BILAN 2010: Rupture 2.0

La semaine dernière, Philippe s’est fait larguer par sa copine. Depuis Philippe a arrêté de se nourrir et erre, en caleçon, entre sa télé et son lit, une canette de bière chaude à la main. Philippe n’a pas peur du cliché, mais il te ferait remarquer qu’il n’est pas non plus allé jusqu’à mettre une de robe de chambre élimée. Il fait trop chaud. Par contre il écoute “Everybody’s Gotta Learn Sometimes”, “Flou” et “Goodbye My Lover” en boucle. Il a fait une playlist “I wanna die” dont ce sont les seuls trois morceaux. De temps en temps il couine avec James Blunt sur le refrain. D’ailleurs, il s’en branle du reste de la chanson, tout ce qui l’intéresse, c’est le refrain. Philippe a 27 ans. Julie l’a quitté pour une raison ou une autre, ça n’a pas beaucoup d’importance. Le problème de Philippe, et vous l’aurez peut-être remarqué, c’est que sa rupture, il ne la vit pas très bien. Disons qu’il n’est pas au top de sa forme.
C’est parce que Philippe vit en 2010. Et que ça lui pourrit la vie.
Faisons un petit flashback, voulez-vous? 2001. Décembre. Clara a décidé de quitter Philippe. Enfin, non. Clara s’est faite donner son compte par le colloc’ de Philippe, dans leur salon, alors que Philippe était à un concert de Gérald De Palmas qui s’est fini un peu plus tôt que prévu. Philippe leur est tombé dessus, en Sparco et T-Shirt Vodka Connecting People, alors que Clara demandait au colloc’ en question de lui (je cite) “Taper au fond, chuis pas ta mère”. Cris, rage, désespoir, rupture. A l’époque, Philippe n’a eu qu’à casser la gueule et la télé cathodique de son colloc’ avant de prendre ses cliques et ses claques et se barrer en effaçant le numéro de Clara de son Nokia 3310. Il l’avait enregistré à Amore Mia, parce que Philippe est un débile et qu’il ne sait pas parler italien, encore moins comprendre les règles basiques de l’accord de genre.
Et puis c’est tout.
Clara était sortie de sa vie. pour toujours. Oh, il l’a bien recroisée une ou deux fois depuis, en soirée ou dans la rue (dont une fois avec une pétasse écervelée mais incroyablement bonne au bras, ce qui lui a fait bien plaisir, à Philippe, quand il a vu la tronche qu’elle a fait la Clara (Philippe est un homme simple)), mais à part ça, il a pu faire le deuil de sa relation comme il le désirait (A savoir, en trainant dans son appart en écoutant en boucle “Everybody’s Gotta Learn Sometimes”, “All By Myself” et “J’en Rêve Encore”, une canette de bière à la main, mais en robe de chambre cette fois-ci, parce que c’était le colloc’ qui payait le chauffage, et qu’en Décembre, il fait froid). En somme, quelques mois plus tard, cette rupture n’était qu’un douloureux souvenir de plus. Mais c’était passé.
Retour en 2010. Philippe est en train de se demander si faire une TS en bouffant une boîte de Stilnox ramènera Julie, ou si ça fait juste fiotte irresponsable. En se demandant ça, il peste contre sa vie et le web 2.0. En effet, Philippe reçoit régulièrement dans sa boite mail des emails Facebook l’informant que quelqu’un a “liké” le passage en “Single” de Julie. Quand il se connecte sur Twitter, il lui arrive de voir passer un tweet de @JulieLaLa, à genre 4h30 du mat’ dont le corps est (Je cite) “Rouler des pelles bourrée comme une collégienne, c’est débile, mais c’est bon”. En pleine nuit, il est réveillé par une notification Foursquare en push sur son iPhone, l’informant que Julie vient juste de check-in au Baron à 3h30. Au bureau (quand il y va), il passe ses journées à voir Julie se connecter et se déconnecter de Gtalk. Il y a aussi le blog de Julie, “Mes Fringues et Oim”, sur lequel Julie aime à poster ses “styles” quotidiens, et où Philippe remarque au bout de quelques semaines de séparation que ces “styles” ont pour décor un appartement qu’il ne connaît pas : une affiche de “Piège de Cristal”, écran géant et PS3 qui ne cadrent pas avec les genres d’intérieurs que Julie affectionne d’habitude. Bientôt Julie repassera en statut It’s Complicated, puis In A Relationship. Tout cela, Philippe sera au premier rang pour le voir, sur son wall. Il verra les photos de vacances à Bali de Julie et de Patrick (“qui a peut-être la chance d’être le nouveau mec de Julie, mais ça ne l’empêche pas d’avoir un prénom à la con”).
En Juillet 2019, lorsque Julie postera ses photos de mariage sur son wall. Ce con de Philippe n’aura toujours pas fait le deuil
de sa relation, aura une barbe qui lui arrivera jusqu’au orteils, ne se sera pas lavé depuis 2014, et aura gâché sa vie.
Alors oui, Philippe n’avait qu’à la supprimer de Facebook, Gtalk, la bloquer sur Twitter, l’enlever de son Foursquare, l’effacer de son portable, coller un virus dans son blog, et jeter l’internet mondial à la poubelle. Mais Philippe trouve ça puéril (et il n’a pas tout à fait tort), et puis surtout, il sait que quoi qu’il fasse, l’information trouvera toujours un moyen de le retrouver. Chaque rupture numérique est en effet une rupture supplémentaire avec ses douleurs et ses complications, ses renouvellements d’engueulades. Là où il y a 10 ans, une rupture, c’était un claquement de porte définitif, en 2010, c’est une série de mini-crises et de brûlures de ponts qui ne font que raviver et rallonger le désagréable. La transition s’est faite du sparadrap arraché vite-fait aux points de sutures déchirés à la lame rouillée.
On a passé ces dernières années (et moi le premier) à célébrer internet, les réseaux sociaux et la vitesse de l’information comme autant de nouvelles possibilités de communiquer, de nous permettre d’accéder au monde entier, de nous libérer. Mais dans la multiplicité de ces liens, de ces “raccords” numériques, ne serions nous pas en train de nous enfermer dans un cocon d’où il sera ensuite très difficile de s’extraire?
En tout cas, je crois bien que Philippe s’en passerait…




Hummm, c’est du réchauffé ça ??
http://cestlagene.com/2010/07/09/rupture-2-0/
Déjà publié cet articule en Juillet ?
Tu vas te faire allumer …
Nathaniel. Bonjour. J’ai longtemps hésité à répondre à ce commentaire par une insulte visant à dénigrer tes capacités cognitives et de compréhension, et puis je me suis dit que non, que tu étais ingénieur chez Bouygues Telecom, et que je n’allais pas t’accabler, ta vie est déjà bien assez dure comme ça.
Alors à la place, je vais te demander de bien vouloir aller relire le titre de l’article, et de comprendre par toi même que cet article ( ET TOUS CEUX DE CETTE SEMAINE) sont une sorte de “best of” de cette année 2010. Un bilan, en somme.
J’espère sinon que tu vas bien, et que tu passes de bonnes fêtes de fin d’année.
Je t’embrasse.
Et avec l’insulte qui aurait dénigré ses capacités cognitives ça donne quoi ?
“Polype”.
L’Arabe merci pour cet article.
Les mecs ne sont pas des corps sans âme.
Ils souffrent aussi.
Tout superhero qu’il est,
la faille d’Iron Man reste son coeur.
Merci de cette réponse, effectivement je n’avais pas compris le concept (et surtout pas vue le titre…), ça m’apprendra… Juste pour savoir, l’insulte ça donne quoi ?
Bon sinon, tout pareil, bonne fin d’année, bonne continuation, bisous bisous, etc…
En même temps ça veut dire qu’on se souvient de tes articles six mois après, faudrait voir à apprécier le compliment
Merci Nat, de savoir rester second degré.
Eyué.
Et oui il faut bien, comme tu le dis, “ma vie est déjà bien assez dure comme ça”
Pour un premier poste sur C’est la gêne, une réponse de L’Arabe et Du Pédé, me voila comblé pour cette fin d’année 2010 (réellement, ça fait plaisir !).
(Bon et sinon, l’insulte c’était quoi ?)
Reviens les pieds sur terre.
[Sans l'avatar twitter, on comprend beaucoup moins bien.]
[C'est bon il est revenu, petit problème avec "gravatar"]
Excellent article… J’ai la chance de n’avoir jamais été à la place de Philippe (si une fois, mais ce fut de courte durée et j’ai renvoyé l’ascenseur
)
C’est vrai que nous sommes parfois trop connectés les uns aux autres. On devrait avoir un bouton “stop” quelque part, pour se déconnecter de temps en temps…
La touche “OFF” (en rouge sur certains portables)
Eine nagende Zweifel mich. Es ist eine Neuauflage?. Ist das nicht ein Artikel bereits veröffentlicht?
Uma dúvida que corroe eu. É uma edição nova (publicando).. Já não é publicado isto um artigo?
(Seltsamerweise fehlt dem Kommentator von diesem Beitrag. Sie nehmen Ihren Urlaub im Juli?
)
Pas de quoi
Merci Isabelle
Vas a encender …
loooool Il m’est arrivé EXACTEMENT ce qui est arrivé à Philippe. Je confirme, rayer la personne de son réseau n’est pas efficace à 100%. Cette putain d’information revient toujours. Ce qui m’a permis de “m’ensortir” ? Les classiques: les amis, le travail, le sport (beaucoup de sport), nan, vraiment beaucoup de sport… et me dire qu’il y a way plus grave comme soucis.
Looooool mdr ptdr
xptdr
un bon revival d’article. Je l’ai beaucoup aimé la fois là… Merci l’Arabe pour avoir rappelé ce précieux petit moment de lecture
Du vécu, même si ça n’a pas duré (il faut bien savoir faire abstraction de ça à un moment donné)
La vérité c’est que si on ne vire pas le contact de FB, twitter, FSQ, Gtalk ce n’est pas parce qu’on trouve ça puéril, mais parce qu’on ne résiste pas à l’envie de suivre ce que son ex fait ou ne fait pas. Et les réseaux sociaux donnent la panoplie complète pour faire ça discrètement sans avoir besoin de poser de questions aux amis en commun par exemple ou à tendre l’oreille pendant les soirées. Comme toute technologie, cela ne fait que “faciliter” une envie présente et qu’on est le seul à pouvoir maîtriser. C’est bien de noter les effets pervers de l’excès de partage d’informations privées, mais les réseaux sociaux ne sont que ce qu’on en fait: un petit journal du voyeur pour certains, un moyen de diffuser des informations extrêmement importantes pour d’autres, etc.
Long.
Comme toujours.
Doc,
Inutile, comme souvent.
PDT, donneur de leçons, comme parfois.
Quand Pdt donne des leçons, il est plus long.
Trop long.
(Cela étant, je reconnais que je n’avais pas compris qu’il fallait faire des commentaires “UTILES”)
Une société de consommation sans doute?
(y’a pas de verbe! Est-ce une phrase ?)
(Le Pet, de plus en plus mystérieux voire hermétique…)
OK! Je vais me coucher.
Quoique l’association “utile” et “société de consommation” me semblaient pertinents.
OK! je fais trop long. je vais ma coucher.
Si, si c’est marqué dans les conditions générales de participations, celles qu’on a signé en laissant un chèque de caution : Il faut être bref et utile et drôle, c’est obligé.
T’as mal lu. Bref et drôle seulement.
Ah, t’as raison. C’est L’Arabe qui l’a rajouté à main levée pour tous ceux qui ont signé après toi.
gloubi glouba !
Dans communiquer il y a niquer.
Et si en plus Philippe avait été une fille, chaque notification aurait entrainé un texto/mail groupé à sa bande en temps réel pour préciser exactement à quelle heure ce f*** de p*** a liké une vidéo de son ex en train de faire du hula hoop, dans le seul but que des réponses instantanées lui rappellent qu’elle était (vraiment) trop bien pour lui, qu’il avait pleuré devant Transformers et qu’il mettait des polos bleu ciel.
ah bon?!
jamais fait ça moi.
jamais aimé qu’on me dise “tu es trop bien pour lui” non plus. le genre de réflexions qui m’agacent.
Tu rates un grand moment. Je fais référence au délectable et consensuel “tu le penses vraiment?” qui suit.
Bel article L’Arabe pour un ancêtre* comme moi complètement niais en réseaux sociaux et qui suis avec peine ses filles adolescentes.
*[un ancêtre en âge pas un de ces vieux de la CLG pour qui c'était mieux avant]
Très bel article. And that’s all folks.
Mince, je trouve pas le bouton “j’aime” (oui, je sais)
Une variante marante: la nouvelle copine d’un ex qui envoie exprès des messages de mamours et étale son bonheur conjugal comme une merde de lendemain de fête sur du papier journal parce que y’a plus de PQ, en zappant un peu au passage que la rupture date d’avant l’invention de FB et donc, si on est “amis”, c’est pit-être parce qu’on l’est en vrai, et pit-être qu’y'a un peu prescription. Le net, c’est aussi la culture du “toujours nouveau”.
Bonne année !
Ha merci, super billet que je ne connaissais pas.
Bien content de pas être abonné à tous ces trucs de FB, Twit, etc., je ferais des meurtres.
Hum je ne l’avais pas lu celui ci, pourtant quand j’ai débarqué je me suis fait les 4 saisons de CLG … peut etre dans le DVD bonus que je ne regarde jamais.
Quoi qu’il en soit je vois pas ce qu’il y a de pueril a supprimer consciencieusement les gens de Twitter, Facebook, Gtalk, … Du reste Foursquare c’est de la merde !
Une rupture de nos jours ca se prépare, ca necessite des outils pour éradiquer toute trace de l’immonde connard qui fut autrefois l’être aimé.
Moui pas terrible l’article. (En politiquement correct, ça aurait donné “c’est peut-être bien, mais j’ai pas aimé”)
Surtout la fin, où il y a comme un soupçon d’amalgame Internet = Facebook + Twitter. Mais bon, c’était justement le passage le plus drôle.
Avec tous mes voeux et le reste.
L’article qui tombe a pic . Française le coeur brisée actuellement exilée au fin fond du Quebec loin de tout/s . Viens de passer ma nuit a trainer sur son facebook et a me demander “Qui est cette conne qui aime son statut” . Se sentir deprimée et pathétique . Mais quelque peu reconforté de savoir qu’en definitive , je ne suis pas la seule .
Merci pour ça .
Se rendre compte que l’on a perdu du temps avec ” Rouler des pelles bourrée comme une collégienne, c’est débile, mais c’est bon ” alors que l’on tenait à l’époque “tape moi au fond chuis pas ta mère”, c’est pire que tout.
Super article. Ca fais un bail que je ne lis plus en francais, mais ce blog risque de changer ca. Keep the good work up.
Jules est passé de “dans une relation” à “célibataire”. Jules a écrit: “Hâte de rattraper le temps perdu ! ” Jules est devenu ami avec Stacy. Stacy a écrit sur le mur de Jules : “Tu m’as appelée plusieurs fois? Je te rappelle ce soir ,chaton.”
L’Arabe, un ami m’a fait suivre le lien de ton “BILAN 2010: Rupture 2.0″ ; merci à lui et surtout MERCI A TOI, cela faisait quelques temps que je n’avais pas ri aux larmes à ce point, toute seule devant mon ordi, c’est un vrai petit bijou de perspicacité et d’humour ! Je me prépare donc quelques soirées à vous lire tous les quatre, j’ai manifestement du retard à rattraper…
Superbe article que je redécouvre