Madonna: Une Rétrospective (Première partie: les 80′s)

Cette semaine, Madonna sort un Best of monstre intitulé Celebration, histoire de fêter dignement ses cent-cinquante ans de carrière et de mettre fin en beauté son contrat avec Warner. Et comme je suis le Pédé de la bande, je ne peux décemment pas me permettre de faire l’impasse sur ce jubilé de l’icône ultime de tous les homosexuels de l’univers, des confins de l’Ouzbékistan à la pointe du Cap Horn.
Alors je vous propose une rétrospective de la carrière de la dame, en trois parties, parce que sa carrière est presque aussi longue que celle de Manoel de Oliveira.
1958: Madonna Louise Ciccone naît à Bay City, dans le Michigan.
1963: Sa mère meurt prématurément alors qu’elle n’a que 5 ans. Ses futurs biographes prennent note.
1963-1982: Un tas de trucs sans intérêt ont lieu: école, adolescence, débarquage à New York, débuts difficiles. En deux mots, la routine.
1983: Pendant que le monde se remet du disco avec une sévère gueule de bois, Madonna débarque -le cheveu en pétard, de la dentelle rapiécée sur le dos, une jupe par-dessus ses bas résilles, et recouverte d’assez de crucifix et de verroterie pour fournir une demi-douzaine de brocantes spécialisées en bijoux fantaisie- avec son premier album sobrement intitulé Madonna. Holiday casse la baraque (et restera son hymne national), suivi par le très drôle Borderline et l’inoxydable Lucky Star. Un million d’années plus tard, force est de reconnaître que ce premier album est un assez irrésistible concentré de son pop-dance eighties, et qu’en ces temps de revival années 80, il a plutôt très bien vieilli, pour peu qu’on se délecte des sonorités d’improbables synthés et autres boites à rythmes crépitantes.
Mon choix: le très rock’n'roll Burning Up, et Think of Me, idéal pour une séance d’aérobic.
1984: Madonna débarque aux premiers MTV Video Music Awards et entonne Like a Virgin, perchée en haut d’un gâteau et vêtue d’une robe de mariée spécialement conçue pour faire le tapin, avant de se rouler par terre en couinant. En passant, elle entre dans l’histoire, et devient la femme la plus célèbre du monde. Britney Spears, qui a trois ans à l’époque, prend note. La chanson devient son titre phare et l’une des plus célèbres de l’histoire la pop, et l’album Like a Virgin sort dans la foulée. Comme la jeune fille n’aime pas s’entourer de manchots, elle a choisi Nile Rodgers, leader de Chic -qui vient tout juste de produire les blockbusters Diana pour Diana Ross et Let’s Dance pour Bowie- pour le lui confectionner. Carton plein. L’ironie du second single, Material Girl, passe inaperçue, et le surnom lui collera à la peau jusqu’à la mort. Malgré quelques titres inutiles (Love Don’t Live Here Anymore) ou grotesques (Over and Over), l’album demeure un classique pop incontournable.
Mon choix: Dress You Up, imbattable pic de kitsch bariolé, aussi jouissif au premier qu’au douzième degré.
1985: Madonna tient son premier rôle au cinéma dans l’amusante comédie Recherche Susan Désespérément. Elle est éclipsée par son blouson, mais se rattrape en chantant la chanson originale du film, Into The Groove, probablement un des titre les plus implacablement dansants ce côté-ci de Michael Jackson. Puis elle se marie avec Sean Penn. Je sais, ça parait dingue aujourd’hui, hein?
1986: Madonna sort True Blue. 24 millions de personnes l’achètent. Ou 12 millions de personnes l’achètent deux fois. Quoi qu’il en soit, c’est un succès. Madonna a grandi (ou mûri comme on dit dans le jargon musical), s’est fait couper les cheveux courts, remisé ses oripeaux de punkette, et le public suit en masse. L’album, tel un Dr. Jekyll et Mister Hyde musical, se divise entre cinq singles monstres -Live to Tell, probablement sa meilleure ballade de la décennie; l’immortel Papa Don’t Preach; l’énérgique Open Your Heart; l’effervescent True Blue; l’indéboulonnable La Isla Bonita- et le reste, composé de titres bâclés et inaudibles qui constituent sans doute le pire de sa discographie. Dans le même temps, Madonna et Sean, voulant jouer à Humphrey Bogart et Lauren Bacall, se compromettent dans un mirifique navet, Shanghai Surprise.
1987: Pas échaudée par son Razzie Award de la pire actrice de l’année, Madonna s’enfonce avec Who’s That Girl, dans lequel elle se prend cette fois très malencontreusement pour Judy Holliday, sans parvenir à arriver au niveau de Melanie Griffith. Second Razzie Award consécutif.

1988: Madonna soigne son orgueil blessé. Puis divorce.
1989: Madonna est un femme. Elle sort Like a Prayer et surprend tout le monde, montrant qu’elle a ce qu’il faut pour durer. La chanson titre, sublime mélange de pop, rock et gospel, est accompagnée d’un clip plutôt gentillet dans lequel la coquine fait un bisou à un Jesus Noir. Les vieux croûtons du Vatican s’étranglent avec leur osties, et les minables qui dirigent Pepsi annulent le contrat publicitaire sur lequel ils s’étaient engagé avec la star, préférant perdre leurs sous que garder leur culotte. Le reste du monde écoute l’album, kaléidoscope de titres imparables aux sonorités éclectiques dans lequel Madonna, pour la première fois, semble vraiment parler d’elle. Le monde se demande si elle ne serait pas une artiste.
1990: N’ayant pas compris que la musique lui réussit mieux que le cinéma, Madonna couche avec Warren Beatty (qui semble lui-même embarrassé par la situation) puis tourne dans son adaptation très colorée de Dick Tracy, où elle interprète une chanteuse de cabaret, et de très belles chanson de Stephen Sondheim. L’aspect cartoon limite les dégâts, d’autant qu’un Pacino en plein délire désintègre tout ce qui tente d’exister sur un rayon de vingt kilomètres. (L’expérience Madonna aura néanmoins sévèrement traumatisé le célibataire endurci et niqueur légendaire Beatty, qui s’est empressé après coup d’épouser Annette Bening et de lui fait quatre enfants) Maligne, Madonna sort un album entier inspiré par le film, I’m Breathless -dans lequel elle parodie comme une idiote le style musical des années 40-50- qui ne serait qu’une vaste fumisterie si le dernier titre du disque n’était une sorte de bombe nucléaire appelée Vogue -dont David Fincher tire un clip légendaire inspiré par les stars du Golden Age que la garce pille sans vergogne depuis toujours- prouvant qu’un album de Madonna n’est jamais un achat inutile.
Elle embraye avec le Blonde Ambition Tour, éléphantesque cirque ambulant dans lequel elle simule des relations sexuelles avec un lit. Le Pape, toujours aussi à la page, incite les chrétiens à ne pas assister au concert. Les chrétiens s’en cognent et y vont.
Madonna clôt la décennie avec son premier Best of, joliment titré The Immaculate Collection, qui contient une merveille élégamment érotique concoctée avec Lenny Kravitz, Justify My Love, dont le clip réalisé par Mondino, qui contient des bouts de fesses et de nichons, fait scandale, et devient le tout premier à être interdit sur MTV. Pas impressionnée, la Diva le sort en VHS, et fait un nouveau carton. Épuisant.





mais…. comment peut-elle fêter 60 ans de carrière à 51 ans ?
Madonna est balèze, mais quand même…..
C’est parce que une année de carrière de Madonna, ça donne l’impression de durer plus longtemps
viiiite la suite !!! ^^
J’ai hâte de lire comment tu vas te sortir de ses 5 derniers concerts…
pourquoi seulement les 5 derniers? :p
Parce que j’y suis allé.
Et que c’est quand même un crescendo horribilis jusqu’au dernier où là on a sobrement pu parler de foutage de gueule.
Un pote continue à y aller, concert après concert, même s’il dit que c’est une vieille peau, que le cri du cochon qu’on égorge est plus mélodieux et plus juste que la Madonne et qu’il rêve qu’on l’assomme à coups de micro tellement c’est du terrorisme auditif.
Mais il continuera à y aller parce que c’est Madonna.
“Mais il continuera à y aller parce que c’est Madonna”. Sigh. Pareil. Enfin, jusqu’ au dernier (Stiky & Sweet tour).
Là, j’ai craqué et brisé le cycle infernal.
D’autant que quand tu réfléchis à tous les supers concerts auxquels tu peux aller pour le prix d’un Madonna…
Tu m’etonnes, faudrait que je vende au moins un rein à un baron de la drogue pour me payer une place sans trop culpabiliser.
1 place pour Madonna = environ 10 concerts….mon choix est fait
Quand je me rend compte de tous les titres que j’aime et qui sont sortis bien avant ma naissance, ça me donne vraiment l’impression d’être un bébé tout juste sorti de ses pampers…
pour résumer, elle alterne flop et top avec une dextérité propre aux partitions de symphonie, c’est ça ?
j’avoue : madonna, je la trouve laide, je n’ai jamais dansé sur ses chansons et quand je la vois aujourd’hui en justocorps fluos, je me dis qu’elle devrait prendre exemple sur ma mère et foutre enfin la paix aux jeunes.
mais ce n’est que mon avis, naturellement
si ce n’est pas à 50 ans, j’espère que pour ces 60 elle arrêtera de se prendre pour Marilyn. C’est lassant à la fin.
“Et vu que je suis le pede de la bande”
Je me posais la question l’autre jour: qu’est-ce qui fait d’une chanteuse une icone gay?
Madonna, Dalida, Mylene Farmer..?
Pourquoi? qu’ont-elle de different des autres chanteuses?
Si Mr Le pede pouvait identifier pour nous le moment ou la periode ou Madonna a ete consacree “icone gay”, ca eclairerait ma lanterne…
Je pense pour ma part que cette grande dame de la chanson produit de la soupe indigeste sur lequel je n’ai aucun recul: ayant grandi dans les annees 80, j’ai entendu ad nauseam toute sa production, alors meme que mes gouts musicaux n’etaient pas definis. Comment alors emettre une opinion objective sur un truc qu’on connait tous par coeur, qu’on a tous entendu 200 fois meme si on ne le voulait pas et qui continuera a nous hanter a jamais…?
La fascination pour une certaine musique des annees 80 est finalement selon moi liee a un desir regressif de retourner en enfance, et n’a rien a voir avec des qualites musicales objectives. Les annees 80, c’est le debut de MTV, des clips, des maisons de disques qui commencent a comprendre le marketing, du bling bling…bref la premiere generation qui s’est fait conquerir le cerveau a coup de tele.
Je me demande meme si le revival des annees 80 ne s’appuie pas finalement beaucoup sur du second degre: “oui c’est de la merde, mais on s’en fout, on connait tous, on fait la pouffe (je ne dis pas que ca ne m’est jamais arrive de faire la pouffe), on se marre, etc..”
Mais ce n’est que mon humble avis.
Thx,
P2L
(Sorry pour les accents je suis en qwerty)
En effet, il y aurait un article à écrire sur les chanteuses à pédé.
A l’époque, on émettait tout un tas d’hypothèses socio-psychologisantes (Madonna incarne la marginalité, elle encourage la différence, elle prône la liberté sexuelle, donc forcément les pédés s’y retrouvent) mais depuis que cette fascination s’est étendue à Britney Spears, Lady Gaga et consorts, force est de reconnaître que la catégorie de pédés qui idolâtrent ce type de chanteuses est juste éblouie sans aucune espèce de discernement par n’importe quelle pétasse à la féminité outrancière qui montre son derrière emplumé dans une tenue clinquante, même si celle-ci est en réalité un pic de conformisme.
Par ailleurs, indépendamment du marketing, je pense que la décennie 80 a produit quelques très bonnes choses en musique (New Order, Cure, Prince, Jackson, Depeche Mode pour ne citer que les plus gros) donc le revival 80′s n’est pas forcément que régression.
Sur le sujet, quelques éléments de réponse ici sur le cas fascinant de Mylène Farmer (fascinant, parce que bon on peut dire ce qu’on veut, mais Madonna a quand même produit quelques excellents morceaux et autres tubes imparables – et oui, l’imparabilité, en musique, c’est une forme de qualité qui se respecte, je trouve – alors que Mylène, ça m’échappe vraiment). Ca fait pas avancer la recherche des masses, mais y a deux ou trois perles…
Quant aux années 80, il me semble effectivement extrêmement important de ne pas tout mettre dans le même sac. Le taux de daube produite dans cette glorieuse décennie ne me semble pas significativement plus élevé qu’à d’autres époques, tu y as juste été davantage confronté et ça t’as davantage traumatisé, P2L, pour les raisons que tu cites (et sans doute aussi à cause des nichons de Sabrina et Samantha Fox, d’une violence inouïe pour des ados en pleine construction).
Vous me ferez la grâce d’oublier l’horrible “s” à “ça t’as”. Il était tôt. J’avais un œil collé et les doigts gourds. Et puis d’abord, c’est quoi ce blog de connards où on peut pas corriger ses posts ?
une forte tendance vieille peau aujourd’hui…
catastrophique dernière campagne Vuitton où on lui donne 15 ans…
mais ses morceaux là (Vogue surtout), même si argument du “pas le choix”, du “régression” sont forts…très forts!
je tiens a preciser que j’ai dit “une certaine musique des annees 80″.
Donc non, je ne mets pas tout dans le meme sac…Mais je trouve quand meme que la daube y fut surrepresentee.
Bref, je suis content de ne pas avoir eut 10 en 1980.
Ma garde robe aussi.
Bonne journee,
P2L
“pas avoir eut 10 ans”
Sorry
“Le Pape, toujours aussi à la page, incite les chrétiens à ne pas assister au concert. Les chrétiens s’en cognent et y vont.”
Mais c’est quoi ce blog de connards où on ne fait pas la différence entre “catholique” et “chrétien” ?
Et Madonna ? mmmmmm toute ma jeunesse, mon p’tit gars.
Excellente biographie ! Drôle et juste.
J’attend la décénie suivante avec impatience…
La suite ici: http://lagene.wordpress.com/2009/10/02/madonna-une-retrospective-deuxieme-partie-les-90’s/
et ici: http://lagene.wordpress.com/2009/10/06/madonna-une-retrospective-troisieme-partie-les-annees-2000/