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Tu ne me passeras point le sel.

14/09/2009

Je hais les distributeurs français. Je les hais parce qu’ils me font attendre. Je les hais parce qu’ils me privent de mes péchés mignons. Je les aussi hais parce qu’ils sont incapables de traduire correctement, maquillant parfois avec un titre choisi à la hâte une tranchante et singulière dissection familiale en grosse comédie ringarde. Ces jours-ci, par exemple, je ne sais pas quel est leur problème, mais dès qu’ils doivent vendre un film israélien, ils se sentent obligés de trouver un titre qui sonne comme un extrait des Dix Commandements. C’est ainsi que Walk on Water (littéralement Marcher sur l’eau) devient Tu marcheras sur l’eau, tandis que le film que j’ai vu hier soir, Eyes Wide Open, (littéralement, Je suis un petit prétentieux qui ferait bien de ne pas trop se prendre pour Stanley Kubrick), devient Tu n’aimeras point. C’est bien connu, les israéliens utilisent exclusivement cette syntaxe divine, même pour aller acheter leur pain:

-Tu me vendras une baguette moulée pas trop cuite.

-Tu me devras 3 shekels.

Heureusement que tous les films ne viennent pas de Terre Sainte, sinon on s’en serait mangé du Tu ne couleras point, du Tu deviendras un Jedi et du Tu téléphoneras à la maison.

Bref, Tu n’aimeras point, donc.

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Si vous avez lu le synopsis, en gros: dans le milieu ultra-orthodoxe de Jérusalem, un père de famille tombe amoureux d’un étudiant en Yeshiva et des complications s’ensuivent (sans blague?); et bien je suis heureux de vous annoncer que vous n’avez pas besoin de dépenser dix euros, pas besoin de sortir votre carte UGC de votre poche, pas même besoin de descendre de chez vous, parce que vous avez déjà vu le film. En effet, il n’y a absolument rien dans cette tragédie inlassablement prévisible qui ne la fasse dévier une fraction de seconde des rails sur lesquels elle avance solennellement à un train de sénateur.

Pas une scène à faire ne manque, de la baignade dénudée qui se termine en lutte amicale-mais-avec-de-l’érotisme-dedans, à la confrontation pleine de NON-DITS entre épouse digne et trompée et amant mystérieux et sensuel, en passant par les menaces des fanatiques barbus avec lançage de cailloux à travers la vitre. On a même droit à l’inénarrable scène dans laquelle l’époux adultère rentre chez lui et regarde avec un air coupable ses enfants qui dorment paisiblement. Je ne sais pas pourquoi, mais au cinéma, les époux (ou épouses) adultères n’ont qu’une idée en tête lorsqu’ils rentrent au milieu de la nuit après un bonne partie de jambes-en-l’air: regarder leur(s) enfant(s) dormir paisiblement. Avec un air coupable. Forcément.

TU N'AIMERAS POINT PHOTO1.JPG

Mais le plus embarrassant, ça n’est pas ce déroulement de séquences attendues et poliment ennuyeuses, ça n’est pas ce que certains journalistes appellent rigueur et que je nomme absence totale d’inspiration visuelle, ça n’est pas même cette musique cauchemardesque qui ressemble à ce que pourrait tenter Angelo Badalamenti sur son clavier pour faire marrer ses potes un soir de cuite, non, le plus gênant, c’est la façon dont ce film qui se veut polémique aborde le coeur de son sujet, c’est à dire le sexe entre deux hommes. A ce propos, j’ai un petit quelque chose à dire à Monsieur Haim Tabakman: soit on décide d’aborder un sujet et on le traite de front, soit on rentre chez soi faire du crochet. Parce que là, plus bande-mou, c’est difficile. En gros, le film tout entier tient sur UNE scène-pivot qui fait démarrer l’action, celle ou les deux protagonistes cèdent à leur désir réciproque. Une scène retardée pendant une bonne grosse demi-heure (faut bien remplir), et qui lorsqu’elle survient (enfin) se révèle tellement timorée et ridiculement contrefaite qu’elle trahit à quel point le réalisateur est mal à l’aise avec son propre sujet. Et qui met en lumière l’opportunisme des auteurs de ce film qui ont sans doute vu dans ce thème un bon moyen de faire du cinéma « politique » alors qu’il n’ont finalement rien à dire à part que, surprise, l’homosexualité n’est pas tolérée chez les fanatiques religieux timbrés et intolérants. Merci pour l’info les mecs.

De son côté le réalisateur disserte:

« La principale différence entre le divertissement et l’art repose sur le fait que le premier a pour but de faire passer le temps plus vite alors que le deuxième tente de redonner au temps toute sa densité.  En donnant de la valeur au temps, le cinéma permet de faire remonter en surface une conscience de ce qui se passe. »

Donc, si j’ai bien compris Monsieur Tabakman, vous prétendez faire « de l’art« ? Et si vous commenciez par prétendre faire un film, et que vous laissiez aux autres le loisir de décider si c’est de l’art ou pas?

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25 commentaires leave one →
  1. l'Autre permalink
    14/09/2009 08:20

    tu ne vieilliras point, http://www.imdb.com/title/tt0421715/

    en tout cas, c’est sur que ce film tu n’aimeras point!

  2. 14/09/2009 09:56

    « Heureusement que tous les films ne viennent pas de Terre Sainte, sinon on s’en serait mangé du Tu ne couleras point, du Tu deviendras un Jedi et du Tu téléphoneras à la maison. »

    AHAHAHAHAHAHAHA j’en ai recraché mon café sur l’écran

    • Pinkmarple permalink
      14/09/2009 13:18

      Moi aussi j’ai trouvé cela totalement hilarant!Et je buvais également mon café devant l’ordi!

    • Le Hippie permalink
      14/09/2009 13:46

      « Tu me vendras une baguette de pain » hhhaaaaahahaha !!!
      merci pour ce p’tit moment de bonheur, heureusement je ne bois pas de café !

  3. 14/09/2009 10:14

    Tu ne t’interdiras pas d’avoir rien compris au film…
    J’avions cru piger que le vrai sujet du film était l’hypocrisie et la culpabilité ?*
    Tu ne riras pas aux malheurs de ton prochain…
    Y avait des moments où oui mon père je l’avoue, je me suis esclaffée… pardon aux familles toussa !
    Tu te soumettras à la frustration
    Bon, on se doute bien que la chair est faible et qu’il va sauter sur son tentateur mais j’attendais vraiment qu’ils forniquent comme des bestiaux au milieu de la boucherie, chiennasse que je suis… C’est finalement ce qui manque dans ce film, un poil de sexe… merdum ! avec les beaux corps qu’il avait sous la main !! Le cinéma, parfois, c’est trop injuste (tu ne piqueras pas la coquille d’oeuf de ton voisin pour t’en couvrir le chef)
    😦

    * comme chez Stanley… oh la vache !
    Tu n’insulteras pas les nombreuses créatures de notre saigneur et particulièrement celles qui finissent dans notre assiette (ou gare à la colère de Jakob le juste !)

  4. 14/09/2009 10:37

    Ahhh! Grand merci. Je le savais! Je t’écrivais la même (euh, en moins bien, of course, faut pas déconner) juste en regardant les photos promos dégoulinantes de pathos à deux balles, deux chapeaux et quatre frisettes!

    Le plus dur, ça va être les inévitables discussions de salon auquel la gente Pédé sera impitoyablement soumise, initiée par tant de ces combattants héroiques pour les droits civiques qui hurleront au chef d’oeuvre et au combat radical. J’en frémis d’avance.

    NTS: imprimer le présent billet avant mon prochain dîner.

    • 14/09/2009 11:53

      J’ai pensé à la même chose en sortant du film. A la différence que j’en jubile d’avance!

      • 14/09/2009 12:05

        Mmmouais. En fait c’est un piège ton billet. Vais être obligé d’y aller en toute connaissance de cause si je veux jubiler aussi, sinon ce ne sera que du malheur… Bref, que du malheur. En fait, pour ce lundi matin, je te déteste?

      • 14/09/2009 12:09

        Mais non tu m’adores.

  5. Marie permalink
    14/09/2009 10:49

    Tu m’en diras tant !!! ;-))))))

  6. Marie permalink
    14/09/2009 10:56

    « Tu ne brokeback mounteraineras en terre sainte  » ;-))
    Ok je sors…

  7. Yoos-F permalink
    14/09/2009 11:37

    Ben moi je l’ai trouvé sympa ce film…

    • 14/09/2009 11:51

      Sympa? Est-ce vraiment le mot?

      • Yoos-F permalink
        14/09/2009 13:46

        Je sais pas, mais j’ai passé un plutôt bon moment. J’ai pas spécialement fait attention aux clichés (bien qu’ils semblent assez évidents maintenant que tu les énumères), je l’ai juste trouvé assez réussi esthétiquement. L’aspect assez dépouillé m’a assez plu, je trouvais que ça donnait un coté assez cru à la chose qui n’était pas désagréable.
        Enfin bon, je débute aussi… 🙂

    • 14/09/2009 18:11

      Bon moment? Réussi esthétiquement?
      Comment te dire que ça m’a fait l’effet complètement inverse. ça aurait pu être un bon moment s’il n’avait pas été en permanence envahit par cette musique insoutenable, par ces moments de prières qui ne servent à rien, ces scènes de(non-)cul embarrassantes et ces (non-)repas (depuis quand on se nourrit de trois rondelles de concombres et de deux crackers?)servis par une dépressive en permanence coiffée d’une serpillère sur la tête. Quand à la réussite esthétique, je ne sais pas, je n’ai vu que des bouts de viande pourris du début à la fin. J’ai d’ailleurs passé toute la séance accrochée au Pédé pour me donner du courage et rester jusqu’à la fin du film.

      • Yoos-F permalink
        14/09/2009 18:40

        Ouais, je sais pas alors…

      • Philippe de Thrace permalink
        14/09/2009 19:40

        Ah non! Te laisse pas démonter Yoos-F! C’est pas parce que ces quatre connards (c’est eux qui le disent) balancent des références par kilos et que c’est toujours plus facile d’avoir de la verve pour démolir que pour encenser que tu dois remettre en cause ta perception ! Ton impression a autant de valeur que la leur, je t’en supplie ne t’alignes pas, bordel!

        À part ça le film je l’ai pas vu, je m’en fous et toute toute façon le cinéma c’est nul.

  8. Emma permalink
    14/09/2009 11:44

    Ah ah ah !!! COmme e., j’adore tout particulièrement ton analyse du titre. Tu m’as bien fait rire. Merci ;-))

  9. davidgeridoo permalink
    14/09/2009 15:44

    A ton analyse complètement je souscrirai.
    (Oui, je parle comme un yoda juif, donc double inversion.)

  10. davidgeridoo permalink
    14/09/2009 15:46

    Personnellement, j’aurais plutôt traduit « Eyes Wide Open » par « Filets mignons » (rapport à la boucherie) (le magasin, pas le massacre cinématographique), ou « Entrecôtes entre potes », ou « Viens me tailler une bavette d’aloyau dans la chambre froide ».
    Mais bon, en même temps, je ne suis pas distributeur…

  11. Marie permalink
    14/09/2009 17:53

    Je dirai même plus, Le Pédé, toujours tes posts, de jubilation exulter me font !

  12. Yoos-F permalink
    15/09/2009 15:29

    @Philippe de Thrace: Non, ce n’est pas s’incliner, je suis juste à cours d’arguments… Le film ne m’a pas déplu c’est tout, mais que ajouter de plus je ne sais pas. Et je pars du principe que quand on ne sait pas quoi dire, on la ferme 🙂

    • Philippe de Thrace permalink
      16/09/2009 00:21

      Pour ma part, moins je sais quoi dire, plus je me la ramène…
      Et pour te le prouver, je dirai qu’il y a deux niveaux (au moins) desquels on peut parler d’une oeuvre d’art. Un niveau d’argumentation ou on essaie tant bien que mal de trouver des raisons objectives à la valeur de l’oeuvre, et là c’est un débat où il vaut mieux être armé pour pas passer pour un blaireau. Et puis il y a un niveau sensitif, subjectif et très difficile à partager où la logique et la raison n’ont pas de place. C’est à ce niveau que tu me donnais l’impression de renoncer, et c’est pour ça que j’ai réagi.
      🙂

      • Yoos-F permalink
        16/09/2009 00:36

        Mais y’a pas de mal 🙂

  13. Le Hippie permalink
    15/09/2009 20:04

    Tu ne danseras point.
    Ou plutôt tu ne danseras plus.
    :p

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