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Madonna: Une Rétrospective (Troisième partie: les années 2000)

06/10/2009

2000: Grosse Année.

Madonna se croûte une nouvelle fois au cinéma avec le [insérez ici l’adjectif affligé de votre choix] The Next Best Thing, dans lequel elle est encore une fois [insérez ici l’adjectif horrifié de votre choix].

Pour rattraper le coup, elle enfile son chapeau de cow-girl et entre avec panache dans le nouveau millénaire avec son 8ème album, modestement titré Music. Loin de s’être endormie sur les lauriers de Ray of Light, elle a tendu loin ses oreilles et déniché de nulle part un nouveau producteur extraordinaire, Mirwais, ancien membre du groupe français Taxi Girl. La chanson-titre, irrésistible bâton de dynamite electro-funk, la propulse une fois de plus en haut des charts et s’impose instantanément comme un nouveau classique. Si l’album dans sa totalité n’est pas du même niveau, souffrant parfois d’un manque de cohérence stylistique sans doute dû au mariage pas forcément heureux Mirwais/William Orbit, Music n’en reste pas moins une formidable réussite, collage de titres inventifs et euphorisants, dont le somptueux morceau electrofolkisant (je sais c’est pas un mot) Don’t Tell Me, et le joyeusement cacophonique concert de bleep-bleep Impressive Instant. Pendant que la Reine de la Pop savoure son come-back, ses ex-concurrents des 80’s, Michael et Prince, ramassent sévère: l’un s’évertue à faire disparaître ce qui lui reste de cartilage nasal pendant que l’autre sombre dans la dépression à Minneapolis.

Entre-temps, Madonna s’est entichée du réalisateur britannique Guy Ritchie, sorte de sous-Tarantino vulgaire et complètement crétin. De cette union céleste naît un enfant de sexe mâle, qui répondra au doux patronyme de Rocco. Pour ne pas vivre dans le péché plus longtemps, Madonna épouse Guy dans un château en Ecosse quelques mois plus tard. Puis elle déménage en Angleterre, se met au cheval, apprend à boire du thé, et décide de devenir une Lady.

2001: Madonna remonte sur scène après une absence de 8 ans avec le Drowned World Tour, spectacle faramineux et léché jusqu’à l’os. Malheureusement, le bonheur bourgeois se paye à prix fort pour les icônes pop, et lui manque la niaque qui l’habitait lors de ses précédents concerts.

2002: Alors qu’on pensait que sa carrière cinématographique avait touché le fond avec son cinquième Razzie Award, Madonna fait tapis et s’offre un vanity project suicidaire: elle commande à son idiot de mari, spécialiste du film de gangster pseudo-branchouille, le remake d’une comédie italienne politico-sexuelle de Lina Wertmüller, dont elle souhaite interpréter le rôle principal. Ce qui, grossièrement, revient à demander à Luc Besson de refaire La Dolce Vita. Complètement dépassé, le malheureux Guy accouche d’une pub pour crème solaire, tandis que sa femme joue les Katharine Hepburn dans un numéro de cabotinage frisant l’inconscience. Le film est fusillé à bout portant par la critique, fait un flop mouillé, et se mange une plâtrée de Razzies, dont un pour son actrice principale, qui a tellement déchaîné les flammes de l’enfer qu’on lui en colle un deuxième -catégorie second rôle- pour son inoffensif cameo dans Meurs un autre jour, histoire de s’assurer qu’elle n’y reviendra plus. La stratégie semble avoir fonctionné. Pour l’instant.

Mais davantage que son apparition inconséquente, l’événement du James Bond sus-cité, c’est que Madonna en interprète la chanson-titre, succédant à une longue lignée d’artistes prestigieux (ou presque). Son Die Another Day, titre détonnant et inclassable qui défie les codes JamesBondien, lui attire les foudres de tatie Elton John, qui le qualifie de « pire générique de James Bond de tous les temps ».*

*Note à Elton: réécouter For Your Eyes Only de Sheena Easton.

2003: Madonna dévoile son nouvel album, American Life, entièrement conçu avec Mirwais. Plus homogène que Music, American life est le fruit d’un équilibre parfait entre créativité formelle et souplesse mélodique: sonorités éléctros et acoustiques y sont intimement entrelacées pour produire un son unique, au service de mélodies d’un rare beauté qui témoignent de l’inspiration sans cesse renouvelée de la songwriteuse Madonna. Admirablement ambitieux et musicalement superbe, American Life est malheureusement desservi par un discours et un marketing pseudo-politiques creux et à côté de la plaque, reflets des illusions d’une diva qui s’imagine pouvoir être temporairement Madonna ET Bob Dylan. Malgré ses qualités, l’album peine à trouver son public, et demeure le moins vendu de la carrière de la star.

Ayant compris que faire de la politique est moins aisé que choquer le bourgeois, Madonna roule une galoche à Britney Spears aux MTV Video Music Awards et provoque un raz-de-marée médiatique. Cqfd. Galvanisée par ce succès, elle accepte l’invitation de Britney et enregistre avec elle le duo Me Against The Music, histoire de montrer à cette sale petite morveuse sa dauphine de quel bois elle se chauffe.

2005: Pas démontée par l’échec d’American Life et bien décidée à montrer au monde entier qu’elle n’est pas encore sénile, Madonna se lance dans un album 100% dance floor, dont elle confie les rênes au magicien du remix Stuart Price. Démarrant au son d’un réveil-matin, comme une invitation à voyager dans le temps par le biais de samples savamment dosées d’ABBA ou de Donna Summer, Confessions on a Dance Floor est un bijou scintillant qui illustre avec éclat que lorsqu’il s’agit de produire du son aussi imparablement dansant que frénétiquement habité, personne n’arrive à la cheville de Madonna. Succès plus que mérité.

2006: Madonna se lance dans le Confessions Tour. De passage au Malawi, elle ramène un souvenir très tendance.

2008: Madonna est intronisée au Rock’n’Roll Hall of Fame. Paniquée par cette statufication précoce et déterminée à prouver qu’elle n’est pas encore une relique, elle sort Hard Candy, son onzième album. Fermement décidée à reconquérir le marché américain, pour qui la musique se résume désormais exclusivement au hip-hop/R’n’B, elle cède aux facilités qu’elle avait jusqu’ici presque toujours obstinément refusées: elle se soumet au son du moment plutôt que de chercher à le redéfinir, s’entoure des plus gros producteurs en activité (et les plus galvaudés), et s’offre des collaborations de luxe un peu vaines avec les golden boys trônant au sommet des charts, histoire d’appâter le chaland. Pari réussi: le rouleau compresseur qui fait office de premier single, 4 Minutes, en duo avec Justin, fait un carton, et l’album est un succès. Le savoir-faire pop de la Madone assure malgré tout à l’ensemble une certaine épaisseur et l’empêche de sombrer dans l’efficacité toute mécanique de la production coutumière des wunderkind aux commandes, Timbaland et Pharrell. Ce dernier, notamment, s’est fendu du seul morceau franchement mémorable et innovant de l’album, le tourbillonnant Give it to Me.

Ayant de toute façon compris que le seul moyen de rentrer dans ses frais lorsqu’on fait de la musique de nos jours est de faire de la scène, Madonna embraye avec son Sticky & Sweet Tour, qui rapporte des tonnes de sous et éclate tout plein de records. Normal, étant donné qu’une place coûte le prix d’une voiture.

2009: Sortie de Celebration, compilation de 36 des plus grands tubes de Madonna. En parcourant la tracklist, je m’aperçois que malgré ce chiffre impressionnant, nombre de grands titres manquent encore à l’appel. Respect.

Pour célébrer en beauté, Madonna tabasse Lady Gaga. Bonne idée.

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22 commentaires leave one →
  1. emilie permalink
    06/10/2009 10:21

    j’aime ta prose. point barre.
    quid de son film Obscénité et vertu?

    • 06/10/2009 12:48

      Madonna et Cinéma ne faisant habituellement pas bon ménage, j’ai cru bon de m’abstenir. Ai-je eu tort?

      • emilie permalink
        06/10/2009 14:56

        je me suis abstenue de la même façon mais j’aurais aimé avoir ton point de vue sur le sujet (non je ne vais/vois plus rien au cinéma sans ton approbation, c’est mon absence de personnalité cinématographique qui veut ça).
        Et puis il y avait gogol bordello, et ça avait l’air un peu indie sur les bords, je m’étais donc quasiment laissé tenté à l’époque…

      • 07/10/2009 03:10

        Justement, c’est quand Madonna veut se faire croire qu’elle est indie qu’elle se vautre en général le plus lamentablement. Donc prudence.
        Par ailleurs je suis très flatté d’être ton gourou ciné.

  2. 06/10/2009 10:46

    Merci pour ces 3 articles très bien écrits ! Ça remet les choses à leur place.

  3. Maestria permalink
    06/10/2009 12:13

    Dans la tendance Saturday Night Live / bébé-souvenir d’Afrique, voici un extrait mémorable de l’émission : http://www.youtube.com/watch?v=RpgJMlfAzTc (désolée pour la qualité pourrie, je n’ai pas trouvé mieux et je suis censée bosser)

  4. 06/10/2009 12:35

    Merci pour la pub pour crème solaire, magique.
    En revanche, je te trouve sévère avec American Life. Si l’imagerie associée était indeed lourdingue, il comprend cependant quelques beaux titres, dont un nostalgique avec des vrais morceaux de Like a prayer dedans, et m’a en tout cas pas mal entêté à l’époque, après avoir eu des difficultés à entrer dedans.
    A l’aune du dancefloorisme, il n’est effectivement pas d’une efficacité redoutable. Mais j’ai beau avoir ce critère constamment en tête, dans la mesure où il me revient souvent la lourde charge de faire danser des gens, je suis passé à côté de Confessions : la lourdeur, en l’occurrence, je l’ai plutôt trouvée dans l’album (notamment dans les samples que j’ai trouvés vite épuisants) que dans le marketing… Cet album m’a même fait carrément décrocher, puisque je suis bien incapable de fredonner le moindre titre du dernier opus, qui ne m’a pas du tout intéressé.
    En tout cas, de la belle ouvrage que cette trilogie cicconesque, Le Pédé.

    • 06/10/2009 13:51

      Je ne suis pas sévère avec American Life; j’adore cet album.
      C’est juste l’aspect j’adoooore-la-politique-darling-so-tendance-je-vais-me-déguiser-en-Che-Guevara-sur-la-cover-ça-va-être-dément que je déplore, dans le marketing mais aussi dans le contenu. Parce que:

      I’d like to express my extreme point of view
      I’m not Christian and I’m not a Jew
      I’m just living out the American dream
      And I just realized that nothing is what it seems.

      Le pire étant qu’en se mettant un couteau entre les dents pour débiter ce genre de banalités, elle est juste passée pour la faiseuse creuse et artificielle qu’on l’a souvent accusée d’être, et a certainement contribué a l’échec critique et commercial de l’album, qui, pourtant, est souvent excellent.

      Pour ce qui est de Confessions, j’aime tellement ce disque que je pourrais le manger. Et pourtant je ne suis pas du tout disco, et je hais ABBA. Va comprendre.

      • 06/10/2009 14:30

        Si tu l’aimes quand même, on est d’accord au final sur AL…
        Et je vais donner une deuxième chance à Confessions.
        Quant à la disco, je crois qu’il est important de distinguer ABBA et autres tenants de la disco de supermarché (parfois mythiques au second degré, je pense à l’énormissime texte de The Winner Takes it All), de quelques productions beaucoup plus dignes de respect, connues comme Donna, ou moins connues comme, au hasard parmi ma collec, ce morceau de Cory Daye

      • 06/10/2009 22:47

        Quand est-il du magnifique « Fernando » !

  5. 06/10/2009 14:25

    Yeaah! Super critique même si tu aimes bien Madonna… Je trouve ça génial! Être capable de dire ce qu’on pense et de critiquer ce qu’on apprécie sans être totalement gaga et 100% en approbation. Chapeau! On dirait que j’apprécie plus Madonna avec cette critique/appréciation que si ça avait été qu’une éloge sur la «grande et si adulée» chanteuse.
    Et… actrice??? … Les stars croient vraiment pouvoir faire n’importe quoi dès qu’ils sont célèbres…. pffff

  6. columbine permalink
    06/10/2009 15:33

    la question a sûrement dû être déjà posée et excuse-moi si je te fais te répéter mais aucun de mes copains homo ne peuvent m’explique, pourquoi est-elle autant une icône chez les gay (parce que c’est indéniable, elle l’est)? je ne pense pas que ce soit parce qu’elle a défendu la cause gay, elle n’est pas la seule…

    • 06/10/2009 18:29

      En effet, la question a déjà été posée; je te renvoie donc aux commentaires la première partie de cette trilogie, où j’ai donné quelques éléments de réponse (peu subtils, il est vrai…).

  7. 06/10/2009 17:58

    Tout à fait d’accord, les expériences au cinéma de Madonna ne sont pas à garder dans les annales!
    Pourtant, avec son ancien coach de Guy Ritchie, elle aurait pu mieux faire!

    Très bon, l’appellation « souvenir tendance »… (et très triste, en réalité)

    Quant à la vidéo, je suis bien déçue, un crêpage de chignons en direct, j’aurais bien voulu ça!
    Quelle sera la prochaine idée de la Madone pour faire parler d’elle?

    Au fait, ce n’est pas elle qui a quitté son Ritch’ pour Jésus? Encore une mode tendance chez les people… A moins qu’elle n’ait vraiment trouvé la foi!

  8. 06/10/2009 22:49

    Bon le Pédé, ça commence à bien faire. D’abord Barbara t’angoisse, et maintenant Guy Ritchie est un naze?! mais qu’est-ce qui te prends?

    • 06/10/2009 23:07

      Guy Ritchie? Mais quelqu’un sait vraiment ce qu’il a fait dans la vie à part se marier avec Madonna?

      • 06/10/2009 23:45

        Mais enfin bordel de Dieu, « SNATCH »! « Lock, Stock and Two Smoking Barrels »! Deux films cultes! (Bon j’avoue ensuite il s’est craqué… Mais rien que pour ces deux films ce mec est BON!)

      • L'étudiant permalink
        06/10/2009 23:51

        J’allais le dire…

        Et puis meme si je suis pas une reference, en matiere de cinema, « Arnaques, crimes et botanique » etait pas mal du tout non plus, j’avais trouve.

    • 07/10/2009 03:05

      Bleuargh. Un sous-sous-sous-Tarantino version beauf, sans la verve, sans l’originalité, et sans le panache formel.
      Zero substance, juste une approche stylistique clinquante et déjà ringarde de publicitaire coké qui se limite à deux-trois effets de mode visuels qu’il recycle dans chacun de ses films.
      J’aurais plutôt tendance à penser que la suite n’est pas un « craquage », mais juste une confirmation de sa nullité.

      Si vous voulez voir un vrai film de gangster anglais, je vous recommande Sexy Beast.

      • Anybody Out There permalink
        07/10/2009 14:29

        Je jetterais un oeil sur « Sexy Beast » pour la comparaison alors. Mais si je puis me permettre, ce que j’aime chez Ritchie, du moins ds les deux films que j’ai cité ci dessus (d’ailleurs l’étudiant « Lock, stock, etc… » c’est le nom du film « Arnaques, crimes … » en anglais.), ce sont ses dialogues cinglants et l’humour dont il fait preuve. Les personnages sont tjs crédibles (cf. Snatch). Et moi j’aime bien sa façon de filmer (cf. Fin du poker entre Harry la hache et le fils de Sting…) Nan, je campe sur mes positions. Je défends. J’accuse. On nous spolie. Entre ici Guy Ritchie. Tout ça, tout ça.

      • L'étudiant permalink
        07/10/2009 14:33

        Ah oui, shame on me sur le coup. Decidement j’etais pas en forme hier, moi…

        J’ajoute Sexy Beast sur la liste de mes films a voir, alors.

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