Skip to content

Lettre ouverte aux homophobes qui s’ignorent

03/12/2012

Y’A QUELQU’UN ???

Samaritaine

Voilà près d’un an que C’est La Gêne a fermé boutique.

Si vous traînez encore dans ce grand magasin déserté, vous savez forcément pourquoi je suis de retour. Entre nous, je me demande parfois si ce débat concernant le mariage pour tous n’a pas été initié tout spécialement pour me faire sortir de ma retraite.

Comme prévu, rien ne nous a été épargné : les vieilles ganaches religieuses y sont allés de leur couplet obscurantiste (Big Up à Monseigneur 2-3), les représentants de minorités insignifiantes se sont offusqués que l’on se préoccupe des droits d’autres minorités insignifiantes (Kikou Rabbin Bernheim !), les réacs de tous bords ont vomi leurs comparaisons avilissantes (Pédophilie ! Zoophilie !), tandis que tous l’arsenal des argument imbéciles y est passé, des plus hystériques (la destruction de notre société, rien que ça) aux plus fallacieux (suppression des statuts de père et de mère, mensonge aux enfants adoptés sur leurs origines), des plus ignorants (la décadence des Grecs, forcément) aux plus hypocrites (un enfant ne peut grandir sans un papa une maman, comme le montrent chaque année les légions de déséquilibrés issus de familles monoparentales…) Jusqu’à ce député, Nicolas Dhuicq, qui nous a expliqué la semaine dernière que les familles homoparentales produiraient à coup sûr des futurs terroristes internationaux. Et moi qui croyais que tous ces aspirant géniteurs invertis n’étaient bons qu’à nous fabriquer une génération de fiottes fan de Mylène Farmer. En voilà un soulagement.

Autant vous dire que si je reprends du service aujourd’hui, ce n’est pas pour m’insurger contre ces fanatiques écumants – d’abord parce d’autres l’ont fait mieux que je ne le pourrais (notamment la bouillonnante Virginie Despentes dans un billet rageur publié par Têtu)- mais aussi parce que j’ai des trucs plus intéressants à faire, genre me couper les ongles. Non, ceux qui me hérissent le poil ces jours-ci, ce sont les homophobes qui s’ignorent, ceux qui se vivent comme de grands progressistes tout en invoquant des arguments spécieux pour tourner le dos au changement.

Mizaru

Ça a commencé pendant la campagne présidentielle. Au cours d’une soirée entre amis, alors que j’expliquais mon intention de soutenir François Hollande en citant principalement son engagement en faveur du mariage pour tous, quelle ne fut pas ma surprise de m’entendre rétorquer poliment que mon vote était égocentrique, et que, quand même,  il y a d’autres sujets ! La personne en question, que nous appellerons Mizaru, ne pensait nullement à mal, et l’argument lui a sans doute semblé logique : Foutrement communautaristes, ces homosexuels : peu leur importe les grandes questions politiques, seulement leurs histoires de fesses !  Mizaru n’a sans doute même pas fait le rapprochement avec la conversation que nous avions quelques instants plus tôt, au cours de laquelle il m’expliquait qu’il voterait Sarkozy essentiellement pour des questions d’impôts. Nul égocentrisme là-dedans, assurément.

Je ne nie pas être égocentrique. J’ai voté pour François Hollande pour cette raison plus que n’importe quelle autre, parce que celle-ci a la possibilité de changer mon existence en profondeur dans un avenir relativement proche. Et en toute honnêteté, de combien de projets de loi peut-on affirmer une chose pareille ? Aurais-je du voter contre mes propres intérêts, voter pour celui des deux qui me proposait moins de droits que l’autre, afin de ne pas apparaître communautariste ? Mais pourquoi diable m’aurait-on mis un bulletin de vote entre les mains, si ce n’est pour tenter de défendre mes intérêts les rares fois où l’occasion se présente ?

Il se trouve par ailleurs que Mizaru fait lui aussi partie d’une minorité. On pourrait volontiers le qualifier de communautariste, et nul doute que son vote était -en plus de ses très altruistes préoccupations pécuniaires- motivé par des questions communautaires. Mais curieusement, seul mon communautarisme lui semblait égocentrique. Peut-être parce que le sien s’ancre dans ce que l’on admet communément comme une grande idée collective (Dieu), alors que le mien naît d’une notion largement plus prosaïque. Autrement dit, lui défend la parole divine au nom de tous ses frères, tandis que je défend mon droit à me faire enculer en toute légalité.

Que répondre à quelqu’un qui manifeste un tel manque d’empathie en une simple phrase, sans même s’en rendre compte ?

Mon cher Mizaru, je suis loin d’être naif et je n’ignore pas que comme une écrasante majorité d’hétérosexuels, tu te fous fout royalement de mes droits. C’est mon combat, pas le tien, et je comprends parfaitement qu’il ne te vienne pas à l’idée de lever le petit doigt pour que je sois un jour ton égal devant la loi. Mais ce combat est-il à tes yeux si insignifiant, si futile, si négligeable, qu’il me faudrait m’excuser d’en faire une priorité pour moi ?

Kikazaru

Après Mizaru, vient Kikazaru. Kikazaru, c’est le meilleur ami des pédés, celui qui est contre, mais attention, dans ton intérêt !

Mais le mariage c’est dé-pa-ssé ! C’est un tue-l’amour, vous ne savez pas la chance que vous avez d’y échapper ! Et puis c’est pas pour vous, c’est un truc de bourgeois ! C’est un truc qu’on devrait supprimer, alors crois-moi, vous êtes bien mieux sans !, t’explique en souriant Kikazaru, marié, deux enfants. C’est dire qu’il ne pense pas à mal ; au contraire, il s’imagine sincèrement faire preuve d’une ouverture d’esprit maximale, au point d’en être subversive.

De mon côté, je me prends à imaginer Kikazaru sur une plantation, en train d’expliquer à un petit noir que la liberté, c’est les soucis ! Tu sais ce qui va se passer si on te rend ta liberté ? Il va falloir que tu te trouves une maison, et un travail, et puis penser à t’inscrire à la sécurité sociale et à prendre une mutuelle, c’est des sacrées responsabilités mon gars ! Crois-moi, tu es bien mieux ici, à ramasser du coton sans te prendre la tête ! Extrême, ma comparaison ? Pas autant que la condescendance de mon ami Kikazaru. Et croyez-moi, on n’a pas goûté à la condescendance tant qu’on ne s’est pas vu expliquer qu’on n’a pas besoin de quelque chose par quelqu’un qui en jouit pleinement. Car peu importe que le mariage soit dépassé ou bourgeois, je veux moi aussi avoir le choix de NE PAS me marier, mon bon Kikazaru. Le cœur de ce débat n’est pas le mariage, mais l’égalité des droits.

C’est là que Kikazaru et sa clique vous sortent leur argument favori, merveilleusement formulé par la bien-nommée Frigide Barjot:

…en refusant le mariage gay,  [Dave, Catherine Lara et Hervé Vilard] cultivent ce qui fait leur singularité et leur richesse : la subversion homo !

Ah, la subversion homo ! Au-delà de plaisir surréaliste de découvrir que quelqu’un sur cette planète considère Hervé Vilard comme subversif, un petit exercice de transposition s’impose :

  • Autoriser les noirs à fréquenter des bars de blancs ? Mais il y perdraient ce qui fait leur singularité et leur richesse : cette extraordinaire aptitude à bouger leur boule sur des rythmes tribaux !
  • Permettre aux juifs d’exercer les métiers de leurs choix ? Mais il y perdraient ce qui fait leur singularité et leur richesse : leur légendaire sens des affaires !

Oui Madame Barjot, la discrimination et la misère humaine que celle-ci engendre sont des sources inégalables de créativité, et oui -pour prendre un exemple plus parlant que Dave, Catherine Lara ou Hervé Vilard, si vous le voulez bien- si Montgomery Clift n’avait pas été un pédé torturé, il n’aurait peut-être pas été un aussi grand acteur. Faut-il pour autant s’efforcer de maintenir en place la discrimination sociale dont il fût victime toute sa vie ? Diable de Lincoln, Beloved de Toni Morrison valait bien 400 ans d’esclavage. Et remercions tous en chœur Adolf Hitler d’avoir envahi la Pologne, sans quoi Roman Polanski n’aurait jamais pu réaliser Le Pianiste.

Car madame Barjot, si les homosexuels sont subversifs, c’est bien malgré eux ; ce n’est que parce que des gens comme vous persistent depuis des siècles à considérer leurs pratiques sexuelles comme subversives. D’ailleurs, n’ont ils pas perdu en subversion depuis la dépénalisation de l’homosexualité ? Ne faudrait-il pas revenir sur cette décision pour que nous retrouvions à vos yeux tout notre panache ?

Iwazaru

Et puis il y a le troisième, Iwazaru. Iwazaru est pour, mais il comprend ceux qui sont contre. Et par égard pour ceux-là, il pense que c’est trop tôt, tu comprends. Et il t’explique ça tranquilou à dîner, sans bien comprendre pourquoi tu t’étouffes avec ta salade.

Iwazaru a très bonne conscience. Il aime bien les films comme La Couleur des sentiments et A Royal Affair, des films qui parlent de vrais trucs, comme le racisme et les inégalités sociales, mais situés dans un passé suffisamment distant pour lui permettre de s’indigner confortablement de l’injustice qui régnait en ce bas-monde avant qu’on devienne des gens civilisés. Comment c’était pas cool, le passé ! Si Iwazaru avait été un nanti au XVIIIe siècle, c’est sûr, il se serait battu pour les droits des serfs ! Et s’il avait grandi dans le Sud des Etats-Unis dans les années 60, c’est évident, il aurait écrit un livre pour libérer les gentils noirs du joug des méchants blancs, parce que les obliger à s’asseoir au fond du bus, quelle injustice !

Ce qu’Iwazaru ne comprend pas, c’est qu’il regarde ces injustices avec ses yeux de spectateur du XXIème siècle. Et que s’il avait vécu en ces temps reculés, rien de tout cela ne lui aurait paru anormal. Oh bien sûr, il aurait peut-être été sensible aux injustices, mais il aurait très bien compris que des vieilles dames blanches ne supportent pas s’asseoir dans le bus à côté d’un noir. De leur temps, tu comprends. Et on ne va pas les changer à leur âge. Non, décidemment, c’est trop tôt. Et qui aurait trouvé son absence d’engagement choquante ? C’était la norme.

Ce que j’aimerais savoir, c’est si Iwazaru se retrouvait à table avec, disons, un algérien, oserait-il lui soutenir qu’il comprend les nostalgiques de la colonisation ? Bien sûr que non. Pourquoi ? Parce que cela équivaudrait à cautionner une idéologie raciste, et que le racisme, c’est mal. Et comment le sait-il, que c’est mal, notre ami Iwazaru ? Parce que dans notre pays, la discrimination raciale est illégale depuis plusieurs décennies. Ca n’empêche pas les gens d’être racistes, mais ça les force à s’en cacher, à en avoir un peu honte. Ca rend la vie plus facile aux minorités. Et petit à petit, le racisme perd du terrain. Mais comment diable Iwazaru pourrait-il deviner que cautionner la discrimination des homosexuels, c’est mal, vu que l’Etat lui-même participe à cette discrimination. Comment mes nièces pourraient-elle comprendre qu’il n’y a aucun mal à ce que leur tonton soit amoureux d’un garçon, puisque vous n’avez pas le droit de vous marier comme les couples normaux ?

C’est spécifiquement pourquoi, mon cher Iwazaru, l’Etat doit outrepasser la sensibilité des vieilles dames vertueuses pour montrer l’exemple, pour signifier que la discrimination, c’est mal, et pour que les gens respectables comme toi comprennent qu’on ne peut décemment pas balancer à la face d’un être humain qu’il est normal que ses droits fondamentaux passent après les hauts-le-coeur de ceux qui le considèrent comme un citoyen de seconde classe.

Alors à vous trois, Mizaru, Kikazaru et Iwazaru, mes trois petits singes de l’homophobie qui s’ignore, je suggère de prendre cinq minutes pour vous mettre à la place de ceux dont vous décidez du sort entre la poire et le fromage. Car si personne ne vous oblige à vous engager à nos côtés, ne vous imaginez pas que votre indifférence civilisée, votre inconséquence affable et votre mépris poli passent inaperçus. Imaginez vous dans 50 ans, quand nous aurons réduit l’homophobie à un sujet de mauvais film à Oscars ; je ne voudrais pas que les vilains conformistes iniques que vos petits-enfants hueront à l’écran vous rappellent de mauvais souvenirs.

Publicités

La suite, et fin.

05/01/2012

Ca me fait tout drôle de devoir clore tout ça. Je vais essayer de ne pas dire trop de conneries.

C’est quand arrive le moment de fermer la porte derrière soi, sur un appartement qu’on a habité longtemps, dans lequel on a vécu des bonheurs intenses, d’abyssales déceptions, des murs qui vous ont vus dans votre meilleur état comme dans le pire, que survient le doute. Pourquoi je m’en vais? Pourquoi rendre les clés? On était bien ici, non? L’herbe a peu de chances d’être plus verte ailleurs, alors pourquoi?

Chacun d’entre nous a ses raisons. Moi, c’est parce que j’ai beau l’aimer de tout mon coeur cet appartement, ces quatre murs entre lesquels on a vécus, nous et vous tous, pendant maintenant presque deux ans et demi, je ne me sens plus aussi bon, et drôle et digne de votre lecture. Le cadre, l’anonymat (désolé pour ceux qui ont scrollé en bas de page pour y voir ma photo, je reste comme je suis), la vie, aussi, m’ont finalement donné l’impression de tourner en rond, ici. Et plutôt que de vous servir de la merde juste pour vous servir quelque chose, autant arrêter. Je ne m’en rendais pas vraiment compte lundi matin, lorsque Julien a posté ses adieux, mais je pense qu’il a eu le courage de faire ce que les autres avaient peur d’annoncer. Merci mon poulet, pour nous avoir mis « le feu au cul ».

Alors merci à toi, donc, Julien, pour ne m’avoir jamais épargné la critique lorsque je la méritais, merci à toi, Jo, pour avoir su pointer du doigt mes faiblesse avec douceur tout en nous poussant encore alors qu’on avait déjà un peu abandonné, merci à toi, La Meuf, pour avoir su m’écouter et me soutenir quand j’en ai eu besoin. Merci à vous trois de m’avoir fait rire, sourire, et pleurer, je me rends compte de la chance que j’ai eu d’avoir pu faire partie de cette aventure. Je n’en ai jamais vraiment douté, mais aujourd’hui, alors que tout se finit, j’en ai la certitude.

Merci à vous, tous, lecteurs, commentateurs, followers, haters. Merci de m’avoir donné maintes fois l’occasion de vous énerver de vous exaspérer, et de vous faire réagir. Merci de votre exigence. Je crois qu’aucun des trois autres ne l’a fait remarquer, mais on a eu la chance, ces deux dernières années et demie, de recevoir dans les commentaires de ce blog des avis beaucoup plus éclairés, drôles et intelligents que la moyenne des blogs français. La première fois que notre audience a explosé (merci Melissa, Hélène et  Giulio), je me suis retrouvé dans une situation cocasse: en soirée, une fille qui ne savait rien de mon activité blogesque me dit, au détour d’une conversation: « oh, tiens, j’ai découvert un nouveau blog, c’est génial! C’est Un pédé, un arabe, un juif, une meuf qui écrivent ensemble, c’est super drôle ». J’ai répondu d’un innocent « Ah, bon? Tiens… Ca s’appelle comment? ». Sur quoi elle a enchaîné « Ca s’appelle C’est La Gêne, et le truc de fou, c’est que les articles sont biens, mais qu’en plus, les commentaires sont trop drôles, vraiment, j’y vais autant pour les articles que pour lire les commentaires… ». Alors voilà. Merci à vous tous d’avoir bien voulu à un moment ou à un autre, laisser quelques mots céans. Je m’excuse encore une fois si on s’est écharpés ensuite (mais honnêtement, vous l’aviez bien cherché).

Bon. Je pense qu’on a fait le tour. On a jeté des draps sur les meubles pour qu’ils ne prennent pas la poussière, j’ai été couper l’eau et le gaz. J’ai une chanson de Jean-Louis Aubert dans la tête, c’est idiot, et vu que j’ai pas envie d’être tout seul à être dans ce cas là, je vais vous la laisser. Un dernier coup de pute avant de partir.

Bon allez, on va pas s’éterniser, personne n’aime les adieux. Je vous embrasse fort. Tous.

Voilà. C’est fini.

La suite, part III.

04/01/2012

Ça vous est déjà arrivé d’attendre un bus pendant des heures, de refuser d’admettre qu’il ne viendra jamais et au moment où vous vous décidez enfin à partir et continuer à pied, le bus vous passe sous le nez ? C’est un peu ce que j’ai ressenti lundi matin en découvrant l’article de Julien.

Cela faisait un bout de temps que nous le savions, CLG allait fermer boutique, mais c’était si dur à admettre après tout ce que ce blog nous a apporté. Et voilà que la décision est prise au moment même où la querelle entre la France et la Turquie me donne des envie torrides de « Ta gueule, Alain Juppé » ; où quelques ultra-orthodoxes hystériques de Jérusalem et ses environs éveillent en moi des pulsions de violence et de provocation* endormies depuis longtemps ; au moment où je découvre avec stupeur au détour d’un magazine français que Johnny Hallyday est probablement mort puisque sa femme se balade avec sa marionnette des Guignols en essayant de nous faire croire qu’il s’agit d’un être humain ; ou encore au moment où je me demande si c’est bien raisonnable de commencer une carrière de cougar (ou plutôt de puma selon Wikipédia).

Mais il faut se faire une raison et passer à autre chose, au risque de finir comme Johnny.

C’est la Gêne est probablement la meilleure chose qui me soit arrivée ces dernières années. Avoir pu créer ce site avec trois amis (sans que cela ait abouti à une haine féroce entre nous quatre), avoir contribué à la naissance d’une petite communauté de gens différents, ouverts, intelligents, drôles qui ne se seraient probablement jamais rencontrés sans ce blog, enfin, avoir pu utiliser l’écriture, sans censure, pour exprimer mes colères, mes peines, mes irritations, sans oublier notre rôle dans la chute de certains dictateurs, valait toutes les insultes, tout le temps passé à répondre, commenter, écrire, regretter, douter, jubiler. Je me souviendrai longtemps de la période où je rafraîchissais la page chaque seconde pour découvrir un nouveau commentaire de Diego, Nora, Lulu, Davidgeridoo, Philippe de Thrace, Docds, McFlee, la Zouzi, le Joueur, Le Pet financier, Guillaume Pascanet, la Capricieuse, VieuxFélin, Henri, YoussF, P2L, la Pasta, le Branleur, Antoine, et beaucoup d’autres, et pleurer de rire en douce dans mon bureau.

C’est la Gêne m’a permis de prendre de la distance dans mon job, de réaliser que celui-ci n’était peut-être pas aussi épanouissant que je l’avais longtemps cru, et peut-être aussi, d’une certaine façon, d’avoir le courage de tout quitter. Et grâce à CLG, aucune ville n’est vraiment étrangère, je rencontre des lecteurs à Jérusalem et je me sens un peu « à la maison ».

Comme je l’ai déjà dit il y a peu, je continuerai de raconter mon expérience d’expat ici et si l’inspiration ne me fait pas défaut et que les lecteurs de Julien et Joachim acceptent de lire ce que je pense des livres que je lis, choisis de façon purement arbitraire, vous me retrouverez aussi sur ce nouveau projet.

En attendant, je vous salue, et dans la vraie vie, je ne m’appelle ni Julien ni Joachim.

 

*Et oui, par « provocation », j’entends déambuler à poil façon Bruno dans les rues de Mea Sharim.

La suite, part II.

03/01/2012

Et ben voilà, nous y sommes. Comme le Pédé l’a fait hier, je publie ici mon dernier post en qualité de Juif de CLG. N’étant pas fan des longs adieux (je suis de ceux qui pensent que le dernier quart d’heure du Retour du roi est une interminable torture, indigne de ce qui la précède), je me contenterai d’évoquer les deux principales raisons qui ont fait de cette aventure une expérience si mémorable à mes yeux.

Tout d’abord, ce blog a été celui de l’amitié. S’il m’a permis de mieux comprendre mes 3 amis et de raffermir mes liens avec eux, il m’a également donné l’opportunité d’échanger mon point de vue avec pléthore d’individus et d’étendre ainsi de manière inespérée, le cercle jusque là restreint des gens avec qui avoir une conversation passionnée. Pour le gars timide que je suis, cet outil a été en cela inestimable.

Mais ce que CLG a surtout apporté à ma vie créative, ce sont des retours à profusion, de la saine critique. Jusqu’à l’expérience CLG, tout ce que je produisais était exclusivement évalué à l’aune de mes propres standards de qualité. Dans tout ce que j’entreprenais, j’étais à la fois le bachelier, l’examinateur, le conseiller d’orientation, le flic, le juge d’application des peines et en fin de compte… le bourreau, celui qui décide que rien de ce que je fais n’est assez bon et que je ferais mieux de me laisser euthanasier laisser tomber pour passer à autre chose. Grâce à vos réactions, vos compliments, vos encouragements ou vos volées de bois vert, j’ai pris un peu plus confiance en moi et j’ai compris qu’il n’y a pas de création véritable sans une bonne dose de lâcher-prise.

Merci donc à vous, mes trois compères et merci à vous, commentateurs hystériques ou lecteurs de l’ombre. À très bientôt sur le futur magazine en ligne qu’évoquait hier Le Pédé et pour lequel l’impitoyable critique de « Intouchables » que j’ai promis de publier, est déjà prête (comme N. Diallo, j’ai tendance à penser qu’un peu de teasing ne fait jamais de mal).

Ah oui, j’oubliais. Dans la vraie vie, je m’appelle Joachim.

La suite.

02/01/2012
tags:

Il y a quelques semaine, j’ai décidé qu’il était temps pour moi d’arrêter C’est La Gêne.

« Et sinon, quoi de neuf ? » me demanderez vous. En effet, il ne vous a sûrement pas échappé que ce lieu autrefois bouillonnant d’activité est depuis plusieurs semaines cruellement déserté par ses hôtes, et que l’ombre de la fin plane sur nous comme une horde de vautours sur une charogne faisandée. La Meuf a fait ses valises pour une nouvelle vie, L’Arabe se consacre désormais à des activités plus lucratives, tandis que seul Le Juif semble continuer à faire semblant d’y croire, artisan de notre dernier soubresaut, qui sonnait cependant moins comme un comeback étincelant que comme une oraison funèbre.

De mon côté, si je pressens le glas depuis un moment déjà, j’ai longtemps refusé de l’accepter. Pourquoi ? Parce que C’est La Gêne compte parmi les épisodes les plus décisifs de mon existence. Parce que j’en ai tiré tant de satisfactions que si je devais les passer en revue, je ne saurais même pas par où commencer. Et parce qu’aussi idiot que cela puisse paraître, c’est grâce à ce blog que je me suis trouvé.

Il y a deux ans et demi, lorsque nous avons commencé, ma présentation me résumait en ces termes: oisif professionnel. Traduction: je ne savais toujours pas pour quoi j’étais fait. Et puis j’ai commencé à écrire, et la question a rapidement cessé de se poser. Mais l’écriture ne m’a pas seulement ouvert des horizons professionnels, elle a aussi libéré ma parole ; elle m’a permis de définir mes idées, de découvrir qui je suis, et de le faire savoir à ceux qui m’entourent.

Mais voilà, aujourd’hui, je ne peux plus nier qu’à mes yeux, C’est La Gêne est mort. Mort, parce que sa vie dépendait d’une synergie entre nous 4 qui n’existe plus. Mort, parce que nous n’avons jamais réussi à nous entendre pour le renouveler, et qu’il a fini par nous lasser. Mort, parce que certaines des bases de son succès (le format blog, l’anonymat) nous ont empêché d’en jouir pleinement. Mort, parce qu’un blog de potes ne peut pas se nourrir uniquement de threads Facebook.

Que dire de plus? Que je vous aime même quand je vous déteste, que vous avez changé ma vie, que je vous suis éternellement reconnaissant, vous tous, les malins, les débiles, les drôles, les chiants, les instruits, les démoulés, les krisprolleurs, les provinciaux, les casses-couilles, les psychopathes et même les tueurs en série. J’espère vous recroiser dans un très proche futur.

Ah, et au fait, enchanté. Le Pédé s’appelle Julien.

Kikou

22/11/2011

Comme le rappelait si justement La Meuf hier entre deux falafels, CLG n’a plus publié d’articles depuis Mathusalem (en gros, depuis le lynchage de Benito Mussolini Mouammar Kadhafi). Pour tous ceux qui ont vu grandir notre blog et qui ont connu l’épopée glorieuse des deux articles postés par jour, ce relâchement peut étonner. Mais il faut se garder de juger trop vite CLG et faire l’effort de se mettre dans la caboche d’un blog  afin de comprendre ce qui le fait courir et ce qui le fait roupiller. Car en fin de compte un blog, à bien y réfléchir, c’est presque comme une vraie personne.

Un blog ça peut ne pas avoir envie de se lever le matin. Les petits gestes anodins de la vie quotidienne (se laver les dessous de bras, s’épiler le maillot, nettoyer son congélateur) peuvent certains jours lui apparaître comme autant de taches insurmontables. Un blog, ça a besoin d’être écouté; s’il existait un numéro vert, ça voudrait bien consulter pour pouvoir évoquer ses problèmes existentiels mais jusqu’à preuve du contraire, un psychologue pour blog en difficultés, ça n’existe pas.

Un blog, ça rumine souvent ses succès d’antan, l’ivresse causée par la nostalgie d’un l’âge d’or le rendant prématurément amer. Après avoir connu la gloire, fait le tour du monde, terrassé des dictateurs, envoyé au tapis des rappeurs homophobes et obtenu un quasi Prix Nobel (—————————————–>) un blog ça se dit que les meilleures années sont derrière lui.

Un blog ça peut avoir la maladie d’Alzheimer: après avoir hébergé des hordes de commentateurs sous son toit, après les avoir aimé, détesté, injurié ou tout simplement baisé, ça se réveille un matin, l’air hébété et ça se dit: « Fichtre, qui sont ces gens qui me parlent? »

Un blog ça pense tout le temps à la mort. Comme une vraie personne inadaptée et morbide, un blog ça se demande s’il fera beau le jour de son enterrement; ça se demande également quels seront ceux de ses pairs qui feront le déplacement et ceux qui argueront d’un empêchement de dernière minute pour ne pas avoir à prendre le train. Il imagine aussi les montagnes  de lettres de condoléances, de fleurs et de statuts Facebook affichant sobrement: « R.I.P C.L.G ».

Un blog ça imagine aussi les vibrants billets In Memoriam que lui consacreront ses blogs amis dans leur Home Page; parfois il aurait envie d’être un peu prévoyant et d’envoyer d’ores et déjà des suggestions d’hommages bouleversants à ses compagnons ès blogroll.

Un blog ça réfléchit aussi à la chanson la plus appropriée pour conclure son oraison funèbre:  Many Rivers to cross de Jimmy Cliff ou Highway to hell de ACDC?

Un blog, parfois, ça en a marre de voir des films d’artistes même si c’est ça qu’il aime; il aimerait bien lui aussi s’aérer la tête au cinéma devant quelque chose de frais et divertissant; il décide alors qu’il va aller voir « Intouchables » et qu’il aimera. Malheureusement, en sortant de l’UGC Ciné Cité les Halles, le blog déjà passablement désespéré n’a plus qu’un souhait: se jeter dans la Seine afin de s’y fracasser le crâne contre une péniche.

Un blog, ça se regarde dans le miroir et se dit qu’il a pris un putain de coup de vieux (deux années et demi équivalant pour un blog à 71 ans pour une personne humaine).

Un blog, ça se vexe lorsque les petits jeunes, rompus aux dernières tendances en matière de design graphique, lui conseillent de jeter ses vieilles nippes  vertes pâles et roses fluo (so 2009) au profit d’une nouvelle tenue flashy qui lui redonnerait un peu de sex appeal.

Un blog, ça passe des soirées entières à sangloter en caressant la vieille photo jaunie de son animal domestique vénéré, le seul être ayant jamais compté pour lui ,décédé  dans des circonstances jamais élucidées.

Bref, un blog ça se demande à quoi bon, puis ça se relève un beau jour et avec un peu de chance, ça se remet à vociférer.

La Meuf délocalise.

21/11/2011

Ceux qui, abonnés à notre RSS, Newsletter ou compte Twitter, auront cru à un réveil de notre léthargie-espérons-le-passagère risquent d’être déçus. Ceci n’est pas vraiment un nouveau post. Ce n’est pas une pipe non plus. C’est juste une annonce. En raison de mon récent changement de pays et de vie, j’ai des envies d’écriture qui s’éloignent un peu de la ligne éditoriale de CLG, si tant est que nous ayons une ligne éditoriale. Et puisque cela coïncide avec la création d’un nouveau site sur Israël sur lequel on a gentiment offert de m’héberger, j’ai décidé, d’un commun accord avec mes trois connards préférés, d’écrire ces articles sur ma vie israélienne ICI. Ça ne veut pas dire que je quitte CLG. Si j’ai autre chose à raconter, à critiquer, à insulter, c’est sur CLG que ça se passera. Donc si ma vie hiérosolymitaine vous intéresse, vous êtes les bienvenus, si vous voulez commenter, faites comme chez vous, je répondrai, si vous voulez être notifiés des prochains articles, abonnez-vous au RSS, Twitter, Facebook, whatever. Et si ça vous gonfle, vous pouvez rester ici, prier pour que le Juif se réveille, que l’Arabe arrête de draguer sous les platanes au clair de lune à coup d’ « exquis moments » en rafale, que le Pédé revienne de sa lune de miel et que j’aie à nouveau des envies de « ta gueule » en me réveillant le matin.

Sinon, vous pouvez aussi aller vous faire foutre.

Sur ce, je vous laisse et j’espère retrouver certains d’entre vous sur coolisrael.fr.