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Sex and the City, ou le réveil des cochonnes

11/08/2009

Lorsque j’ai entendu que Dubai refusait une autorisation de tournage pour des séquences de la suite du film Sex and the City après en avoir examiné le scénario, je me suis dit qu’on était vraiment dans la gêne. Ensuite, mon ami le Juif a écrit son article, A propos des cochonnes, et ça m’a fait réfléchir (ce qui est déjà pas mal) à toutes ces questions de cochonaille.

Pour avoir suivi la série dès ses débuts, j’ai pu nettement observer un avant et un après Sex and the City dans la façon dont ses spectatrices appréhendent leur vie sexuelle. Et je me demande comment les producteurs du film ont pu penser une seconde que l’Emirat accepterait que des scènes d’un film appelant (sans doute involontairement) à la prolifération des cochonnes soient tournées sur ses terres si pieuses.

sjOn pourrait croire que ces appels à la cochonceté ne proviennent que des films pornos, des imaginaires foisonnants des hommes et de certains clips embarrassants, et donc que la cochonnerie ne désigne qu’un mirage. Pourtant, nous devons nous rendre à l’évidence, ce concept est utilisé pour qualifier des femmes de chair et d’os. Celles qui font des « choses », des « trucs » qui plaisent aux hommes, qui les font sans demander d’engagement préalable, qui les font « tôt », qui prennent du plaisir à le faire, qui les font souvent et qui ne s’en cachent pas. Finalement, une salope, ce n’est rien de plus qu’une Samantha Jones (tu ne sais pas qui est Samantha Jones ? Bon, ta retraite en ashram est maintenant terminée, il est temps de revenir parmi nous et d’arrêter de nous mettre dans la gêne). Et non, une cochonne ce n’est pas Jessica Simpson, ça, c’est juste une blonde décérébrée qui essaye de devenir quelqu’un en montrant son cul.

Donc si je fais un petit syllogisme, qu’est-ce qu’on obtient ? Une salope, c’est Samantha Jones. Samantha Jones est sublime, classe, drôle, coolissime. Une salope est donc… et oui, vous avez compris le principe. Etre une salope, grâce à Sex and the City, c’est devenu cool. Donc toutes les demoiselles plus ou moins jeunes qui ont suivi cette série désormais culte n’aspirent qu’à ça : devenir Samantha Jones pour attirer les hommes (car il ne faut pas se leurrer, c’est à chaque fois le but ultime). Et là, tout le monde devrait être content. Oui, mais non. Le fait est qu’elles se font aussi vite traiter de salopes (avec la connotation négative que l’on sait) et souvent quitter par leurs partenaires de galipettes pas du tout séduits par leurs exploits. A quel moment tout cela déraille? Ça déraille parce que la frontière entre femme épanouie et petite-écervelée-qui-devient-une-sous-Tabatha-Cash-de-province-en-croyant-imiter-Samantha-Jones, est très fine. On ne s’improvise pas Samantha Jones.

charlotte2Un ami hétéro m’a dit il y a quelques années, en plein boom Sex and the City: je hais cette série ! avec une véhémence surprenante. Pourquoi? Parce que les filles de 20-25 ans ne sont pas naturellement des Samantha, elles veulent le devenir parce qu’elles ont l’impression que c’est plus cool, du coup elles s’efforcent d’être des Samantha et le résultat n’est pas naturel, pas tripant et surtout absolument pas bandant. Dans une logique kantienne tout à fait louable mais un peu hypocrite de la part d’un homme clairement atteint de don-juanisme, il s’insurgeait contre celles qui, de façon purement artificielle, traitent désormais les mecs comme des objets et envisagent les rapports sexuels comme une bataille pour le plaisir et une bataille tout court. Toutes des fausses cochonnes finalement qui essaient d’attirer et surtout de garder des hommes ainsi, et pas de profiter de la vie comme elles le prétendent, à l’image de leur nouveau gourou hédoniste. Toutes des Charlotte York mal déguisées en Samantha Jones. Mais ce qu’elles n’ont pas compris ces ingénues libertines, c’est que Charlotte n’essaie pas de devenir Samantha, elle ne doit ab-so-lu-ment pas essayer de devenir Samantha, mais rester Charlotte parce que c’est ce qui fait son charme, son attrait et son authenticité.

Quoiqu’il en soit, une aspirante Samantha Jones ne devrait pas se taper un minet de 22 ans, au QI d’un lampadaire, et susceptible de la traiter bêtement de cochonne après. Parce que les petits jeunes hommes que courtisent ces jeunes demoiselles dans la pose permanente, en quête de reconnaissance, de succès et surtout, d’amour, ne sont pas prêts à accueillir des Samantha (authentiques ou pas) dans leurs lits. Noyés dans leur jeunesse, leur ignorance et leurs chimères, ils confondent femmes modernes et incarnations des personnages de films pornos qu’ils ont longtemps cru confinées à leur écran de télé (ou d’ordinateur). Et dans une sorte d’effet contraire, ils se sentent agressés, remis en question, en compétition, et font marcher leurs mécanismes de défense. Perdus dans leurs stéréotypes et clichés, ils rejettent ces cochonnes après consommation et ne reconnaissent pas en elles la femme épanouie qu’est Samantha Jones mais la multitude de mauvaises reproductions auxquelles elle a malencontreusement donné naissance. Ainsi tout le monde se fourvoie, le fossé entre hommes et femmes se creuse, les incompréhensions et insatisfactions augmentent, les psy et les marques de lingerie vulgaire font fortune et le célibat se répand.

C’est pourquoi, s’il faut indubitablement remercier Candace BushnellDarren Star et surtout Kim Cattrall d’avoir créée Samantha et de lui avoir donné la sublime apparence, l’inégalable allure et la classe à toute épreuve de cette magnifique femme de 50 ans, il ne faut pas oublier qu’elle nous rappelle deux choses: qu’une femme peut, dans un même effort, être à l’aise avec sa féminité et sa sexualité et tomber dans le cliché le plus pathétique pensant avoir trouvé la clé de la séduction et de l’épanouissement.

sj1

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10 commentaires leave one →
  1. 11/08/2009 11:32

    Très beau texte traitant de l’impact de la propagande hollywoodienne sur la sociologie féminine, je sais pas si c’était volontaire mais c’est réussi.

    • 11/08/2009 12:13

      Je me demande ce que tu entends par « propagande hollywoodienne »?
      Il y a beaucoup de monde à Hollywood et j’imagine mal la totalité des producteurs de ciné et télé hollywoodiens s’être mis d’accord pour la diffusion d’une propagande commune.
      Par ailleurs, les artistes ne s’expriment-ils pas forcément par le prisme de leurs croyances? N’est-ce pas ce qu’ont fait Emile Zola, Aragon ou Bob Dylan? Sont-ils des propagandistes? Non, juste des individus qui expriment leurs idées.
      Et si, en effet, la majorité des artistes hollywoodiens sont ce que l’on appelle aux Etats-Unis des ‘liberals », ça ne veut pas dire qu’il existe une concertation qui justifierai le terme de propagande.
      Et puisqu’on en parle, c’est peut-être un peu grâce à certains films et séries que les américains n’ont pas eu peur de voter pour un noir, et qui sait, n’auront peut-être pas peur de voter pour une femme dans un proche futur.
      Donc si la « propagande hollywoodienne »contribue ne serait-ce qu’un peu à l’évolution des mentalités, moi je lui dis merci.

      • 12/08/2009 14:52

        « Et puisqu’on en parle, c’est peut-être un peu grâce à certains films et séries que les américains n’ont pas eu peur de voter pour un noir, et qui sait, n’auront peut-être pas peur de voter pour une femme dans un proche futur.
        Donc si la “propagande hollywoodienne”contribue ne serait-ce qu’un peu à l’évolution des mentalités, moi je lui dis merci »…

        Raaah ok. Reste dans l’humour, c’est déprimant quand t’es sérieux.

  2. un baiser permalink
    11/08/2009 11:41

    ah… merci !

  3. 11/08/2009 11:42

    🙂

  4. L'autre permalink
    11/08/2009 12:20

    Je suis bien d’accord avec toi le problème c’est les « fausses » en tout genre
    Les fausses charlotte qui sont dans le fond des Samantha
    Lorsque les règles du jeu ne sont pas respectés évidement ca donne un match nul

    • 11/08/2009 12:25

      Bien vu, je n’avais pas pensé aux fausses charlotte, on traitera de ce problème quand on décidera de rendre hommage aux Miss France notamment.

  5. Mode Oeuf permalink
    21/08/2009 22:45

    « hommage aux Miss France » Raah oui, c’est typiquement ça, hâte de voir ce post !
    Deux Sexgirls n’ont pas été évoquées, pas assez stéréotypées ?

    • 21/08/2009 23:16

      Ja vais y travailler alors.
      Pour ce qui est des deux autres, Miranda est assez stéréotypée mais pas forcément « utile » pour ce post. Quant à Carrie, je me suis rendue compte en voyant le film, que son côté mélange-des-trois et consensuel la rend totalement inexistante. On ne connaît pas Carrie, même après 5 saisons (ou 6, je ne sais plus?). Je ne pourrais donc pas parler d’elle.

  6. Mode Oeuf permalink
    22/08/2009 15:00

    En efffet. J’y ai souvent réfléchi, je pense que c’est parce que Carrie est censée être la spectatrice, j’irais jusqu’à analyser que les trois autres sont ses fantasmes, ses facettes plus ou moins assumées …

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