme doit être d’autant plus défendu lorsque c’est un populisme déguisé en vertu qui entend le mettre à mal.

Depardieu ne se relèvera probablement pas de cette histoire. Celui qui au fil des décennies s’est hissé au rang de roi des masses populaires, a fini par montrer une déconnexion totale avec celles-ci qui ne lui sera pas pardonnée. Mérite-t-il seulement ce pardon, cet apaisement? Rien n’est moins sûr car lorsqu’il se focalise sur ces 145 millions d’euros d’impôts payés sur toute une vie, il oublie un peu vite que le système français de financement du cinéma et de redistribution des recettes est unique au monde par sa prodigalité. C’est ce modèle étatique de ponction et de redistribution par le CNC qui permet à la fois de soutenir les petits films et de financer les grosses machines qui peuvent, dans ces conditions exceptionnelles, payer les salaires colossaux des superstars de la trempe de Gégé. Qu’il aille seulement voir à quelle hauteur sont rémunérés les vedettes des cinémas espagnol, italien, allemand ou hollandais…il comprendra peut-être que la France exige certes beaucoup de lui, mais qu’elle fut et qu’elle reste incomparablement généreuse à son égard.

Lettre ouverte à la direction de la rédaction du Figaro

17/12/2012

journaliste-tintinChers pourvoyeurs d’information,

Je viens de finir la lecture de l’article de Delphine de Mallevoüe censé rendre compte des manifs pro-Mariage Pour Tous du Dimanche 16 Décembre. Je n’ai jamais rien lu d’aussi rance de ma vie émanant d’un journal de l’importance du vôtre, en France. Vous me direz, je ne lis pas Minute ou Présent, donc je n’ai pas vraiment de point de comparaison, mais j’irai m’en informer dans les plus brefs délais, histoire de pouvoir trouver de quoi remplir l’espace entre la fange et l’article en question. L’espace étant en l’occurrence très étroit, j’ai bien peur d’échouer.

Il me semble (mais vous voudrez bien m’arrêter si je me trompe), que le journalisme, dans sa forme la plus pure, se doit de tendre à l’objectivité totale sur le sujet qu’il traite. C’est le contrat de confiance qu’un titre de l’importance et du supposé sérieux du vôtre signe avec ses lecteurs. Le Figaro est un quotidien d’information, ce qu’il offre donc à ses lecteurs, c’est de l’information, pas la vision personnelle d’une journaliste visiblement et ouvertement biaisée. Ou alors, on appelle ça un édito, un billet d’humeur, ou un essai. Pas de l’information.

Les rapports que Delphine de Mallevoüe semble entretenir avec quelques groupes anti-Mariage pour tous, d’abord, m’interrogent sur l’objectivité du journaliste face au sujet. Mais je vais me faire l’avocat du diable et partir du principe que les likes sur son profil Facebook de médias et d’associations ayant ouvertement combattu le projet de loi dont il est question aujourd’hui ne sont, au mieux, que des likes destinés à de l’investigation sur l’avis général des opposants, au pire, une coïncidence malheureuse*. Je n’ai effectivement pas l’audace de penser que vous donneriez tribune libre à une enragée de l’anti-« mariage gay » pour traiter ce sujet de manière objective.

Ensuite, comme soulevé par plusieurs commentateurs éclairés de votre site, les manipulations dont votre journaliste use pour conforter son postulat de départ (faux, finalement), est assez incroyable. Commencer par comparer les chiffres des manifestations anti ayant eu lieu sur toute la France à une unique (celle de Paris) Alors que tant d’autres se sont aussi tenues ce week-end (Marseille, Lyon, Nantes, et plusieurs autres grandes villes). Vous conviendrez que pour rester objectif, le bon sens admet de comparer ce qui est comparable.

Je passerai sur les raccourcis (« les jeunes « de gauche », « la sono hurlante » (Là encore, un avis subjectif, puisque de celui de beaucoup de manifestants présents, l’ambiance était assez calme)) dont votre journaliste truffe son papier, pour finir par m’arrêter sur le dernier paragraphe, celui ou Mme Mallevoüe cite un enfant de famille homoparentale, accompagnant ses mamans à la manifestation. C’est de loin la manoeuvre la plus ignoble de cet article (vous excuserez la violence du mot employé, mais je n’ai rien trouvé d’autre pour la qualifier). Réduire l’avis de tous les enfants présents à la manif par celui-ci, tout en n’ayant visiblement pas pris la peine d’aller demander à tous les enfants trainés par leurs parents anti-mariage aux manifestations de Novembre dernier si eux aussi étaient contents de passer leur dimanche dans le froid, fait preuve d’un biais hallucinant. Et puis résumer et statuer de toute la question de l’homoparentalité et du mariage pour tous en s’appuyant sur le seul témoignage d’un enfant de 7 ans (7 ANS) donne bien évidemment à cet article toute la caution de sérieux et de professionalisme qu’il mérite.

Ce papier est donc, dans sa globalité comme dans ces détails, une aberration journalistique indigne d’un quotidien comme le vôtre. Je ne partage pas les opinions générales de votre rédaction, mais n’ai jamais lu quelque chose d’aussi abject dans vos pages. Je trouve ce genre de sortie de route inadmissible.

Cordialement,

L’Arabe de C’est La Gêne

PS : Pour finir, je vous laisse le lien vers un article de vos confrères de Direct Matin, qui, eux, font état de 100 000 manifestants tout se payant le luxe d’être beaucoup plus objectifs que votre journaliste.

http://www.directmatin.fr/france/2012-12-17/100-000-manifestants-pour-le-mariage-pour-tous-293659

* : Nous n’avons pas mis de lien vers le profil Facebook de Mme Mallevoüe dans un souci de protection de sa vie privée, même si ce profil est accessible à tous. (MàJ: Depuis, Mme de Mallevoüe a supprimé tous les liens avec les différents groupes dont je parle dans l’article (RCF, Famille Chrétienne et l’Association Saint-Vincent de Paul))

Lettre ouverte aux homophobes qui s’ignorent

03/12/2012

Y’A QUELQU’UN ???

Samaritaine

Voilà près d’un an que C’est La Gêne a fermé boutique.

Si vous traînez encore dans ce grand magasin déserté, vous savez forcément pourquoi je suis de retour. Entre nous, je me demande parfois si ce débat concernant le mariage pour tous n’a pas été initié tout spécialement pour me faire sortir de ma retraite.

Comme prévu, rien ne nous a été épargné : les vieilles ganaches religieuses y sont allés de leur couplet obscurantiste (Big Up à Monseigneur 2-3), les représentants de minorités insignifiantes se sont offusqués que l’on se préoccupe des droits d’autres minorités insignifiantes (Kikou Rabbin Bernheim !), les réacs de tous bords ont vomi leurs comparaisons avilissantes (Pédophilie ! Zoophilie !), tandis que tous l’arsenal des argument imbéciles y est passé, des plus hystériques (la destruction de notre société, rien que ça) aux plus fallacieux (suppression des statuts de père et de mère, mensonge aux enfants adoptés sur leurs origines), des plus ignorants (la décadence des Grecs, forcément) aux plus hypocrites (un enfant ne peut grandir sans un papa une maman, comme le montrent chaque année les légions de déséquilibrés issus de familles monoparentales…) Jusqu’à ce député, Nicolas Dhuicq, qui nous a expliqué la semaine dernière que les familles homoparentales produiraient à coup sûr des futurs terroristes internationaux. Et moi qui croyais que tous ces aspirant géniteurs invertis n’étaient bons qu’à nous fabriquer une génération de fiottes fan de Mylène Farmer. En voilà un soulagement.

Autant vous dire que si je reprends du service aujourd’hui, ce n’est pas pour m’insurger contre ces fanatiques écumants – d’abord parce d’autres l’ont fait mieux que je ne le pourrais (notamment la bouillonnante Virginie Despentes dans un billet rageur publié par Têtu)- mais aussi parce que j’ai des trucs plus intéressants à faire, genre me couper les ongles. Non, ceux qui me hérissent le poil ces jours-ci, ce sont les homophobes qui s’ignorent, ceux qui se vivent comme de grands progressistes tout en invoquant des arguments spécieux pour tourner le dos au changement.

Mizaru

Ça a commencé pendant la campagne présidentielle. Au cours d’une soirée entre amis, alors que j’expliquais mon intention de soutenir François Hollande en citant principalement son engagement en faveur du mariage pour tous, quelle ne fut pas ma surprise de m’entendre rétorquer poliment que mon vote était égocentrique, et que, quand même,  il y a d’autres sujets ! La personne en question, que nous appellerons Mizaru, ne pensait nullement à mal, et l’argument lui a sans doute semblé logique : Foutrement communautaristes, ces homosexuels : peu leur importe les grandes questions politiques, seulement leurs histoires de fesses !  Mizaru n’a sans doute même pas fait le rapprochement avec la conversation que nous avions quelques instants plus tôt, au cours de laquelle il m’expliquait qu’il voterait Sarkozy essentiellement pour des questions d’impôts. Nul égocentrisme là-dedans, assurément.

Je ne nie pas être égocentrique. J’ai voté pour François Hollande pour cette raison plus que n’importe quelle autre, parce que celle-ci a la possibilité de changer mon existence en profondeur dans un avenir relativement proche. Et en toute honnêteté, de combien de projets de loi peut-on affirmer une chose pareille ? Aurais-je du voter contre mes propres intérêts, voter pour celui des deux qui me proposait moins de droits que l’autre, afin de ne pas apparaître communautariste ? Mais pourquoi diable m’aurait-on mis un bulletin de vote entre les mains, si ce n’est pour tenter de défendre mes intérêts les rares fois où l’occasion se présente ?

Il se trouve par ailleurs que Mizaru fait lui aussi partie d’une minorité. On pourrait volontiers le qualifier de communautariste, et nul doute que son vote était -en plus de ses très altruistes préoccupations pécuniaires- motivé par des questions communautaires. Mais curieusement, seul mon communautarisme lui semblait égocentrique. Peut-être parce que le sien s’ancre dans ce que l’on admet communément comme une grande idée collective (Dieu), alors que le mien naît d’une notion largement plus prosaïque. Autrement dit, lui défend la parole divine au nom de tous ses frères, tandis que je défend mon droit à me faire enculer en toute légalité.

Que répondre à quelqu’un qui manifeste un tel manque d’empathie en une simple phrase, sans même s’en rendre compte ?

Mon cher Mizaru, je suis loin d’être naif et je n’ignore pas que comme une écrasante majorité d’hétérosexuels, tu te fous fout royalement de mes droits. C’est mon combat, pas le tien, et je comprends parfaitement qu’il ne te vienne pas à l’idée de lever le petit doigt pour que je sois un jour ton égal devant la loi. Mais ce combat est-il à tes yeux si insignifiant, si futile, si négligeable, qu’il me faudrait m’excuser d’en faire une priorité pour moi ?

Kikazaru

Après Mizaru, vient Kikazaru. Kikazaru, c’est le meilleur ami des pédés, celui qui est contre, mais attention, dans ton intérêt !

Mais le mariage c’est dé-pa-ssé ! C’est un tue-l’amour, vous ne savez pas la chance que vous avez d’y échapper ! Et puis c’est pas pour vous, c’est un truc de bourgeois ! C’est un truc qu’on devrait supprimer, alors crois-moi, vous êtes bien mieux sans !, t’explique en souriant Kikazaru, marié, deux enfants. C’est dire qu’il ne pense pas à mal ; au contraire, il s’imagine sincèrement faire preuve d’une ouverture d’esprit maximale, au point d’en être subversive.

De mon côté, je me prends à imaginer Kikazaru sur une plantation, en train d’expliquer à un petit noir que la liberté, c’est les soucis ! Tu sais ce qui va se passer si on te rend ta liberté ? Il va falloir que tu te trouves une maison, et un travail, et puis penser à t’inscrire à la sécurité sociale et à prendre une mutuelle, c’est des sacrées responsabilités mon gars ! Crois-moi, tu es bien mieux ici, à ramasser du coton sans te prendre la tête ! Extrême, ma comparaison ? Pas autant que la condescendance de mon ami Kikazaru. Et croyez-moi, on n’a pas goûté à la condescendance tant qu’on ne s’est pas vu expliquer qu’on n’a pas besoin de quelque chose par quelqu’un qui en jouit pleinement. Car peu importe que le mariage soit dépassé ou bourgeois, je veux moi aussi avoir le choix de NE PAS me marier, mon bon Kikazaru. Le cœur de ce débat n’est pas le mariage, mais l’égalité des droits.

C’est là que Kikazaru et sa clique vous sortent leur argument favori, merveilleusement formulé par la bien-nommée Frigide Barjot:

…en refusant le mariage gay,  [Dave, Catherine Lara et Hervé Vilard] cultivent ce qui fait leur singularité et leur richesse : la subversion homo !

Ah, la subversion homo ! Au-delà de plaisir surréaliste de découvrir que quelqu’un sur cette planète considère Hervé Vilard comme subversif, un petit exercice de transposition s’impose :

  • Autoriser les noirs à fréquenter des bars de blancs ? Mais il y perdraient ce qui fait leur singularité et leur richesse : cette extraordinaire aptitude à bouger leur boule sur des rythmes tribaux !
  • Permettre aux juifs d’exercer les métiers de leurs choix ? Mais il y perdraient ce qui fait leur singularité et leur richesse : leur légendaire sens des affaires !

Oui Madame Barjot, la discrimination et la misère humaine que celle-ci engendre sont des sources inégalables de créativité, et oui -pour prendre un exemple plus parlant que Dave, Catherine Lara ou Hervé Vilard, si vous le voulez bien- si Montgomery Clift n’avait pas été un pédé torturé, il n’aurait peut-être pas été un aussi grand acteur. Faut-il pour autant s’efforcer de maintenir en place la discrimination sociale dont il fût victime toute sa vie ? Diable de Lincoln, Beloved de Toni Morrison valait bien 400 ans d’esclavage. Et remercions tous en chœur Adolf Hitler d’avoir envahi la Pologne, sans quoi Roman Polanski n’aurait jamais pu réaliser Le Pianiste.

Car madame Barjot, si les homosexuels sont subversifs, c’est bien malgré eux ; ce n’est que parce que des gens comme vous persistent depuis des siècles à considérer leurs pratiques sexuelles comme subversives. D’ailleurs, n’ont ils pas perdu en subversion depuis la dépénalisation de l’homosexualité ? Ne faudrait-il pas revenir sur cette décision pour que nous retrouvions à vos yeux tout notre panache ?

Iwazaru

Et puis il y a le troisième, Iwazaru. Iwazaru est pour, mais il comprend ceux qui sont contre. Et par égard pour ceux-là, il pense que c’est trop tôt, tu comprends. Et il t’explique ça tranquilou à dîner, sans bien comprendre pourquoi tu t’étouffes avec ta salade.

Iwazaru a très bonne conscience. Il aime bien les films comme La Couleur des sentiments et A Royal Affair, des films qui parlent de vrais trucs, comme le racisme et les inégalités sociales, mais situés dans un passé suffisamment distant pour lui permettre de s’indigner confortablement de l’injustice qui régnait en ce bas-monde avant qu’on devienne des gens civilisés. Comment c’était pas cool, le passé ! Si Iwazaru avait été un nanti au XVIIIe siècle, c’est sûr, il se serait battu pour les droits des serfs ! Et s’il avait grandi dans le Sud des Etats-Unis dans les années 60, c’est évident, il aurait écrit un livre pour libérer les gentils noirs du joug des méchants blancs, parce que les obliger à s’asseoir au fond du bus, quelle injustice !

Ce qu’Iwazaru ne comprend pas, c’est qu’il regarde ces injustices avec ses yeux de spectateur du XXIème siècle. Et que s’il avait vécu en ces temps reculés, rien de tout cela ne lui aurait paru anormal. Oh bien sûr, il aurait peut-être été sensible aux injustices, mais il aurait très bien compris que des vieilles dames blanches ne supportent pas s’asseoir dans le bus à côté d’un noir. De leur temps, tu comprends. Et on ne va pas les changer à leur âge. Non, décidemment, c’est trop tôt. Et qui aurait trouvé son absence d’engagement choquante ? C’était la norme.

Ce que j’aimerais savoir, c’est si Iwazaru se retrouvait à table avec, disons, un algérien, oserait-il lui soutenir qu’il comprend les nostalgiques de la colonisation ? Bien sûr que non. Pourquoi ? Parce que cela équivaudrait à cautionner une idéologie raciste, et que le racisme, c’est mal. Et comment le sait-il, que c’est mal, notre ami Iwazaru ? Parce que dans notre pays, la discrimination raciale est illégale depuis plusieurs décennies. Ca n’empêche pas les gens d’être racistes, mais ça les force à s’en cacher, à en avoir un peu honte. Ca rend la vie plus facile aux minorités. Et petit à petit, le racisme perd du terrain. Mais comment diable Iwazaru pourrait-il deviner que cautionner la discrimination des homosexuels, c’est mal, vu que l’Etat lui-même participe à cette discrimination. Comment mes nièces pourraient-elle comprendre qu’il n’y a aucun mal à ce que leur tonton soit amoureux d’un garçon, puisque vous n’avez pas le droit de vous marier comme les couples normaux ?

C’est spécifiquement pourquoi, mon cher Iwazaru, l’Etat doit outrepasser la sensibilité des vieilles dames vertueuses pour montrer l’exemple, pour signifier que la discrimination, c’est mal, et pour que les gens respectables comme toi comprennent qu’on ne peut décemment pas balancer à la face d’un être humain qu’il est normal que ses droits fondamentaux passent après les hauts-le-coeur de ceux qui le considèrent comme un citoyen de seconde classe.

Alors à vous trois, Mizaru, Kikazaru et Iwazaru, mes trois petits singes de l’homophobie qui s’ignore, je suggère de prendre cinq minutes pour vous mettre à la place de ceux dont vous décidez du sort entre la poire et le fromage. Car si personne ne vous oblige à vous engager à nos côtés, ne vous imaginez pas que votre indifférence civilisée, votre inconséquence affable et votre mépris poli passent inaperçus. Imaginez vous dans 50 ans, quand nous aurons réduit l’homophobie à un sujet de mauvais film à Oscars ; je ne voudrais pas que les vilains conformistes iniques que vos petits-enfants hueront à l’écran vous rappellent de mauvais souvenirs.

La suite, et fin.

05/01/2012

Ca me fait tout drôle de devoir clore tout ça. Je vais essayer de ne pas dire trop de conneries.

C’est quand arrive le moment de fermer la porte derrière soi, sur un appartement qu’on a habité longtemps, dans lequel on a vécu des bonheurs intenses, d’abyssales déceptions, des murs qui vous ont vus dans votre meilleur état comme dans le pire, que survient le doute. Pourquoi je m’en vais? Pourquoi rendre les clés? On était bien ici, non? L’herbe a peu de chances d’être plus verte ailleurs, alors pourquoi?

Chacun d’entre nous a ses raisons. Moi, c’est parce que j’ai beau l’aimer de tout mon coeur cet appartement, ces quatre murs entre lesquels on a vécus, nous et vous tous, pendant maintenant presque deux ans et demi, je ne me sens plus aussi bon, et drôle et digne de votre lecture. Le cadre, l’anonymat (désolé pour ceux qui ont scrollé en bas de page pour y voir ma photo, je reste comme je suis), la vie, aussi, m’ont finalement donné l’impression de tourner en rond, ici. Et plutôt que de vous servir de la merde juste pour vous servir quelque chose, autant arrêter. Je ne m’en rendais pas vraiment compte lundi matin, lorsque Julien a posté ses adieux, mais je pense qu’il a eu le courage de faire ce que les autres avaient peur d’annoncer. Merci mon poulet, pour nous avoir mis « le feu au cul ».

Alors merci à toi, donc, Julien, pour ne m’avoir jamais épargné la critique lorsque je la méritais, merci à toi, Jo, pour avoir su pointer du doigt mes faiblesse avec douceur tout en nous poussant encore alors qu’on avait déjà un peu abandonné, merci à toi, La Meuf, pour avoir su m’écouter et me soutenir quand j’en ai eu besoin. Merci à vous trois de m’avoir fait rire, sourire, et pleurer, je me rends compte de la chance que j’ai eu d’avoir pu faire partie de cette aventure. Je n’en ai jamais vraiment douté, mais aujourd’hui, alors que tout se finit, j’en ai la certitude.

Merci à vous, tous, lecteurs, commentateurs, followers, haters. Merci de m’avoir donné maintes fois l’occasion de vous énerver de vous exaspérer, et de vous faire réagir. Merci de votre exigence. Je crois qu’aucun des trois autres ne l’a fait remarquer, mais on a eu la chance, ces deux dernières années et demie, de recevoir dans les commentaires de ce blog des avis beaucoup plus éclairés, drôles et intelligents que la moyenne des blogs français. La première fois que notre audience a explosé (merci Melissa, Hélène et  Giulio), je me suis retrouvé dans une situation cocasse: en soirée, une fille qui ne savait rien de mon activité blogesque me dit, au détour d’une conversation: « oh, tiens, j’ai découvert un nouveau blog, c’est génial! C’est Un pédé, un arabe, un juif, une meuf qui écrivent ensemble, c’est super drôle ». J’ai répondu d’un innocent « Ah, bon? Tiens… Ca s’appelle comment? ». Sur quoi elle a enchaîné « Ca s’appelle C’est La Gêne, et le truc de fou, c’est que les articles sont biens, mais qu’en plus, les commentaires sont trop drôles, vraiment, j’y vais autant pour les articles que pour lire les commentaires… ». Alors voilà. Merci à vous tous d’avoir bien voulu à un moment ou à un autre, laisser quelques mots céans. Je m’excuse encore une fois si on s’est écharpés ensuite (mais honnêtement, vous l’aviez bien cherché).

Bon. Je pense qu’on a fait le tour. On a jeté des draps sur les meubles pour qu’ils ne prennent pas la poussière, j’ai été couper l’eau et le gaz. J’ai une chanson de Jean-Louis Aubert dans la tête, c’est idiot, et vu que j’ai pas envie d’être tout seul à être dans ce cas là, je vais vous la laisser. Un dernier coup de pute avant de partir.

Bon allez, on va pas s’éterniser, personne n’aime les adieux. Je vous embrasse fort. Tous.

Voilà. C’est fini.

La suite, part III.

04/01/2012

Ça vous est déjà arrivé d’attendre un bus pendant des heures, de refuser d’admettre qu’il ne viendra jamais et au moment où vous vous décidez enfin à partir et continuer à pied, le bus vous passe sous le nez ? C’est un peu ce que j’ai ressenti lundi matin en découvrant l’article de Julien.

Cela faisait un bout de temps que nous le savions, CLG allait fermer boutique, mais c’était si dur à admettre après tout ce que ce blog nous a apporté. Et voilà que la décision est prise au moment même où la querelle entre la France et la Turquie me donne des envie torrides de « Ta gueule, Alain Juppé » ; où quelques ultra-orthodoxes hystériques de Jérusalem et ses environs éveillent en moi des pulsions de violence et de provocation* endormies depuis longtemps ; au moment où je découvre avec stupeur au détour d’un magazine français que Johnny Hallyday est probablement mort puisque sa femme se balade avec sa marionnette des Guignols en essayant de nous faire croire qu’il s’agit d’un être humain ; ou encore au moment où je me demande si c’est bien raisonnable de commencer une carrière de cougar (ou plutôt de puma selon Wikipédia).

Mais il faut se faire une raison et passer à autre chose, au risque de finir comme Johnny.

C’est la Gêne est probablement la meilleure chose qui me soit arrivée ces dernières années. Avoir pu créer ce site avec trois amis (sans que cela ait abouti à une haine féroce entre nous quatre), avoir contribué à la naissance d’une petite communauté de gens différents, ouverts, intelligents, drôles qui ne se seraient probablement jamais rencontrés sans ce blog, enfin, avoir pu utiliser l’écriture, sans censure, pour exprimer mes colères, mes peines, mes irritations, sans oublier notre rôle dans la chute de certains dictateurs, valait toutes les insultes, tout le temps passé à répondre, commenter, écrire, regretter, douter, jubiler. Je me souviendrai longtemps de la période où je rafraîchissais la page chaque seconde pour découvrir un nouveau commentaire de Diego, Nora, Lulu, Davidgeridoo, Philippe de Thrace, Docds, McFlee, la Zouzi, le Joueur, Le Pet financier, Guillaume Pascanet, la Capricieuse, VieuxFélin, Henri, YoussF, P2L, la Pasta, le Branleur, Antoine, et beaucoup d’autres, et pleurer de rire en douce dans mon bureau.

C’est la Gêne m’a permis de prendre de la distance dans mon job, de réaliser que celui-ci n’était peut-être pas aussi épanouissant que je l’avais longtemps cru, et peut-être aussi, d’une certaine façon, d’avoir le courage de tout quitter. Et grâce à CLG, aucune ville n’est vraiment étrangère, je rencontre des lecteurs à Jérusalem et je me sens un peu « à la maison ».

Comme je l’ai déjà dit il y a peu, je continuerai de raconter mon expérience d’expat ici et si l’inspiration ne me fait pas défaut et que les lecteurs de Julien et Joachim acceptent de lire ce que je pense des livres que je lis, choisis de façon purement arbitraire, vous me retrouverez aussi sur ce nouveau projet.

En attendant, je vous salue, et dans la vraie vie, je ne m’appelle ni Julien ni Joachim.

 

*Et oui, par « provocation », j’entends déambuler à poil façon Bruno dans les rues de Mea Sharim.

La suite, part II.

03/01/2012

Et ben voilà, nous y sommes. Comme le Pédé l’a fait hier, je publie ici mon dernier post en qualité de Juif de CLG. N’étant pas fan des longs adieux (je suis de ceux qui pensent que le dernier quart d’heure du Retour du roi est une interminable torture, indigne de ce qui la précède), je me contenterai d’évoquer les deux principales raisons qui ont fait de cette aventure une expérience si mémorable à mes yeux.

Tout d’abord, ce blog a été celui de l’amitié. S’il m’a permis de mieux comprendre mes 3 amis et de raffermir mes liens avec eux, il m’a également donné l’opportunité d’échanger mon point de vue avec pléthore d’individus et d’étendre ainsi de manière inespérée, le cercle jusque là restreint des gens avec qui avoir une conversation passionnée. Pour le gars timide que je suis, cet outil a été en cela inestimable.

Mais ce que CLG a surtout apporté à ma vie créative, ce sont des retours à profusion, de la saine critique. Jusqu’à l’expérience CLG, tout ce que je produisais était exclusivement évalué à l’aune de mes propres standards de qualité. Dans tout ce que j’entreprenais, j’étais à la fois le bachelier, l’examinateur, le conseiller d’orientation, le flic, le juge d’application des peines et en fin de compte… le bourreau, celui qui décide que rien de ce que je fais n’est assez bon et que je ferais mieux de me laisser euthanasier laisser tomber pour passer à autre chose. Grâce à vos réactions, vos compliments, vos encouragements ou vos volées de bois vert, j’ai pris un peu plus confiance en moi et j’ai compris qu’il n’y a pas de création véritable sans une bonne dose de lâcher-prise.

Merci donc à vous, mes trois compères et merci à vous, commentateurs hystériques ou lecteurs de l’ombre. À très bientôt sur le futur magazine en ligne qu’évoquait hier Le Pédé et pour lequel l’impitoyable critique de « Intouchables » que j’ai promis de publier, est déjà prête (comme N. Diallo, j’ai tendance à penser qu’un peu de teasing ne fait jamais de mal).

Ah oui, j’oubliais. Dans la vraie vie, je m’appelle Joachim.