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Ce qui cloche chez Tarantino

21/08/2009

inglorious-basterds-tarantino-brad-pitt-Tarantino vient de réaliser un de mes rêves les plus chers, avec son nouveau film Inglorious Basterds. Un rêve d’enfance un peu bête, pour être plus précis: réécrire une partie de l’histoire de la Seconde Guerre Mondiale dans laquelle les nazis seraient des proies térrorisées par un justicier juif dont la spécialité est de défoncer les crânes boches à coup de batte de base-ball (et qui, accessoirement, collectionne leurs scalps). L’effroi provoqué dans les troupes allemandes est tel que la rumeur faisant de cet « Ours Juif » un nouveau Golem, arrive rapidement jusqu’aux oreilles flippées du Führer.

Gamin, je rêvais d’être ce vengeur masqué et israélite. Je ne pouvais imaginer que des millions de juifs se laissent conduire à l’abattoir sans se bagarrer. Devant le très mauvais feuilleton Holocauste, je ruminais ma colère « Si j’avais été là, j’aurais tué tous ces sales Nazis ». Le constat était intolérable pour un petit garçon juif nourri à Bioman, aux Chevaliers du Zodiac et au humus: LES JUIFS AVAIENT PERDU LA GUERRE. L’Ours Juif n’est pas venu, tel Moïse, sauver son peuple, en dézinguant à coup de mitraillette le Pharaon Hitler. Néanmoins, l’idée de botter le cul aux Fritz (à l’instar de Quentin, je ne faisais pas la distinction entre les SS et les soldats de la Wehrmacht) restait ancrée dans mon imaginaire façonné par les archétypes de l’héroisme et de la virilité.

Ce fantasme là, je l’ai eu très jeune ; entre temps je suis devenu un adulte et j’ai compris que l’Histoire ne se juge pas à l’aune de nos humeurs mais qu’au contraire l’Histoire se pense la tête froide et se comprend à l’examen des faits.

J’ai appris que « les miens » (même si je n’avais strictement rien en commun avec des gens qui sont morts en Pologne ou en Lituanie 40 ans avant que je naisse sous le soleil de Marseille) avaient résisté de bien des façons et avaient même, dans certains cas, pris les armes pour se défendre.

Mais revenons à nos Bâtards. Evidemment, à aucun moment Tarantino ne laisse entendre que les choses se sont passées comme ça. Son film est une uchronie, une sorte de délire nihiliste, dans lequel les massacres n’ont aucune importance puisqu’ils relèvent d’une énorme farce qui pourrait se résumer à la seule question « Et si ça s’était passé autrement? ». Tarantino décide que l’Histoire ne sera qu’un décor en carton-pâte et, comme à son habitude, il choisit de rendre « rigolote » la cruauté humaine et ses effets grotesques.

Est-ce vraiment pertinent?

A l’heure où Faurisson fait du stand-up avec Dieudonné, où la Shoah est dans le meilleur des cas, banalisée et dans le pire, niée, est-t-il vraiment nécessaire de faire une comédie où les nazis sont des clowns plutôt inoffensifs et où les juifs sont de très cool justiciers psychopathes ?

D’aucuns me diront que Tarantino est un moraliste des temps modernes qui a consacré toute son oeuvre à montrer le visage diforme de la stupidité humaine. Mais il ne s’agit pas juste de montrer la bêtise humaine avec une espèce de familiarité rigolarde et c’est en cela que les frères Coen, pour ne citer qu’eux, sont de grands artistes responsables (à la différence de Quentin qui n’est qu’un gamin de 50 ans) ; ils ne se contentent pas de faire rire de la bêtise criminelle. Ils la tiennent à bonne distance, pour mieux nous en dévoiler l’horreur.

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65 commentaires leave one →
  1. le chinois permalink
    21/08/2009 13:46

    Dans le registre du fantasme du gamin juif qui castagne du nazi pour libérer l’europe du joug allemand, kavalier et clay est un roman bien plus rigolo, et pertinent à mon sens, où les élucrubations se voient enfoncé par la le réel traumatisme d’un gamin d’europe de l’est exilé à brooklyn durant la guerre.

    il y est même un épisode où un préstidigitateur sur le retour se voit confier la tâche de sauver le mythique golem de prague.

    par ailleurs, les frères cohen ne s’y sont pas trompés en rachetant les droits d’un autre roman de chabon, le club des policiers yiddish.

    • 21/08/2009 22:47

      Cher Chinois, merci pour toutes ces infos qui me font passer pour un bel ignare aux yeux de mes sevères co-bloggeurs.
      Heureusement pour moi, les chinois ne forment pas vraiment une minorité opprimée..Je peux donc dormir sur mes deux oreilles pour le moment.

  2. 21/08/2009 13:47

    …Juste en passant pour dire que avant Tarantino et ces idees il y a eu aussi *It Happened here* de Kevin Brownlow & Andrew Mollo…
    Un film peut etre pas si original donc…

  3. spittlerdidier permalink
    21/08/2009 14:52

    Et pourtant… malgré quelques scènes durs (bon s’est pour massacré du nazi), le film contient également beaucoup de scènes comiques…

    • 21/08/2009 22:50

      Je dois avouer que le film contient une scène très reussie: il s’agit de la séquence d’ouverture dans la cabanne, qui n’a rien de comique. Tarantino a peut-être de l’avenir dans le drame sérieux. Ou pas.

      • spittlerdidier permalink
        22/08/2009 16:37

        Oui mais quand la jeune juive se fait dragué par le jeune « héros nazi » et qu’elle dit : « si vous voulez vous faire absolument une française, vous feriez mieux d’aller à Vichy » est excellente.

  4. 21/08/2009 22:00

    Bonsoir, bonsoir,

    (Je ne sais pas très bien comment vous dire que vous êtes vraiment géniaux et que c’est mon premier commentaire (forcément maladroit), alors on va faire comme si de rien n’était et je vais directement vous dire ce que j’ai envie dire…)

    Je ne suis pas sûre que Tarantino réfléchisse beaucoup en ce moment, il pense surtout à se remplir les poches… si il a été capable de faire des merveilles, comme par exemple Jackie Brown, ce temps là et révolu.

    Et je vous avoue que la comparaison avec les frères Cohen me fait très mal aux yeux et à l’estomac…

    • 21/08/2009 23:01

      Merci pour ces jolis compliments.
      Je ne suis pas sûr que Tarantino réflechisse tout court. C’est même ce qui caractérise son oeuvre toute entière; mais l’absurde, en soi, est un vrai sujet (brillament traité dans Pulp Fiction) et c’est là, précisément, que commence et s’arrête la comparaison avec les Coen qui en ont fait, eux aussi le thème central de leur filmo( Fargo, Fargo et encore Fargo) .

      Sinon, pour un premier commentaire, vous vous en sortez plutôt pas mal!

  5. Ryuujin permalink
    21/08/2009 22:08

    Moi, j’emmerde les moralistes en herbe plus ou moins haute, et jsuis pas d’accord avec ta conclusion.
    Tarentino a tout bêtement une limite de moins que les frères Cohen.

    • 21/08/2009 23:07

      Effectivement, tout le monde n’est pas John Ford.
      Et la légèreté au cinema est toujours la bienvenue lorsque elle s’accompagne d’un peu de talent.
      Mais je ne saisis pas ce que tu entends par « limite »?

  6. 21/08/2009 22:38

    Ne peut-on pas, le temps d’un film, laisser de côt l’histoire (sans la nier bien sûr) mais essayer d’imaginer, oui, un « autrement ». Peut-être était-ce un façon aussi de laisser de côté la réalité triste et de réécrire un peu l’histoire pour se faire du bien?

    Tarentino est un grand gosse, mais qu’est-ce que ça lui va bien! (cf. Planet Terror, Deathproof, etc!)

  7. 21/08/2009 23:17

    Le problème est qu’il est difficile de se faire du bien sur le dos des morts, même s’il s’agit juste de voir un film a priori inoffensif et pavé de bonnes intentions.
    Tarantino devrait justement se cantonner à des projets comme Deathproof, dans lesquels il excelle.

  8. 21/08/2009 23:24

    Là je suis en Québéquie, et comme c’est la tradition, les titres des films sont traduits en français, ce qui nous donne un merveilleux « Le commando des bâtards » et qui nous laisserait presque penser à un film d’humour.

    Rien que pour ça, je vais y aller.
    Même si un remake de Nacht und Nebel americano-fantasmé, avec effets spéciaux, sans nuit, et sans brouillard… ca sent l’endormissement.

    bien à vous,

    • 22/08/2009 11:32

      Une fois n’est pas coutume, le titre québecquois est dans le même esprit que le titre original. Ca en dit long sur la bêtise de ce film.

  9. Le Tapin Basmati permalink
    23/08/2009 03:53

    je viens de me souvenir d’une phrase de Marivaux: « si j’avais été votre pareil, je n’aurais peut-être pas mieux valu que vous », dans l’île aux esclaves.

    Alors je comprends bien que ça ne s’applique pas tout fait (voire pas du tout d’ailleurs) à la Seconde guerre mondiale mais un peu de légèreté sur ce sujet ne peut à mon sens pas faire de mal. c’est aussi en se détachant de temps en temps du côté tragique des choses qu’on arrive à mieux les vivre. donc un peu de distance et d’humour sur ce sujet, comme sur l’esclavage, le vietnam, l’irak, marion cotillard et benjamin button, et tout le monde se portera mieux.

    • 24/08/2009 01:37

      Cher Tapin,
      je ne suis pas certain que faire le fait de jouer à l’autruche en se racontant des fables puisse nous aider à affronter une réalité souvent tragique. Pour s’en convaincre, il suffit de lire les propos d’Eli Roth (réalisateur des sinistres Hostel I et II) qui interprète le rôle du sergent Donnie Donowitz alias « l’Ours Juif » broyeur de crânes nazis, dans Inglorious Basterds, qui résument assez bien l’esprit du film:
      «Ce film, c’est du porno casher!(…)Dans les films sur la Seconde Guerre mondiale, les Juifs ont toujours le rôle des victimes. Mais là, c’est le contraire. Ce sont des tueurs!»

      Tout est dit.

      • Eudes permalink
        11/10/2009 11:36

        Porno casher, c’est un pléonasme…

      • Tarpe permalink
        29/01/2013 17:09

        « Dans les films sur la Seconde Guerre mondiale, les Juifs ont toujours le rôle des victimes. Mais là, c’est le contraire. Ce sont des tueurs! »

        Peut-etre qu’un jour on aura le droit aux élites juives collabo, vendant leur propre peuple et finançant Hitler … mais non je ne pense pas

  10. 23/08/2009 12:53

    Et puis c’est quand même un film où le cinéma gagne à la fin
    et puis christoph waltz !

  11. La blondasse permalink
    23/08/2009 23:46

    Bon, je vais me faire taper dessus.
    Moi, j’ai franchement pris le film au premier degré. Il m’a plu. Il est vrai que lire ce billet me fait réfléchir a posteriori, et je suis d’accord pour dire que tarantino est un grand gamin, mais je pense que nous sommes suffisamment intelligents pour faire le distinguo entre des faits historiques (dont seuls des crétins écervelés peuvent en nier l’existence) et un divertissement (qui a certes pour support un thème inspiré de faits réels).
    Moi, cela ne m’a pas choqué outre mesure. En revanche, la réalité de l’expo sur les enfants de la shoah (expo temporaire au mémorial de caen), m’a bouleversée ; car tout y est vrai.

    C’était aussi mon premier commentaire, il est un peu confus, j’en suis désolée.
    Et j’aime bien les frères Cohen, aussi.

  12. l'expert-comptable permalink
    24/08/2009 10:21

    N’étant pas ébahi par tout ce que touche Tarantino comme certain de mes amis qui le définisse comme le plus grand des grand… J’ai été voir Inglorious avec beaucoup d’apriori, surtout sur le fait de réécrire l’histoire.

    Mais la quelle surprise, beauté des scenes, jeu des acteurs, waltz, laurent ( plus belle que jamais), pitt, kruger, donowitz sont geniaux !

    Alors non c’est pas un film historique, C’est un Tarantino ! Et un bon ! Merde je commence à parler comme mes amis….

  13. Jess permalink
    24/08/2009 21:43

    pourquoi toujours prendre tout au sérieux? c’est d’une tristesse…C’est pas parce qu’on ne fait pas dans le politiquement correct, que ce n’est pas moins intéressant…Cela reste une histoire, un conte de raconté, donc Tarantino peut faire ce qu’il veut avec ses personnages. Dans ce cas, il n’y a pas de comparaison avec l’Histoire à faire, c’est ridicule.

  14. Le Tapin Basmati permalink
    26/08/2009 00:51

    … je n’aurais pas mieux dit: « nous sommes suffisamment intelligents pour faire le distinguo entre des faits historiques et un divertissement ». et il me semble qu’on en parle (à juste titre) suffisamment pour que les seuls monstres à s’aventurer à l’amalgame soient traités (de) comme des crétins écervelés (et dangereux, soit dit en passant).
    Et j’aime bien la mousse au chocolat, aussi.

  15. Le Hippie permalink
    26/08/2009 04:53

    Le film vaut le détour, rien que par le fait que son réalisateur joue avec les règles du cinéma et les attentes du spectateurs. Tarantino brouille les pistes, mélange les genres, passe du premier degré au second sans prévenir.
    Mais dès le début, on sait qu’on est devant un spectacle délirant, et on espère que ça ira loin. Moi j’ai trouvé le film un peu long par moments, et j’aurai préféré aller plus loin dans le délire et l’absurde. J’aurai aimé voir Brad Pitt un peu plus, parce que c’est vraiment jubilatoire de le voir casser du nazi. Même si, pour être honnête, la scène de carnage finale ne m’a pas fait vraiment rigoler.
    Une fois n’est pas coutume, j’ai trouvé la critique de Télérama plutôt pertinente sur ce film.

  16. 26/08/2009 11:07

    Bon.
    Jess, Tapin Basmati vous m’avez convaincu!!!
    Je retire tout ce que j’ai dit: ce film est un petit bijou qui tape dans le mille, l’oeuvre de la maturité qui ferait passer « Docteur Folamour » et « Le Dictateur » pour de gentils films un peu niais. En plus, les scènes de tchatche en allemand sont toutes plus emballantes les unes que les autres et pas du tout stériles narrativement. Et puis cette Diane Kruger a le charisme et la classe légendaires de Dietrich. Et puis Brad Pitt, tres inspiré, s’autoparodie de façon si spontanée.
    Non, vraiment, je ne sais pas ce qui m’a pris en écrivant ce post. C’est peut-être Claude Lanzmann qui a pris posséssion de mon corps. Claude, sors de ce corps!
    Encore une fois, désolé.

    • Le Tapin Basmati permalink
      26/08/2009 23:45

      personnellement, je ne trouve pas que la Shoah soit banalisée. Je trouve en revanche que l’on s’énerve moins lorsque l’on fait de l’humour avec d’autres horreurs de l’Histoire. Attention, ne pas mésinterpréter mes propos: je ne dis pas que c’est un mal qu’on parle moins d’autres faits historiques, je dis juste que je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas faire un peu d’humour sur la Seconde guerre mondiale.
      Et concernant le film en lui-même, mon cher Juif, je ne l’ai pas vu, donc je ne m’excite pas pour dire que c’est un chef-d’oeuvre, je dis juste que le propos et la patte tarantinesque doivent certainement ne pas être inintéressants.
      Et j’aime pas trop les épinards, aussi.

  17. 26/08/2009 11:50

    Mais non, Le Juif, tu as le droit de penser ce que tu veux!

    Seulement, je crois que tous ici nous essayons de te convaincre de ne voir dans ce film, qu’un thème (la Seconde Guerre Mondiale) et non pas une offense à l’Histoire. Nous savons tous exactement comment celle-ci s’est déroulée. Tarentino n’utilise ici qu’un thème et permet une certaine légereté et surtout de l’HUMOUR (qui représente je crois notre seule chance de pouvoir penser au passé sans haine.)

    J’ai vu le film hier soir, j’ai beaucoup ri (le jeu de Brad Pitt, tjs excellent, les dialogues pointus et complètement décalés, des scènes déja cultes (taverne,..)), mais j’ai ressenti également un petit malaise, car on a pas été habitués à rire de ce thème et pourtant, il le faudra bien! Se souvenir, mais ne pas PLOMBER nos pensées avec une guerre qui ne nous concerne plus à notre âge! Pourquoi rester dans la haine quand on peut faire table rase du passé…? C’est juste un gros délire cinématographique.

    Alors légereté, humour et gore, du Tarantino comme on l’aime, moi je prends, plutôt deux fois qu’une!

    Et franchement, Le Juif, tu nous avais habitué à plus de second degré dans les posts de ce blog… Que t’arrive-t-il?

  18. DOCDS permalink
    26/08/2009 13:44

    Le juif (En général), est UN PEU parano. Il a la bizarre impression que les chrétiens, les protestants, les Allemands, les arabes, les musulmans… lui veulent, lui ont voulu ou lui voudront du mal! Allez savoir pourquoi! Il est souvent tres chatouilleux sur les massacres planifiés qui ont touché ses proches, parents, grands-parents. Il a toujours peur qu’on banalise, qu’on oublie ….et que ça recommence.
    C’est évidemment plus facile le second degré quand on ne se sent pas concerné (« Une guerre qui ne nous concerne plus à notre âge »!!!)

  19. 26/08/2009 19:25

    Bien sûr que non, moi personnelement, je ne me sens pas concernée. Pas par le fait que je sois de telle ou telle religion, mais juste parce que ma grand-mère l’a vécue, pas MOI. Et franchement ça fait longtemps que la paix a été faite. Donc oui, là,je pense que ça ne nous concerne plus, ni le Juif, ni moi, ni personne. La haine, elle, oui, est toujours d’actualité. Mais la 2nde Guerre Mondiale, non.

  20. 26/08/2009 19:28

    C’est même un début de racisme d’imaginer que cette guerre nous concerne. ça me fait penser à Indigènes, tiens. Et tous ces jeunes arabes qui se trouvaient d’avoir combattu et qui disaient qu’on leur devait qqch à eux-mêmes. On a envie de leur dire : « Non mon p’tit gars, ton grand-père et le mien ont des choses à se dire peut-être et à régler. Mais toi et moi, on était pas nés. » End of the story.

  21. l'expert-comptable permalink
    26/08/2009 19:29

    Non je suis désolé la par contre je ne te suis pas.

    La seconde guerre mondiale et tout ce qui s’y est passé doit rester dans nos mémoire, et je pense que le nom  » devoir de mémoire a été bien choisi ».

    Nous devons faire passé le message au génération suivante que cela soit par les film humouristique, ou plus serieux..

    L’important c’est de pas oublier

  22. 26/08/2009 22:54

    Mais je suis bien d’accord avec toi! Mais il faut AUSSI arrêter de nous PLOMBER, on dirait que c’est de notre faute… C’est ça qui me sur-saoûle. Certaines personnes, à force de trop entendre parler de l’histoire de leurs ancêtres, ne font plus vraiment la différence entre passé et présent… Et moi ça me gave.

  23. Laurent permalink
    27/08/2009 00:45

    Alors comme ça, mon ami Le Juif, la réflexion ferait cruellement défaut au p’tit Quentin qui fait joujou avec ses soldats en plastique mais pas à cette crispation au ras des pâquerettes que tu nous ponds là avec toute la gravité du monde ? Permets-moi de te dire que ce procès, un peu hâtif et paresseux à mon goût, ne me semble pas faire justice – mais alors pas du tout ! – à un film dont transpire tout ce que tu voudras sauf de la « bêtise ».
    Voyons, nous savons très bien que le sérieux peut être une posture illusoire et que l’esprit potache n’est pas toujours l’ennemi de l’intelligence. Croire à cette soi-disant bêtise, c’est s’arrêter à la surface d’un discours de façade (un comble à propos d’un film qui utilise avec tant de panache toutes les nuances du langage !) en oubliant que Tarantino passe son temps à déjouer le simplisme du programme annoncé de chacun de ses derniers films… Je m’explique :

    En allant voir l’avant-dernier, « Death proof », on allait voir un film de bagnoles et de poursuites, pour se retrouver face à la peinture plus vraie que nature de groupes de filles épanouies et à la langue bien pendue qui subissaient puis châtiaient l’instinct bestial et frustré d’un vieux ringard sur le retour. En laissant du temps à cette danse de la séduction pathétiquement vouée à l’échec, ça parlait du laissé pour compte qui bave devant une vitalité hors de portée, de désir de domination contrarié, de rejet et d’orgueil blessé…

    Qu’en est-il maintenant de ces bâtards peu glorieux ? Ils sont censés casser du nazi en déchaînant une brutalité qui ferait rougir de jalousie les pires tortionnaires du IIIe Reich – voilà la programme. L’argument de départ est plutôt drôle, mais le film en resterait là, je te le concède, ce serait un poil sinistre… Mais Tarantino a bien trop de classe et une bien trop haute idée du cinéma pour se contenter de développer ce qui reste un pitch promotionnel. La sale blague le fait rire aux éclats, on n’en doute pas, mais il n’en ferait pas un film, parce que ce film l’ennuierait profondément (voir le sort fait aux exactions des « basterds », cantonnées à un seul chapitre synthétique, fort efficace au demeurant, mais qui appelle aussitôt un autre horizon narratif bien plus ample). Non, ce qu’il veut réussir, c’est un authentique western spaghetti dans la France occupée, doublé d’un film d’espions et de détective où la parole et le langage sont les armes les plus redoutables. Les « basterds » et le fantasme de défoulement qu’ils promettent ne sont pas oubliés, mais ils viennent greffer leurs mauvaises manières à l’ensemble, comme un contrepoint grotesque aux intrigues feutrées.

    C’est un film où la découpe en chapitres souligne admirablement le rôle central que joue le langage sous toutes ses formes – la langue maternelle, la langue étrangère, celle qui exclut, celle qui rapproche, les inflexions qui cajolent, celles qui transpercent, les accents qui trahissent… Rarement selon la moi la parole aura à ce point porté l’action, mis les nerfs autant en pelote, donnant un hybride étrange de film d' »action parlée ». L’occasion de composer des séquences fleuves inoubliables, des morceaux de cinéma qui imposent leur rythme, comme le prologue (qui trouve quand même grâce à tes yeux, ouf !), l’introduction de Shoshanna auprès de Goebbels puis de Landa dans le salon de thé parisien, le rendez-vous des espions dans le sous-sol du bouge isolé (séquence qui réduit au silence toute accusation de bêtise, tant elle pourrait, par la richesse de ses développements, constituer à elle seule un film entier, un huis-clos passionnant).

    Donc, pour « résumer » :

    1. Arrêtons 5 mn de nous donner des airs de pères la vertu offensés, ce n’est pas un film à thèse et c’est tant mieux (d’autres s’en chargent à la place de Tarantino – avec plus ou moins de succès ; cf. le bâclage impatient et stupide que représente le très sérieux « The Reader’s digest », pardon, « The Reader »). Ça rejoint d’ailleurs une réflexion que je m’étais faite avant de voir le film, en regardant des documentaires sur la période : excepté peut-être « La Grande vadrouille », pourquoi le cinéma Français s’est-il toujours persuadé que cette occupation, qui (au-delà du « devoir de mémoire », mais pas « contre » lui) présente une densité romanesque incroyable, il fallait systématiquement l’étudier en prenant la pose du chercheur historien au lieu de la romancer à l’envi ? La conquête de l’Ouest et le génocide Indien, ça n’a pas été joli, joli non plus, mais cela a donné un grand genre populaire : le Western. Les meilleurs Westerns ne sont pas forcément ceux qui reflètent le mieux la réalité historique, mais ceux qui profitent du contexte pour parler de drames humains universels tout en jouant sur des registres infinis. C’est un théâtre qui donne chair à la fiction. Selon moi, l’Histoire porte la mythologie. Il y a de grands films historiques comme il y a de grands films mythologiques. Tout ce que je dis, c’est que si le cinéma Français n’était pas aussi bridé par sa morgue révérencieuse et son obsession du « message », il n’aurait peut-être pas attendu que Quentin fasse le boulot à sa place…

    2. Tarantino n’est pas de ces cinéastes qui parlent d’un « milieu ». Il n’en a pas, et n’en connaît pas vraiment non plus. Ou plutôt, il en avait un tout étriqué (en gros, celui de « Clerks »), et il en a rapidement et définitivement fait le tour dans les premières pages du script de « True romance ». Non, son référent à lui, c’est juste le cinéma. Ce qui n’implique pas que ses films soient vides ou ne parlent pas de la vie. Il y a suffisamment d’émotions humaines dans le cinéma pour que, d’une manière détournée, la vie revienne habiter les films d’un cinéaste maladivement cinéphile, si tant est qu’il ait une « vision ». Si voir « Inglourious basterds » m’a fait prendre conscience de quelque chose, c’est bien que quand Tarantino se prend pour Sergio Leone, non seulement il n’est pas ridicule et soutient la comparaison, mais il reste autant lui-même que Brian De Palma quand il se prend pour Hitchcock… Chez lui, je trouve que la forme devient le fond, de manière parfois presque miraculeuse, et que le questionnement du récit nous parle directement de la manière dont, nous-mêmes, on se raconte les histoires (ce pourquoi j’ai trouvé touchante et très à propos l’évocation de ton fantasme de jeunesse).

    3. Quand on aime le cinéma, on aime bien sentir émerger de-ci de-là de vraies idée de cinéma. C’est encore mieux quand le potentiel de ces idées est vraiment réalisé et qu’elles mènent quelque part. Il me semble difficile de nier le culot dont fait preuve Tarantino en la matière et sa capacité à mener à bien ses idées, pour donner naissance à des séquences qui surprennent, tiennent en haleine et emballent – et si elles font tout ça, c’est parce que, par leur tempo, leur science du détail, les ellipses qu’elles font résonner, elles transmettent un appétit communicatif et procurent un plaisir de la découverte, un plaisir viscéral qui semble à chaque « chapitre » réinventé. Ses personnages sont toujours habités – parce qu’il a des acteurs de qualité, qu’il sait visiblement très bien les diriger, mais aussi parce que sa mise en scène leur offre un espace propre à laisser toutes les nuances se dessiner. A mon humble avis, un film qui donne autant de chair par sa structure même « dit » forcément quelque chose d’intéressant, même s’il ne dit pas toujours ce à quoi on s’attend.

    Je ne pourrais pas terminer honnêtement cette réponse qui déborde de partout (eh, le modérateur, ça va ? ça rentre ?) sans t’avouer qu’à 2 reprises pendant la projection, je n’ai pas aimé ce que je voyais à l’écran. La première fois, c’était devant ce que j’estime être la seule scène ratée du film (et pas qu’un peu !) : Tarantino, tout bon conteur et dialoguiste qu’il est, ne sait pas écrire une scène crédible entre deux Français, je trouve la scène de l’escalier entre Shoshanna et son amant projectionniste poussive et incroyablement mal jouée. Selon moi, elle n’a pas sa place dans le film et aurait pu dégager très facilement (elle ne sert à rien). La deuxième fois, c’était face à un seul plan vers la fin – quand les 2 lamentables faux espions italiens mitraillent dans le dos la foule en panique dans le cinéma incendié. Que les personnages s’adonnent à ce défoulement répugnant, pourquoi pas ? mais sur ce plan, la caméra me semble accompagner leur fanatisme avec un poil trop de jubilation. Une foule en panique, toute nazie qu’elle soit, reste une foule en panique et inspire un minimum de compassion. Le fait qu’ils crament suffisait amplement – là, le côté sadisme « over the top » t’a, à mon sens, donné raison l’espace de quelques secondes. Si on accepte le principe du « retour de bâton » qui plane explicitement sur la séquence, à ma connaissance, la solution finale n’a jamais impliqué d’aller en plus mitrailler les victimes à l’intérieur des chambres à gaz ! Voilà, 2 bémols, 2 fautes de goût, mais bien insignifiantes au vu des immenses qualités que j’ai trouvées au film – qui pèsent moins dans la balance, à mon avis, que ce qui peut faire pencher du mauvais côté, mettons, un film-démonstration mi-figue, mi-raisin de Spielberg. Quand l’un pêche parce qu’il se lâche un peu trop, l’autre pêche au contraire parce qu’il ne sait pas se lâcher, tout à sa verve professorale…

    Voilà, tu vois ? tu auras fini par me faire réagir !
    Ne reste plus qu’à crier : vive Tarantino ! Vive le cinéma jouisseur (quand il sait se montrer généreux et inviter le spectateur à jouir avec lui) ! Et vive le cinoche qui sent fort sous les aisselles !

    (Et en passant, très bonnes vacances !)

    • La curieuse permalink
      27/08/2009 14:24

      Même si je n’ai pas ENCORE vu le film, j’applaudis des deux mains! Très fine analyse…

  24. 27/08/2009 08:35

    Le Juif,
    J’ai vu cette croûte hier soir et je n’ai que trois choses à dire:
    Je suis complètement d’accord avec toi
    Je me suis bien ennuyée
    Cette grotesquerie est grotesque

  25. 27/08/2009 11:59

    @Laurent: MERCIIIIIIIIIIIII.

    @La Meuf: Pure solidarité de bloggeuse. Lis ce que dis Laurent, bon Dieu d’bon Dieu.

    • 27/08/2009 12:29

      @Anybody Out There: Ce n’est pas une solidarité de bloggeuse, je me suis ennuyée (trop long, trop de blabla), j’ai parfois été gênée par ce que je voyais et encore plus par les éclats de rire dans la salle.

      Et je suis complètement d’accord avec le Juif quand il pose la question : « est-il vraiment nécessaire de faire une comédie où les nazis sont des clowns plutôt inoffensifs » et pour moi, la réponse est non. Et le commentaire de Laurent le confirme : un des deux seuls passages l’ayant gêné dans ce film de 2h30 est celui où les nazis se font massacrer: « Une foule en panique, toute nazie qu’elle soit, reste une foule en panique et inspire un minimum de compassion ». Comment dire? Non.

      • Laurent permalink
        27/08/2009 13:55

        Je ne vois pas trop d’où vous sortez cette idée selon laquelle les nazis seraient dans le film des « clowns plutôt inoffensifs ». Landa et le type de la Gestapo sont des présences fortes et menaçantes qui n’ont rien d’inoffensif. Sans parler du soldat Zoller qui, vu le carton plein que retrace le film de propagande fait en son honneur, n’a visiblement rien d’un enfant de chœur (d’ailleurs, son personnage installe une nuance intéressante entre les décideurs et les soldats de métier qui, tout pro et meurtriers qu’ils puissent être dans l’exercice de leur fonction, peuvent se sentir rétrospectivement un brin mal à l’aise – réaction fondamentalement HUMAINE – face à leur « œuvre » ; ce qui n’empêche pas ledit Zoller de se montrer arrogant et autoritaire la minute d’après, car malgré tout parfaitement intégré dans son camp d’odieux « winners »). Les nazis dans le film font froid dans le dos comme il se doit, tout en présentant des individualités variées, du troufion qui cherche à sauver sa peau en divulguant des secrets militaires au chef de la propagande mégalo et glaçant.
        Non, j’ai surtout l’impression que vous avez du mal avec l’inversion victimes/bourreaux, qui était censé offrir par le biais de la loi du Talion une vengeance cathartique au peuple Juif, et que du coup, la lucidité et la cohérence ne sont plus vraiment là… Car comment faut-il lire ta dernière remarque, qui elle, fait tout autant froid dans le dos ? Qu’est-ce que ça veut dire ? Que les femmes qui fricotaient avec des Allemands pendant l’occupation méritaient bien plus qu’une simple tonte des cheveux, par exemple ? Que les nazis ne sont pas des humains corrompus mais des robots extraterrestres avec un plan maléfique venu de Mars ? Que tout être quel qu’il soit, vulnérable et à la merci d’un bourreau n’est pas susceptible d’éveiller la compassion ? Que ce que tu reproches secrètement au film de Tarantino, c’est de ne pas se contenter de montrer la monstruosité que tout le monde connaît déjà ? Qu’il n’est justement pas assez « bête » ?
        Je ne faisais que parler de cinéma (parce que je trouvais que le cinéma manquait cruellement à ces posts), mais là ça va beaucoup plus loin.

  26. La curieuse permalink
    27/08/2009 14:16

    Très honnêtement, je n’ai pas encore vu le film. Mais ça ne va pas tarder… Je lis tous les commentaires et je soulève une question: le thème du la 2e guerre mondiale (et in extenso de la Shoah) est-il définitivement verrouillé par le « devoir de mémoire » appliqué à ce sujet? Entendons-nous bien: je ne minimise en aucune façon l’absolue horreur qu’à constitué cette période de l’histoire pour le peuple juif, et pour bien d’autres peuples d’ailleurs (si on considère le nombre de victimes dans toutes les strates des événements). Ma question repose sur le fait qu’aucun film (prenons par exemple « La vie est belle » de Benigni, qui avait déchaîné les passions en son temps), aucun livre (« Les bienveillantes » de Littell a fait couler presque autant d’encre que les allemands ont fait couler de sang) ne peut librement traiter de ce sujet. Or, l’art dans toutes ses expressions (littérature, cinéma, etc…) fonctionne sur ce principe: à partir du réel exprimer une adaptation personnelle. Le burlesque, n’en déplaise à certain, en fait partie. Qui d’entre vous songerait à s’élever contre une oeuvre cinématographique tournant au ridicule l’épisode de la Terreur de 1793, qui a pourtant fait bien des victimes???
    Je réitère ici ma modération: en aucune façon je ne souhaite minimiser le génocide opéré contre le peuple juif. Je constate simplement cette chape de plomb qui, 70 ans après les faits, sclérose encore toute expression sur le sujet…

    • 27/08/2009 15:29

      @Laurent: Les clowns un peu fous et inoffensifs dans ce film sont Hitler et Goebbels, et en dépit de leur place secondaire dans le film, je trouve qu’on ne peut pas représenter de telles figures historiques avec tant de légèreté. Je ne suis pas assez calée en ciné pour parler d’autre chose que de mon ressenti (gêne profonde) et de mon ennui devant ce film.
      En ce qui concerne la compassion, j’en ai ressenti en lisant un récit des derniers jours de Goering avant son exécution (qui s’est finalement transformée en suicide) parce qu’on nous présentait un être humain, avec une histoire, des craintes, des doutes, des envies. Mais une foule impersonnelle de nazis en furie se faisant massacrer, non, ça ne m’évoque aucune compassion, désolée. Je ne vois pas bien le rapport avec les tondues de la libération qui ont eu leur part de souffrances et d’humiliation.

      @La curieuse: La vie est belle de Begnigni ne jouait pas avec l’Histoire pour raconter une histoire. Et je pense que tout sujet historique, surtout d’une telle importance, mérite un peu de réflexion avant d’y aller avec ses gros sabots. Certaines victimes d’Hitler sont encore en vie et ne serait-ce que par respect envers elles, on ne peut pas traiter avec autant de « libertés » ce sujet et surtout ce personnage. Le burlesque, pourquoi pas, le grotesque, non. Enfin, pour ce qui est de la comparaison avec la Terreur, elle n’a rien à faire ici. L’unicité du génocide juif (qui n’est pas le seul génocide de l’histoire) pendant la 2nde Guerre mondiale naît à la fois du nombre de victimes mais surtout des « méthodes » systématiques, scientifiques, administratives, employées (cf. n’importe quel manuel d’Histoire de Terminale).

      • La curieuse permalink
        27/08/2009 15:46

        Très bien, très bien. Je relis donc mon manuel de Terminale (lol) et je te demande: t’offusque-tu de ce qu’on peut dire du génocide arménien? Je gage que non…
        Ceci dit, pour reprendre ton commentaire, je ne sache pas que Tarantino « joue » (pour reprendre tes propres termes) avec l’Histoire. Il n’est nulle part spécifié que c’est un documentaire. Il n’a donc pas l’obligation d’y faire entrer une réalité historique. Rappelons le: il s’agit ici d’une oeuvre cinématographie, donc « onirique » et le support le permet! Je le répète encore une fois, je n’ai pas encore vu le film. Mais je ne crois pas que Tarantino manque à un seul moment de respect envers les « victimes de Hitler » (pour reprendre encore une fois tes propres termes). Ceci dit, pour suivre la mouvance, rendons de ce pas hommage aux résistants, homosexuels, gitans, « attardés mentaux » (terme officiel) qui sont eux aussi des victimes de Hitler (mentionnées nulle part dans les comm. Serait-ce que j’ai mal lu mon manuel de Terminale???).
        En ce qui concerne le classement que tu fais de la Terreur, je me permets de souligner bien timidement que la guillotine a été une entreprise de destruction et de répression systématique et qu’elle a persécuté la liberté de culte, d’expression, bref la liberté individuelle. Le nombre de victimes a été moindre que celui de la 2e guerre mondiale, je te l’accorde. Ce qui en fait, selon toi, seulement un épisode historique, qui ne peut servir de paralèlle. Soit. Mon opinion est toute autre Mais encore une fois, j’ai dû mal lire mon manuel de Terminale… 😉

      • 27/08/2009 16:22

        Je m’offusquerais tout autant d’un film comparable sur le contexte historique du génocide arménien ou rwandais, mais en l’occurrence ce n’est pas le sujet.
        Si le film est une fiction, certes, mais qui a pour point de départ une réalité historique, qu’on le veuille ou non, et on ne peut, par conséquent, pas l’occulter. A partir du moment où deux de ses personnages sont Hitler et Goebbels, il fait lui-même (Tarantino) entrer la réalité historique dans son film. Et je trouve que singer Hitler et en faire un clown (dès qu’il apparaît à l’écran, le but est de faire rire avec ses attitudes hystériques et ridicules) peut être ressenti comme un manque de respect, oui.
        Personne n’a jamais prétendu, sur ces pages, que les Juifs avaient été les seules victimes d’Hitler, mais dans le film il s’agit bien d’un groupe de vengeurs juifs. Je rappelle que l’origine de ce post n’est pas la Seconde Guerre mondiale mais le film de Tarantino, qui ne traite que des juifs, que l’article était écrit par le Juif, selon son propre prisme, ainsi les commentaires qui en découlent traitent des mêmes questions, rien de très étonnant ou choquant.
        Pour ce qui est de la Terreur, je ne remets pas en question son atrocité, je dis simplement ce que tous les historiens ont dit avant moi: pas comparable.

      • 28/01/2010 01:33

        c’est un absolue déterrage de post j’en conviens mais je me doit de reagir a ca

         » Certaines victimes d’Hitler sont encore en vie et ne serait-ce que par respect envers elles, on ne peut pas traiter avec autant de « libertés » ce sujet et surtout ce personnage. Le burlesque, pourquoi pas, le grotesque, non. »

        ben si justement non seulement on peux mais on doit.
        Je m’explique, d’autant que c’est mon premier commentaire et je ne voudrais pas générer de mal entendus.
        ON DOIT rire de ces choses la.
        Je ne suis pas juif, je ne suis pas en age d’avoir vécue la guerre (loin s’en faut) et je ne suis pas raciste (encore que me direz vous ca ca pourrais être de l’auto-persuasion mais j’en doute) et pourtant je me bidonne comme un phoque en rut devant le dictateur de chaplin et son chancelier absolument, goulument grotesque.
        Oui c’est hitler, bien sur c’est mussolini , et alors on a plus le droit de le dire ?
        je veux dire ce genre d’idéologie avec racisme d’état et exécution de masse ( parce que on parle souvent de la shoa mais le goulag ou les 2millions de morts dans les usines russe ca tout le monde s’en branle * ) c’est un peux le but de faire peur et d’instaurée un clivage.
        Ors rester sur un tabou et dire « hitler et la shoa c’est un sujet sérieux pas bien les blagues dessus » ce qui est plus ou moins ce que vous disiez, c’est déjà leur donner une victoire.On n’a plus le droit de parler de ca que pour faire des souvenirs et autres commémoration.
        Je pense que cette dérive est aussi grave que de pas s’en souvenir.
        En effet l’instauration de ce tabou leur donne un coté sacré ( et oui un tabou c’est sacré a la base), en fait des espèce de vilains mythique qu’on ne doit pas toucher.
        Et bien je suis désolé mais moi une statue d’hitler même avec marquée vilain pas beau en dessous ca me fait toujours autant gerber.
        Une bonne blague intelligente (au hasard celle de desproges) a ce sujet ca me fera toujours beaucoup rire, car les renvoyé au rang de bouffon et de sujet de blague, sans pour autant oublier les atrocités commissent pour autant, c’est la meilleure chose a faire.
        Leur donner de l’importance c’est continuer de les faire vivre, en plus ca les martyrise et permet a leur descendance spirituelle de se poser en victime, position facile si il en est.
        Donc oui moi quand Desproges balance que « les gens ne savent habituellement pas dire si ce qui les gênent le plus chez hitler c’est le peintre ou le violoniste » ca me fait mourir de rire, et pas mal de juif que je connais aussi.
        Pour autant quand Le Pen sort « Durafour crématoire » ca me fait pas rire.

        Y’a une différence entre la mémoire universelle qui doit rester et nous préserver des errements du passé, et la sacralisation diabolique de certaine figure.

        pour moi typiquement le film de « the great Quentin » me fait rire, pas au éclat bien entendus, mais c’est bien vu. ca shoot un peux lourdaud mais ca shoot juste.
        je pense pas que rire et se divertir un peu me fasse subitement oublier que la shoa a la base c’est pas bien marrant. donc prenons le film pour ce qu’il est, a savoir un slasher basique et bourré de cliché volontaire et suralimenté, et slashon gaiement sans ce demander si il est morale d’y prendre du plaisir ou pas.

        *ca n’est en aucun cas un dénie de la douleur du peuple juif juste pour rappeler que les autres aussi ont bien mangé leur part

        ps: désoler pour mon orthographe proche de l’immonde

      • Finalsamurai permalink
        28/01/2010 15:54

        T’emballes pas Gorkam: de toute façon maintenant on n’a plus le droit de rien….

  27. La curieuse permalink
    27/08/2009 16:50

    Ah bon? Tu peux mentionner les historiens qui ont prétendu que la Terreur n’était pas comparable à la Shoah? Ca m’intéresse particulièrement… Parce que lorsqu’on assène une telle vérité, il faut avoir l’honnête intellectuelle de mentionner ses sources, ces mêmes historiens te le diront, qui ont précisément appris dans leur formation à exploiter de manière scientifique lesdites sources…

  28. Le Joueur permalink
    27/08/2009 17:03

     » singer Hitler et en faire un clown (dès qu’il apparaît à l’écran, le but est de faire rire avec ses attitudes hystériques et ridicules) peut être ressenti comme un manque de respect, oui. »
    Je m’étrangle. Depuis quand est-ce un mal?
    Pourquoi parodier un personnage aussi extrême, aussi caricatural que Hitler serait à proscrire? Je fais tout pour croire que seule l’aversion que t’a inspiré le dernier opus tarantinesque a provoqué une une affirmation si résolue, si définitive. Si (oserais-je?) totalitaire. Mais c’est dur. « Le Dictateur » tombe sous la condamnation donc, si j’en crois ta nomenclature… Humpf.
    Promets-moi que les mots ont dépassé ta pensée, je t’en supplie.

    • 27/08/2009 17:38

      Désolée mais non. Caricaturer intelligemment un dictateur (à la manière de Chaplin), oui, mais faire n’importe quoi avec la figure la plus importante du XXe siècle, non.

      • Le Joueur permalink
        28/08/2009 10:20

        Je comprends entre les lignes que c’est donc la qualité de la caricature qui est en cause, et non la démarche. Je suis rassuré. UN peu.
        Ceci posé, le qualificatif de « croûte » me paraît approprié. N’en déplaise aux Inrocks. On est loin du cultissime Réservoir.. (AH! Keitel, Buscemi…)

  29. Le Joueur permalink
    27/08/2009 17:10

    SI je peux me pêrmettre une réflexion qui n’a rien de cinéphile (je quitte ma zone de confort):
    rappelez vous les mots de l’universitaire dans « Les invasions barbares »:
    on prend conscience que le siècle le plus guerrier, le plus meurtrier, le plus sauvage n’est pas le XXème…(shoah, conflits mondiaux, purges staliniennes et camps chinois confondus!) Mais le XVIème avec les guerres européennes et surtout, SURTOUT, l’extermination des amérindiens par les conquistadores. S’il faut faire la comparaison (et on prend comme critère la chose la plus sinistre qui soit, -le nombre de morts-)… C’est non seulement comparable, mais c’est pire encore..
    POurtant aujourd’hui personne ne s’en offusque vraiment.
    Attendez deux ou trois siècles, et vous verrez, plus personne ne s’insurgera d’un tel film. D’où la nécéssité du « devoir de mémoire »? On tourne en rond.

  30. Le Joueur permalink
    27/08/2009 17:12

    Pauvre meuf tu te fais un peu assaillir…
    Tout ça c’est la faute de celui qui a lancé le sujet.
    C’est la faute des juifs, encore une fois.
    (pardon, c’est de mauvais goût )

  31. 27/08/2009 17:29

    Je me suis mal exprimée je crois. Je ne disais pas que des historiens avaient précisément comparé la Terreur et la Shoah, je disais que les historiens s’accordent tous (sauf les révisionnistes et négationnistes évidemment, mais ceux-là ne méritent pas le titre d’historien) à souligner le caractère et la place uniques de la Shoah dans l’histoire de l’humanité. ça ne remet pas en question et ne nie pas toutes les autres atrocités, notamment les autres génocides, mais c’est comme ça.
    Si tu veux des noms d’historiens, commençons par Raul Hilberg (http://fr.wikipedia.org/wiki/Raul_Hilberg) dont l’ampleur et la précision du travail fait de lui LA référence sur le sujet. Je peux citer certains de mes anciens profs: Annette Wieviorka (http://fr.wikipedia.org/wiki/Annette_Wieviorka), Maurice Vaïsse (http://fr.wikipedia.org/wiki/Maurice_Va%C3%AFsse), Marc Lazar (http://fr.wikipedia.org/wiki/Marc_Lazar) et Jacques Sémelin (http://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_S%C3%A9melin), spécialiste français des questions de génocide. Sans oublier les ouvrages de référence sur l’Histoire du XXe siècle (notamment le Bernstein et Milza).
    Par ailleurs, il ne faut pas être historien pour dire que ces deux événements ne sont absolument pas comparables.

  32. zozo permalink
    27/08/2009 19:12

    Tu as tout compris, pour QT c’est juste un décor. D’ailleurs, il modifie le cours de l’histoire, avec l’un des seuls personnage que l’on n’ose pas toucher : Adolphe. Papy fait de la résistance avait utilisé Rodolphe.

    Les frères Coen, c’est un autre cinéma, même si la dérision est aussi cruelle chez eux. Mais ils jouent moins avec l’histoire.

    La notion de responsabilité n’existe pas chez QT, c’est comme ça. La profondeur manque sur ce plan. On peut en trouver sur d’autres.

    Peut-on jouer avec l’histoire ? Il y a 2 réponses : oui et non. Je pense que oui. D’autres pensent que non.

    Personne n’a raison. Mais dans un cas comme dans l’autre, si l’on agit avec finesse, on peut faire en sorte de ne pas déranger les autres. Si l’on joue avec l’histoire et qu’on excite les énervés, ça dérape. Si on ne joue pas avec l’histoire et qu’on bride l’esprit critique (n’oublions pas que l’histoire contient toujours de l’inconnu), ça dérape.

    Finalement, qu’il s’agisse d’histoire ou d’autres choses, il y a des personnes nuisibles, des attitudes sottes, des approches constructives, des gestes généreux. C’est tout le temps pareil, quel que soit la portion de l’humanité qu’on a sous revue.

    On peut mettre en place des mesures de « santé publique », limiter les risques de manière statistique (je veux dire : interdire les défilés nazis par exemple), mais jamais rien ne sera exhaustif, car on ne sait pas bien où est le bien et où le mal. Ni moi ni personne ni toi (à part le fait que tuer des gens ce n’est pas gentil, surtout pour les gens).

  33. 27/08/2009 19:47

    Cher tous,
    je ne m’absente pas 5 minutes pour profiter de ces derniers instants estivaux, que je retrouve une guerre de tranchées malencontreusement provoquée par la publication de ce billet.
    Je n’ai pas choisi de ne parler de ce film pour donner mon coup de tampon « bien » ou « pas bien »(Première ou CineLive s’en chargent très bien), mais pour aborder un aspect qui me permettait d’écrire quelque chose de plus personnel.
    je ne m’étendrai pas davantage sur les problematiques liées au « devoir de mémoire » et à la représentation de la Shoah au cinema. Ces questions feront l’objet d’un prochain article (après ça, promis juré, j’arrêterai de faire chier le monde avec ces histoires).

  34. Le Hippie permalink
    28/08/2009 11:41

    Avez-vous eu conscience de cette mise en abîme (magistrale?) dans la scène finale du film ?

    Les nazis sont entrain de se marrer devant un film de massacre. Et nous, spectateurs d’aujourd’hui, on est presque pareils : on se marre devant un film de massacre.

    J’ai l’impression que Tarantino a incorporé dans « Inglorious Basterds » des outils pour réfléchir sur ce même film. Et ça, c’est balèze, non ?

    En tout cas, moi je retournerai le voir, car je sens qu’un seul visionnage n’est pas suffisant pour percevoir tous les niveaux de lecture.

    Merci Laurent pour ton analyse !

  35. 29/08/2009 00:55

    Idem que le Hippie, à force de lire ce que chacun a compris de ce film, ça prouve qu’il y a une multitude de sens à décrypter.

    Pr revenir sur ce que tu dis, la Meuf, « Et je trouve que singer Hitler et en faire un clown (dès qu’il apparaît à l’écran, le but est de faire rire avec ses attitudes hystériques et ridicules) peut être ressenti comme un manque de respect, oui. » ==> Le Dictateur, Papy fait de la résistance, et je suis sûre qu’il y en a d’autres, n’ont pas soulevé tant d’incompréhension.
    Comme le disait la curieuse : pourquoi n’arrive-t-on pas à apporter un epu de légerté à l’Histoire et surtout à ne pas s’offusquer d’initiatives cinématographiques culottées mais intelligentes…?

    Et personnellement, je ne pense pas qu’Hitler ait été, comme tu l’as dit, « la figure la plus importante du XXe siècle »… (!!!)

  36. Finalsamurai permalink
    30/08/2009 13:30

    Pour revenir au cœur d’un débat plus sain, qu’avez-vous tous pensez de la réalisation technique, du cadrage et du montage notamment du film?

    Personnellement, c’est ce qui m’a le plus déçu dans ce Tarantino.

    Le thème ne m’émeut plus depuis longtemps, et en voyant le film je m’attendais surtout à une relecture du film de guerre sauce spaghetti-Tarantino…En fait, celle-ci n’a lieu que par l’utilisation de la musique (Merci Morricone et Schiffrin) et la scène d’ouverture qui tente de rejouer les fameux duels verbaux de nombreux spaghettis.

    On a beaucoup dit que Tarantino faisait au film de guerre ce que Leone fit au western, il n’en est rien.

    On aurait pu lui pardonner s’il avait fait au film de guerre ce qu’il fit au film de braquage avec Reservoir Dogs, ou au film noir avec Pulp Fiction. Mais malheureusement

    Le film m’a paru long, mal cadré (trop de plans américains fixes et de plans d’ensemble), et mal monté (pas de rythme, et même le découpage en chapitre n’apporte pas grand chose à la structure narrative du film, si ce n’est permettre au spectateur de comprendre que celle-ci avance, la où dans Kill Bill chaque chapitre appelait le suivant et renseignait un peu plus sur le vécu des personnages.)Bref, un manque d’originalité et d’audace qui ont fait le style Tarantino et sont ici trop peu présents.

    2 plans sont magnifiques, dans la scène où Waltz confond Diane Kruger en la chaussant tel cendrillon. A un instant Lui est vertical dans un plan décadré, et Elle, montré en contrechamps, occupe la diagonale d’un plan cadré a l’horizontal, placant en deux temps toutes les différences et similitudes entre l’agent Nazi et la résistante…..
    A voir juste pour ce plan…..(et aussi pour quelques coups de battes, d’accents américano-italien de Pitt et pour le jeu inspiré de Waltz).

  37. Yoos-F permalink
    01/09/2009 01:42

    Ok, je comprends mieux le sens du « Tarantino ou un génie dans le vide » posté par le pédé.

    @Finalsamurai: Amen. Tu devrais lire le post que j’ai laissé sur l’article du Pédé, on aurait des trucs à se dire.

  38. La gouine permalink
    01/09/2009 13:09

    j’ai personnellement vu une mise en abyme béante dans ce film et je martelle avec le hippie : les scènes où l’on voit Hitler se fendre la poire (répétées plusieurs fois des fois qu’on n’ait pas compris et apparemment c’était encore pas suffisant) devant un film où les résistants italiens se font tuer de manière clownesque par un allemand survirilisé m’ont cruellement renvoyée à nous qui regardons… les nazis se faire tuer par des justiciers aux gros couteaux (et aux bouts circoncis). il y a un peu plus à voir dans ce film que de l’absurde violence, il y a notre propre violence et notre bonne conscience à voir les méchants se faire massacrer à remettre en question. bref.

  39. LaCopineDeLaCousineDuJuif permalink
    16/09/2009 19:17

    Hello le Juif,

    Il y a quelques jours de cela, j’ai lu ton avis sur Inglorious Basterds et je me suis dit que j’avais bien fait d’avoir une culture cinématographique réduite et de n’avoir jamais vu un seul film de Tarantino (peut être le début de Pulp Fiction, il y a quelques années…)!

    Cependant, un dimanche soir glauque de septembre, quelques amis trouvant Tarantino « génial » et la Rentrée du Cinéma à 4 € m’ont amener à développer ma culture cinématographique.

    Bien mal m’en a pris, un décor en carton pate, des acteurs pas dingues et du sang… La conclusion : un film affligeant de stupidité, rien à en tirer et cela durant 2h28 !

  40. babidis permalink
    06/12/2009 00:32

    salut,
    sérieux j’ai vu le film j’aime âs du tout! j’apprends rien de nouveau et ça fait pas rire autant que vous le dites. on dirait la league des justiciers version guerre mondiale. Venant de tarontino, je m’attendais un produit meilleur.
    certe ça vaux même pas la peine de perdre 2h30 de sa vie pour regarder un truc pareil

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