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Une banale histoire de trou dans le Mur

10/11/2009

Pendant qu’en France, les médias s’enflamment pour une question d’emploi du temps vieux de 20 ans, ici, à Berlin, tout le monde s’en fout. Savoir si notre cher et bien-aimé président était bien présent dans la capitale allemande lors de la chute du mur, le 9 Novembre 1989 au soir, ça ne passionne personne. Les hôtels pleins à craquer de reporters et journalistes venus du monde entier n’y font rien, les Berlinois, eux, ne sont pas tous sûrs de vouloir participer à tout ce tintamarre. D’abord, il y a l’organisation problématique (Seule une dizaine de milliers de personnes aura eu le droit de participer aux festivités de la Brandeburger Tor, les autres ont été bloqués à plusieurs centaine de mètres de là, sans espoir de voir quoi que ce soit, à part sur un écran télé). Hier, la déception était au rendez-vous pour la plupart des berlinois. Et puis surtout, ils n’étaient pas tant que ça…

Je viens très régulièrement à Berlin, tellement, que j’y loue une chambre à l’année, dans une colocation, avec deux Allemands. Nous les appellerons Bernhardt et Max. Bernhardt est originaire de l’Est de la ville, Max de l’Ouest, et ils ont un point commun: ils n’iront pas Porte de Brandebourg ce soir. Ces derniers mois, la perspective des 20 ans de la chute du mur m’ont fait réaliser plusieurs choses: la première, c’est que cet évènement historique qui reste quelque peu embrumé dans mes souvenirs d’enfant de 9 ans à l’époque, a soudainement prit chair lorsque j’ai réalisé que la plupart des Berlinois avec lesquels j’interagissais depuis maintenant 3 ans avaient vécu la séparation, et donc, la chute du mur. On se dit qu’en 20 ans, on oublie tout, et que la nouvelle Allemagne réunifiée aurait tout mis à niveau sur son passage. Il n’en est rien. Les manuels d’histoire nous rabâchent la liesse, la liberté, la naissance d’une ère nouvelle. On nous parle de nouveau départ, d’abolition des différences et de retrouvailles, mais les témoignages de Berlinois donnent parfois un tout autre son de cloche.

Pour Bernhardt, donc, aujourd’hui n’est pas un jour de fête. Il est bien sûr très heureux de pouvoir circuler sans limites et l’ouverture des frontières était pour lui tout à fait nécessaire, mais il fait partie de ce bon nombre de Berlinois et d’Allemands de l’Est qui regrettent la réunification et qui en gardent un petit goût aigre dans la bouche. Pourtant, Bernhardt n’a que 29 ans.  Quand on a grandi dans une idéologie communiste, devoir faire la fête de la mort de celle-ci reste difficile à avaler. Et puis, finalement, il faut aussi se souvenir que cette réunification n’en est pas vraiment une. Ca n’a finalement été que l’absorption d’un état par un autre. Bernhardt regrette le système éducatif, l’esprit d’entraide qui était la norme à l’Est: « A l’époque, tu habitais un immeuble, tu connaissais tous les habitants. Les quelques manques qu’on avait, on les comblait grâce aux gens autour. Ce que la réunification et le capitalisme ont apporté de nouveau à l’Est, c’est l’individualisme. Le tissu communautaire de proximité a quasiment disparu en à peine 20 ans. ». D’après lui, les Allemands de l’Est ne voulaient pas forcément la réunification. Ils voulaient juste que leur pays et que le système gouvernemental évolue vers plus de liberté et plus de cohérence. Pour eux, l’idéal communiste prévalait. Il fallait juste l’assainir. D’où cette impression d’avoir vu bébé jeté avec l’eau du bain.

Max, lui est un pur produit de l’Ouest. La réunification, il l’a vécue comme des retrouvailles sympa avec un cousin éloigné. Ce qui le gêne, lui, et la plupart des berlinois, c’est la résurgence d’un clivage entre les deux « communautés ». Parce que même en 2009, les Berlinois entre eux savent immédiatement si la personne qu’ils rencontrent est originaire de l’Est ou de l’Ouest. « Il y a des choses qui ne changent pas… Une vision un peu manichéenne des choses, une sorte de droiture qui ressemble parfois à de l’endoctrinement… ». Une connaissance a même changé son fils de kindergarten, parce qu’il trouvait celui où il l’avait inscrit trop « East-German », trop strict, trop austère.

Tout cela se perd cependant dans l’évolution ultra-cosmopolite de la capitale allemande, où l’on croise parfois autant d’étrangers que d’allemands. Les anciens quartiers de l’Est se voient boboïsés les uns après les autres et deviennent les plus chics et les plus chers de la ville (Mitte, Prenzlauerberg). Raison simple à cela: on avait beau dire ce que l’on voulait du système communiste en RDA, l’idéal de vie à la communiste, ça donnait des appartements spacieux, hauts de plafond sur de larges avenues boisées. Moi, mon immeuble à Kreuzberg (donc à l’Ouest), est dans une rue plus étroite et suit plus une logique d’efficacité et de gain de place que de qualité de vie. Les différences sont encore là.

A Berlin, le Mur reste bien ancré dans les esprits. A l’autre bout du monde, des palestiniens reprennent le message de façon tout à fait littérale… Hier, lors des commémorations, le comité d’organisation a fait tomber en domino de grands panneaux décorés chacun par des artistes ou des écoles allemandes pour représenter la chute du Mur. L’image était belle, bien que la métaphore reste un poil lourdingue. Le dernier « Domino » était fait de béton, n’a pas bougé et ne bougera pas. Il est là pour symboliser tous les murs qu’il reste à faire tomber.

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46 commentaires leave one →
  1. Claire permalink
    10/11/2009 16:16

    Encore un article vraiment intéressant qui essaie de prendre à contre-pied l’unanimité médiatique qui essaie d’étouffer toutes les critiques sur la réunification. Ca fait du bien de lire un autre ton qui souligne qu’effectivement tout n’est pas rose depuis 89, que bien des choses ont été mal ou pas assez faites et qu’il reste encore énormément de barrières invisibles entre Ouest et Est. Et pourtant… je sens une grosse gêne en lisant les propos de Bernhardt…franchement, qu’il regrette certains aspects de l’Est, je peux comprendre mais ça tourne à l’idéalisation pure et simple. Déjà, il n’avait que 9 ans quand le mur est tombé, donc la réalité du régime communiste il en a pas de gros souvenirs j’imagine et se base donc sur se qu’on lui a raconté. Je trouve ça désolant qu’il soit capable de dire que finalement, le communisme, la dictature, c’était pas si terrible et puis… « les manques, on les comblait avec les gens autour ». Suis-je la seule à ressentir une grooooosse gêne en lisant ça? la dictature, l’absence de libertés, le fliquage de la Stasi partout tout le temps, le rationnement, bref, la RDA… comment peut-on regretter ça en disant en filigrane qu’après tout, le mauvais côté du communisme était compensé par l’esprit communautaire? je suis peut-être partiale et injuste et je ne peux comprendre n’étant pas moi même allemande mais franchement…même si dans sa critique du capitalisme et de l’individualisme, Bernhardt marque des points, il nous met clairement dans la gêne…

    • Nora permalink
      10/11/2009 16:38

      Heu…ce n’est pas vraiment ce que je lis….
      Il n’est pas écrit que le « Bernhart » éprouve une nostalgie à la fin de la dictature.
      Il souligne juste la disparition d’un esprit communautaire présent à l’Est et qui a disparu à la réunification.

      Ou alors j’ai très très mal lu…..

      • Xix permalink
        11/11/2009 16:52

        Et puis il faut se calmer : « La Gene » qui prend le contre-pied de l’unanimité médiatique… On a quandmême vu plus dissident !
        http://unoeil.wordpress.com

    • Philippe de Thrace permalink
      10/11/2009 23:08

      je pense également que tu as mal interprété les propos rapportés par L’Arabe.
      D’une part, son propos est, certes, un peu idéalisé, mais n’est-ce pas justement la manière de penser véhiculée par les république populaires? Et puis, regretter ce que la réunification a supprimer, ce n’est pas nécessairement vanter la totalité du système précédent.
      Pour finir, rappelles-toi que ce qu’on appelle réunification a quand même été en vrai, une absorption de l’est par l’ouest, pas un processus symétrique. Et ça ne peut pas ne pas laisser de traces (j’adore les doubles négations).

      • Philippe de Thrace permalink
        10/11/2009 23:48

        à supprimER. Honte suprême. Je mais me faire Hara Kiri en me lapidant moi même à coup de boulettes de viande.

      • Nora permalink
        10/11/2009 23:54

        Si en plus tu fais des fautes dans ton commentaire correctif, rien ne va plus
        😈

        (au passage, pour pas que tu te suicides pour rien, c’est républiqueS populaires)

      • Philippe de Thrace permalink
        11/11/2009 00:19

        Bouhouhou!

      • 11/11/2009 13:47

        Et rappelle-toi, sans S. #coupdegrâce 😉

    • 10/11/2009 23:45

      Effectivement, comme je le dis dans l’article, bernhardt ne regrette pas le régime en tant que tel mais l’idéal communiste pour lequel se battaient les allemands de l’est. En effet, la population de l’est ne se battait pas pour la reunification, mais pour un assainissement du régime, et plus de liberté, pas pour le démentelement de la RDA. De plus pour ce qui est de la pertinence de l’avis de bernhardt sur la question, il avait beau n’avoir « que » 9 ans lors de la chute du mur, les allemands de l’est ne sont pas devenus des Allemands tout court instantannément le 10 Novembre 1989 au matin…

  2. 10/11/2009 16:26

    C’est vrai que ça m’a aussi paru bizarre toute cette agitation autour de cet anniversaire. Ca m’a fait l’effet d’un grand réveil pour tout le monde, comme si on découvrait qu’un jour, il y a eu un mur à Berlin…

  3. Didie la Praline permalink
    10/11/2009 16:28

    Tres bel article L’Arabe.

    Bien que je ne me sente pas plus concernee que ca par les 20 ans de la chute du mur de Berlin, que je ne sois jamais allee en Allemagne et que je ne connaisse que tres peu de personnes sur lesquelles ce mur ait eu une influence directe, j’ai pris beaucoup de plaisir a lire ton article et a decouvir les differences socio culturelles dont tu fais part entre Allemands de l’Est et de l’Ouest.
    En gros, je voulais juste te remercier pour ce partage 🙂

    P.S. : le premier qui me parle d’hypocrisie (pour rester polie) peut s’attendre a prendre des menhirs sur la tete.

  4. Didie la Praline permalink
    10/11/2009 16:38

    Et, si je peux me permettre, il me semble que « Max, lui est un pur produit de l’Ouest. La réunification, il l’a vécue comme des retrouvailles sympa avec un cousin éloigné. Ce qui le gêne, lui, et la plupart des berlinois de » l’OUEST non?

    • 10/11/2009 18:38

      Il fallait lire « la plupart des berlinois », tout court… Merci de l’avoir fait remarquer Didie!

  5. La Pastanaga permalink
    10/11/2009 17:04

    Moi, hier, la commémoration du mur, je l’ai célebrée chez moi.
    J’ai allumé des bougies, je me suis mis David Hasselhoff à plein tube (http://blogs.lexpress.fr/electorallemand/2009/10/la-chute-du-mur-en-musique.php),
    et puis j’ai pris mon courage et ma massue à deux mains pour faire tomber le mur qui sépare les chiottes de la salle de bains.
    Résultat: maintenant je peux faire pipi en me douchant.

    Est-ce un mieux?

    • Nora permalink
      10/11/2009 18:40

      T’avais pas besoin d’abattre un mur, il suffit juste de pisser sous la douche.

      • La Pastanaga permalink
        10/11/2009 18:44

        ouais… mais ça j’y ai pensé seulement APRÈS… pfff

  6. 10/11/2009 19:22

    Bonjour, je n’ai rien à dire sur le sujet, je suis nul en Allemagne (ce pays me fait penser à une énorme province, ça me fait peur, même s’il faut vraiment que je me bouge à Berlin un de ces 4).
    Mais je tenais à vous en faire part, pour que vous ne me croyiez pas subitement décédé.

  7. 10/11/2009 19:23

    Moi, je sais pas vraiment quoi penser de cette commémoration. Je suis allé au moins une dizaine de fois en Allemagne, je parle Allemand couramment et j’ai effectivement été témoin de ces deux échos.

    La barrière, si elle n’est plus matérielle, demeure des plus mentales. Entre des allemands de l’ouest qui réfutent en bloc les héritages sociaux de l’Est qui pourraient passer pour progressistes (cf. l’exemple du Kindergarten) – oulala- et des allemands de l’Est qui vivent l’Ostalgie avec tout ce que cela comporte d’échec en matière d’intégration, de dialogue et d’efforts politiques.

    Le problème est sociohistorique… on est face à deux populations, qui ont grandit dans des optiques des plus antagonistes, il y a des gens qui envisagent le dialogue tous les jours (cf. la Movida Berlinoise depuis 5 ans) sous différentes formes, les héritages artistiques de la réunification sont extrêmement intéressants et décrivent peut-être mieux encore cette incohérence sociogégraphique qui met ce genre de commémoration sur des voies inexplorables par les maître-ès-consensus politiques que sont nos représentants internationaux.

    Et je n’oserais jamais dire « Ich bin ein Berliner ». C’est pas vrai. J’ai pas le vécu. Et je pense que le nain l’ait non plus.

    • 10/11/2009 19:26

      Eheh, quel grand moment, cette pathétique crise de kennedite. Il a pas le vécu, et pas l’accent non plus pépère.

    • Roro permalink
      10/11/2009 20:19

      On m’a dit récemment que cette phrase de Kennedy faisait pas mal poilé les berlinois car en fat elle voudrait je suis une « … » (là vous devriez lire le nom d’une patisserie appelée Berliner mais dont je ne peux décemment pas traduire le nom), la phrase correcte (selon ma source, je ne sais dire que des mots salaces en allemand et compter aussi, grâce à un tube de ma jeunesse) serait « Ich Bin Berliner »

      Juste pour l’anecdote.

      J’ai un peu envie de commenter la nostalgie que peuvent ressentir quant à l’existence du bloc de l’est mais d’une part c’est une question assez compliqué (ce sentiment est présent même dans les pays ravagé par « l’autre grand psychopathe sanguinaire à moustache »), donc ça serait trop long, et je sens que je vais vite m’énerver (ce qui serait fâcheux et contre productif). donc je me tais.
      Mais bon quand même. Zut.

    • Nita permalink
      11/11/2009 00:25

      En même temps, quel triste destin que d’être un beignet (même fourré à la confiture)… Donc…. (quant à la traduction par, euh, roubignolle, tu disais ? c’est partiellement inexact ; on dit le plus souvent Berliner Bälle (boules de Berlin…) d’où un grand moment de rigolade pour les germanophones (même pas Berlinois)

      • 11/11/2009 01:22

        … ouai, ‘fin, ça revient au même hein.

  8. Roro permalink
    10/11/2009 20:19

    « poiler les berlinois » pardon, je vais me fouetter.

  9. fonzibrain permalink
    10/11/2009 21:10

    Pour une fois, quelque chose de pas trop mal, chacun a ses représentations qui sont le fruit du travail de la propagande du système dans lequel on vit.
    Sinon, il faut préciser que communisme et capitalisme sont les deux faces de la même pièce, avec le travail comme ciment commun.
    C’est le travail le problème, c’est le travail qui vole le temps et donc l’identité des gens.

    Sinon, je crois avoir vu que le dernier mur qui stoppait tout les autres portait des inscriptions chinoises.
    C’est assez marrant, parcqu ‘effectivemet, l’europe va être stoppé net par l’envol de l’asie.

    http://fonzibrain.wordpress.com/

    • 10/11/2009 21:27

      C’est vrai que t’es en dehors d’aucunes représentations sociales, que tu es vierge de toute influence et que tu es un être d’un pureté immaculée.

      C’est quand la dernière fois que t’es sorti de chez toi?

      Juste pour savoir.

      • 10/11/2009 21:27

        Je voulais dire en dehors de toutes représentations sociales.

        Fatigue.

      • fonzibrain permalink
        10/11/2009 22:46

        pourquoi dis tu cela, tout de suite à généraliser dans l’excès.

        je faisais un constat, et personne ne pourra s’opposer à ce que le monde dans lequel on vit est profondément malsain et tout aussi malsaine est l’influence sur nos vies.

        Connaissez vous le tittytainment par exemple ?

      • 10/11/2009 23:35

        « Tout de suite à généraliser dans l’excès. »

        Tu permets, je vais mourir de rire.
        Je reviens.

    • La Pastanaga permalink
      10/11/2009 21:34

      Tiens , Fonzibraindacier, tu lis Foucault toi?

    • 10/11/2009 22:23

      Je pense que l’Arabe ne sesent plus de joie que tu lui accordes un bon point. Consécration, l’Arabe (moi, j’te cause plus 😉 )

      • La Pastanaga permalink
        10/11/2009 22:25

        tu serais pas un peu comme Glu toi en fait?
        le 2ème degré tu connais pas?!
        jejeje

    • Philippe de Thrace permalink
      10/11/2009 23:17

      Le travail construit et crée l’individu au moins autant qu’il l’aliène, j’aurais même tendance à dire plus, quand ça se passe bien. Tu les imagines comment les sociétés sans travail?

      • La Pastanaga permalink
        10/11/2009 23:55

        nan mais par contre (1er degré, et c’est pas parce que je commence à être un peu bourrée), je rejoins Fonzi sur la prise en otage du temps de vie par le travail, qui est une des grandes thèses de Foucault (au même titre que d’autres « institutions totalitaires » telles que l’hôpital, l’armée, l’école… http://fr.wikipedia.org/wiki/Institution_disciplinaire … attention je parle de travail tel qu’il est entendu de nos jours.) .
        Sur le reste, non, évidemment.

  10. Philippe de Thrace permalink
    10/11/2009 22:53

    Concernant Sarkozy, il paraît qu’il était bel et bien à Berlin au 2e semestre 1989, il était en stage café photocopieuse à la Stasi.

  11. Emilie permalink
    11/11/2009 01:08

    Pour avoir fréquenté quelques ex Allemands de l’Est, je suis assez d’accord avec le constat. Et surtout je suis tout à fait d’accord avec le ridicule du détail de l’agenda d’un petit Nicolas il y a vingt ans…
    Moi par contre, jme rappelle bien avoir maté tout cela sur la mini-télé jaune et bleu, en noir et blanc, que ma soeur avait eu pour son anniversaire en octobre, et qu’on avait mis dans notre chambre, pour regarder Giga en faisant les devoirs… et jme rappelle surtout d’ailleurs des flash info qui interrompaient « Quoi de neuf docteur » au moment de la révolution roumaine un mois plus tard. Mais tout cela me semblait très logique puisqu’on venait juste de fêter le bicentenaire de la révolution française… donc jme disais chacun son tour !

    Accessoirement, je suis tout à fait d’accord avec le fait que le travail est aliénant plus que constructeur et de ce point de vue je rejoins le point de vue des situationnistes. Mais c’est un autre débat !

    Bref, je suis très d’accord dans mon commentaire de ce soir, on pourra pas dire que j’ai l’esprit de contradiction !

  12. 11/11/2009 10:20

    Bravo pour cet article, qui s’aventure encore une fois en dehors des sentiers battus, et super bien écrit.

  13. ddlacrevete permalink
    11/11/2009 11:28

    Magnifique ton article l’arabe. bravo comme d’hab. Les murs sont construits pour être passés et finalement détruits. Celui entre Palestiniens et israéliens surement aussi.Mais cicatriser prend du temps.

  14. 11/11/2009 14:30

    ayé j’ai compris pourquoi ya personne chez vous aujour’hui!!!

    alors, comment vous le commémorez le 11 novembre? vous vous réunissez dans un wagon de train?

    • 11/11/2009 15:16

      11 novembre qui, rappelons-le, a donné naissance au « Traité de Versailles », alias le Diktat.
      Ce sont les allemands qui doivent bien faire la teuf aujourd’hui.

      P.d.: sur le spanish wikipedia, le 11 novembre, c’est ça:

      « El 11 de noviembre es el 315.º (tricentésimo decimoquinto) día del año del calendario gregoriano y número 316 en los años bisiestos. Quedan 50 días para finalizar el año. »
      => En gros, le 11 novembre, ça veut dire qu’il reste 50 jours avant de terminer l’année. Etonnant, non?

  15. Mode Oeuf permalink
    11/11/2009 17:43

    Le mur est tombé et c’est une bonne chose, là-dessus tout le monde s’accorde. Il est aussi difficile pour les médias et élus de célébrer cela sans digresser politiquement que pour vos aficionados de commenter sans se chicaner. J’avais 20 ans, j’habitais le sud de la France, pour moi le mur était quelque chose d’immuable, autant que la muraille de Chine, c’est ce que j’avais appris- il valait peut-être mieux à l’époque être fataliste que se battre contre quelque chose dont les victimes semblaient consentantes. L’espoir s’est allumé peu à peu, quand nous avons appris qu’à différents emplacements du rideau de fer (parlons-en aussi, de ce rideau !) des gens pouvaient se rendre plus facilement à l’est, en Tchécoslovaquie notamment il me semble. Nous n’imaginions rien d’autre qu’un assouplissement à ce moment-là, la glasnost nous avait déjà un peu préparés. Alors cette brêche soudaine, l’élan de tout ce peuple qui semblait résigné jusque là, c’est un tel sursaut d’optimisme pour l’humanité, mon coeur s’accélère à chaque fois que j’y pense et je relie souvent cet événement à celui de la sortie de Mandela, moins spectaculaire, mais aussi miraculeux dans mon souvenir. Autour de moi, les gens me semblaient très peu concernés par les événements, les Français qui n’ont pas lu les journaux des années 60 n’ont pas idée de ce qu’a été la construction de ce mur, ne seraient-ce que l’absurdité et le déchirement pour ces familles, ces voisins, ces collègues. Beaucoup sont restés à l’est parce qu’ils ne réalisaient pas ce qui se produisait. C’est cette ironie que je trouve la plus douloureuse.
    Ensuite je me suis retrouvé par hasard à Koblenz le jour de la réunification, j’y connaissais quelques personnes, mais peu la ville. Il s’y trouve un endroit, à la rencontre de la Moselle et du Rhin, réputé pour symboliser l’unité allemande, et je crois qu’une des polémiques de l’époque est qu’Hitler s’était déjà appuyé sur ce point symbolique. Tout le monde s’est rassemblé sur les rives des deux rivières afin de suivre la cérémonie officielle, mais l’ambiance était lourde, pour ces Allemands ceux d’en face, qui apparaissaient déjà dans leur paysage professionnel, souvent plus disciplinés et plus ambitieux, plus chiches aussi, étaient pire que des étrangers, car ils avaient tous les droits d’être là, mais comment prendre pour un compatriote quelqu’un de si différent ? Je pensais aux pieds noirs, j’essayais d’imaginer si leur situation avait été la même à leur arrivée en France. Toujours est-il que ce qui se disait, c’est que Kohl voulait récupérer complètement le mérite de cette réunification et hâtait trop une assimilation que d’autres auraient préféré voir s’accomplir peu à peu. Quel choc pour une économie, déjà ! Les Allemands se sont bien serrés la ceinture, vous n’imaginez pas les sacrifices que cela a représenté dans leur quotidien, au niveau de la fiche de paie déjà. Un de mes amis imprimeurs avait à l’époque un employé et deux apprentis, il a dû y renoncer et travailler seul, d’où une baisse de rendement … Les avantages sociaux ont été restreints aussi, pour le peu que j’ai appris, et tout s’est réduit peu à peu les années suivantes. Chez nous on ferait encore la grève pour cette raison 20 ans après je pense, moi la première. J’ai l’impression que les Allemands gardent leurs réclamations et bossent double. Ensuite est venue l’annonce du déménagement du gouvernement de Bonn à Berlin. J’ai trouvé cela regrettable, non pour les raisons historiques que cela soulevait à l’époque en France, mais pour le statut culturel de Berlin. J’imaginais ces milliers de fonctionnaires qui allaient débarquer, la gentrification des quartiers les plus underground, l’ordre et la propreté qui n’allaient pas manquer de s’installer trop vite dans Berlin Est. Et c’est ce qui s’est produit. J’ai pu plus tard aller à l’est, cela n’a pas été évident tout de suite, il y avait encore une frontière, il fallait un passeport pour un étranger à l’Allemagne. J’ai rencontré des gens dans les campagnes semi-désertées, en Saxen Anhalt. Ils étaient très différents c’est vrai, très relax, ouverts, affables, non que l’Allemand de l’ouest soit revêche, mais il ressemble plus à un Parisien :), un peu méfiant, au moins circonspect. Les gens que j’ai rencontrés parlaient volontiers de leur vie d’avant, de cette solidarité, de la décontraction vis-à-vis de la consommation, puisque même lorsqu’on avait le budget, il n’y avait pas de produit. Le troc était courant, le système D, le partage. Regretter cette culture ne signifie pas regretter le communisme, non ? Et les paysages ! Des fermes et des granges en pierres, le blé rustique qu’on semait il y a 50 ans, les pommes à l’ancienne au bord des routes, ces pommes que des collectionneurs recréent aujourd’hui, de petites parcelles bordées de murets, des fontaines à pompe devant les maisons, de vieilles routes défoncées datant du Reich, des châteaux servant d’HLM, des bergers en houppelande en haut des collines. C’était un immense musée des années 40, voire avant, n’a-t-on pas le droit d’avoir un pincement ? Il n’y avait pas que du mauvais, même s’il y avait aussi des barres d’immeubles sociaux en bordures de forêts, des barbelés et des rivières interdites. Pourtant j’avais eu l’occasion de détester ce no man’s land, j’avais de la famille des deux côtés, dont une partie quasi introuvable aujourd’hui. L’Ostalgie vient de cette frustration qu’ont eu ces Allemands a voir leur histoire niée par des gens qui n’y avaient pas pris part. On te donne une banane, tu t’extasies merci, viens voir comme c’est beau, les mercos, les machines-à-laver-la-vaisselle et le coca ! C’est encore plus complexe que ça, certains se sont rués sur le capitalisme jusqu’à l’indigestion, d’autres ont essayé de l’aborder prudemment, mais la digue était tombée et l’inondation a été générale, la RFA a avalé la RDA et 20 ans ne suffiront pas à effacer les différences. Génération après génération, on grattera la croûte afin que la cicatrisation soit plus propre, comme nous faisons pour 14-18, l’Algérie ou le 11 septembre. Mais le mur reste une blessure, soyez en sûrs, même s’il n’est plus là, ce n’est pas encore du passé.
    Merci pour cet article et de laisser la place à mes épanchements, la cérémonie de lundi sur la place de la Concorde était trop chiche pour étancher mon émotion. Merci.

  16. Mode Oeuf permalink
    11/11/2009 17:44

    Wow, c’est long ! Sorry.

  17. l'anglaise permalink
    11/11/2009 19:08

    L’Arabe, merci pour ce billet que je trouve tres bien ecrit et assez juste.

    J’étais à Grenoble avec des copains allemands lorsque la nouvelle nous est arrivée…
    Ils ont sautés dans leurs voitures et sont partis pour Berlin tant tout cela semblait incroyable…et ils nous ont appelés:  » c’est vrai, ça arrive vraiment ! » Difficile de partager l’émotion…
    Personnellement je n’imaginais pas voir cela de mon vivant !

    En Octobre 1990, j’arrivais à Berlin pour y vivre un an…
    Passé l’enthousiasme initial, ceux de l’Est étaient un peu en état de choc face à cet Eldorado qui se révélait plus dur que prévu et face à tous les changements auxquels il fallait s’adapter tant bien que mal…
    Pour certains, pourtant, c’était l’immense exaltation ! Je me rappelle notamment un étudiant totalement boulimique: anglais, musique, histoire, droit, il touchait à tout car ouvertement catholique, il n’avait pas eu le droit d’étudier à l’Est jusque là…
    Passé l’enthousiasme initial, ceux de l’Ouest réalisaient l’ampleur du redressement économique nécessaire à l’Est avec des cousins qui leur faisaient un peu figure d’assistés…
    Le grand miracle allemand à refaire ! Rien moins qu’une montagne à gravir alors qu’ils l’avaient déjà fait une fois…

    Le chômage flambait à l’Est au point qu’on parlait de 75% dans certains quartiers de Berlin Est…
    Débrouillards, les gens faisaient des fêtes, des sortes de portes ouvertes ou on pouvaient passer pour quelques Deutsch Marks écouter de la musique (live ou pas) et boire un verre plus ou moins coupé d’eau…mais quelles rencontres, quelles soirées mémorables !
    Pas de téléphones portables à l’époque pour le commun des mortels et 3 ou 4 mois pour ce faire brancher un fixe…
    Les copains de l’Est ne téléphonaient pas : ils passaient…
    Nous n’étions pas là…pas de problème, ils laissaient un petit mot coincé dans la porte…
    C’est cette qualité de relations, cette qualité d’attention à l’autre dont on peut certainement être ostalgique…
    Nous autres étudiants Erasmus privilégiés de l’Ouest, ça nous avait beaucoup interrogés et je crois que nous avions tous apprécié…

    Voilà, j’espère que je ne fais pas trop ancienne combattante, mais j’avais envie de partager ça…

    Il y a beaucoup plus de murs dans le monde qu’on ne le réalise je crois aujourd’hui…
    Souhaitons que leurs chutes arrivent et soient aussi pacifiques que celle-ci…

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