Déclaration d’amour à Christophe Honoré.

Cher Christophe Honoré,
Je vous aime.
Vous êtes un cinéaste. Vous êtes un magicien. Vous m’avez donné envie de retourner voir des films français. Et en plus vous êtes beau. Je ne sais pas trop comment vous dire que je suis resté un peu perplexe devant votre petit dernier Non ma fille, tu n’iras pas danser.
Il faut dire que ça n’avait pas bien commencé notre idylle. J’avais trouvé votre premier-né, 17 fois Cécile Cassard, aussi agaçant que son titre. Précieux, maniéré, artificiel, et d’un ennui infernal. Du coup, j’avais fait l’impasse sur le second, Ma Mère.
Quelques années plus tard, j’étais à Lyon pour quelques mois sur un tournage et, Paris me manquant, je suis allé voir Dans Paris, votre troisième, juste pour voir comment vous alliez vous dépêtrer de cet exercice qui laisse presque tous les réalisateurs français sur le carreau: filmer Paris.

Et là Christophe, ce fut le coup de foudre. Votre écriture farouchement littéraire au service d’un récit chaleureux et délicieusement désinvolte, votre caméra libre comme l’air enfin affranchie de ses afféteries, votre façon bien personnelle de rendre romanesque le banal. Et, enfin, après des années de cinéma français suffocant dans ses intérieurs, ses bureaux, ses ascenseurs et ses cafés, le bonheur de découvrir un cinéaste qui, non seulement prend un plaisir palpable à filmer la ville, mais en plus possède un vrai sens de l’espace et du décor. Et ce regard plein d’amour pour vos acteurs. Garrel, surtout, sidérant de virtuosité, tout droit sorti d’un roman du XIXe ou d’un film de François Truffaut. Et Guy Marchand, délivré des oubliettes, sublime, bouleversant en papa poule dépassé les frasques de ses fils.
Il était inutile de lutter, j’étais amoureux.

Puis vous êtes allé à Cannes. Si j’avais été président du Jury, moi aussi, j’aurais applaudi aux avortements roumains, mais c’est à vous que j’aurai donné la Palme d’Or pour vos Chansons d’amour. Pour que le monde souvienne que le grand cinéma peut-être léger, et qu’il y a longtemps, très longtemps, les Palmes d’Or étaient diverses et variées. Et aussi parce que vous m’avez carrément ébloui. D’abord, le culot de réaliser une comédie musicale en France. Ensuite, la preuve éclatante que peu importe votre budget de 12 euros 30, ce qui compte pour faire des films, c’est d’avoir des idées de cinéma. Et vous en avez, cher Christophe, à chaque plan. Enfin, la beauté de votre déclaration d’amour au Xeme arrondissement. Renvoyés, Jeunet et ses jolis chromos, vous êtes le seul qui savez filmer Paris, Christophe: chaque trottoir pluvieux, chaque panneau de signalisation, chaque angle de rue devient un poème quand il est filmé par vous. Vous m’avez fait redécouvrir ma ville. Je vous ai tellement aimé pour ça.
Et puis vous avez prouvé votre galanterie, en réalisant un film tout entier pour défendre l’honneur de Madame de La Fayette, attaquée à répétition par un ignare qui ne s’est jamais remis de ses mauvaises notes en rédaction. Ce film c’est La belle personne, transposition moderne de La Princesse de Clèves, dont vous avez fait jaillir sans effort la modernité. Et de son côté, Madame de La Fayette a sublimé le grand cinéaste romanesque que vous avez toujours été. Nouveau poème en prose, ou quand l’envie vous prend, en chanson, frémissant de sensibilité, triste à mourir et beau à pleurer. Je me suis demandé, en la regardant, cette belle personne, par quel miracle votre regard transforme en cinéma, ce qui, devant la caméra d’un autre, ne serait que quotidien grisaillant.
C’est dire que je l’attendais ce sixième film, Christophe.
Chiara, qui ressemble assez peu à son papa
Je me réjouis de vos bonnes critiques et de votre succès. Ce qui me réjouis moins, c’est que moi, je ne suis pas convaincu.
Brouillon, Christophe, votre film. Il m’a fallu à peu près une heure dix pour comprendre de quoi on me parlait, déjà. Je vois bien des personnages s’agiter, des yeux qui pleurent et des portes qui claquent, mais avant que la mise au point ne se fasse, il se passe beaucoup de temps. Pas de ligne de force, une narration oblique qui tient rapidement à distance.
Et votre famille, contrairement à d’habitude, j’y crois moyen. Chiara Mastroianni et Marina Foïs soeurs? I don’t think so. Marina Foïs, avec sa face de pie-grièche, n’aurait jamais pu être la fille de Marcello Mastroianni et Catherine Deneuve. Et ce petit frère, (excellent au demeurant, une sorte de Garrel 2), le votre, Christophe, mais clairement pas le leur. Chiara et Jean-Marc Barr ex-époux? Hmm, pas ça non plus. Aucune de ces relations ne respire le vrai, le vécu. La seule qui maintient des interrelations crédibles avec tous les personnages (mari, enfants), c’est la mère, Marie-Christine Barrault, exceptionnelle, dont le visage magnifiquement lourd exprime avec une clarté magistrale toutes les contradictions d’une femme a priori impossible à jouer. (Je préviens tout de suite que si Marie-Christine Barrault ne reçoit pas le César du meilleur second rôle cette année, je vais être très très contrarié).
Ensuite, je crois que vous vous êtes trompé d’actrice principale, Christophe. Je me doute que vous avez écrit ce rôle pour elle, mais Chiara Mastroianni n’est pas ce personnage. Lorsque Louis Garrel la décrit comme une pasionaria, je me suis demandé de qui il parlait. Chiara, avec sa mine renfrognée, une pasionaria? C’est là que j’ai compris pourquoi je ne saisissais pas de quoi vous causiez depuis le début. Parce que la femme trop passionnée que vous tentiez de me monter depuis une bonne heure est incarnée par une actrice nerveuse, sèche et cassante, qui incarne tout sauf la passion. Et qui, ici, peine à donner de la cohérence à un personnage déjà mal défini à l’écriture. Et comme le film tout entier repose sur elle…
Et avec cet intermède breton, Christophe, vous avez failli avoir ma peau. Déjà, quand on ne s’appelle pas Almodóvar, les intermèdes symboliques de 10 minutes, il vaut mieux éviter. Ensuite, je sais que vous êtes breton, mais franchement, vous êtes largement plus inspiré par les rues de la capitale que par vos terres, avec vos figurants et leur costumes tout droits sortis du magasin de farce et attrapes. Et cette séquence est d’une laideur qui m’a rappelé un clip particulièrement embarrassant de Jean-Jacques Goldman, et qui m’a fait douter de votre talent. Et le biniou, c’est NON.
Ca n’est pas pour dire que votre film est à jeter. Vous savez toujours filmer (SAUF l’intermède breton), et il y a vers la fin une scène de table grandiose, avec un échange sur les endives braisées (!) digne de rentrer dans les annales. Et un monologue délirant sur les hyènes déclamé avec une incroyable drôlerie par le très singulier Marcial di Fonzo Bo. Quelques moments de grâce, ça et là. Et c’est tout. C’est peu.
Voilà, cher Christophe, je crois que je vous ai tout dit. J’espère que vous ne me detesterez pas.
Moi je vous aime toujours. Et je serai là pour le prochain.




Superbe critique le pédé, bravo.
Diable, qu’il écrit bien…
Cher Pédé,
Je vous aime.
Et même si je ne comprends pas votre passion pour Kidman, “je vous aime toujours. Et je serai là pour le prochain”© post.
Héhé… Je vais écrire un truc sur Kidman, ça vous aidera à me comprendre, à défaut de partager…
je trépigne d’impatience
Et l’affiche ? T’en penses quoi de l’affiche, le Pédé ?
Ben je l’aime bien l’affiche. Surtout celle avec le titre énorme. Celle avec le”VIVEZ LIBRE” énorme, moins. J’aime pas qu’une affiche me crie dessus.
Oui, c’est surtout celle barrée du “Vivez libres” dont je parlais. Elle me donne pas spécialement envie d’aller voir le film. On dirait une pub, et pas parmi les meilleures. En plus, la Chiara, elle est sympathique… mais le même slogan avec une photo de son père aurait eu plus de gueule, non ?
Ben Chiara, c’est un peu son père avec une perruque…
Ah ouais ? Et tu imagines Chiara jouant dans “le bel Antonio” ? Même avec une perruque…
Je plussoie (même si c’est un peu indécent de lire une déclaration d’amour coincée entre Reuters et Bloomberg).
Au fil des billets, la curiosité s’éveille et j’espère avec appétit te lire un jour sur Lynch. Mais comme le plagiait si rigidement Nicolas, festina lente…
Tout pareil, le Pédé.
Manque à ta liste “Tout contre Léo”, sublimissime téléfilm (non, ce n’est pas incompatible) réalisé avant l’exécrable “Ma Mère” (le film, pas ma génitrice) et qui laissait présager toute la beauté et la sensibilité dont Christophe allait nous honorer quelques années plus tard.
“Les Chansons d’amour”, tout simplement le plus beau film français des, allez, 10 dernières années. (J’ai hésité à mettre “français”, mais y’a quand même “Dogville” !)
J’aime tes jeux de mots l’ami.
Ah non non non,
Autant je te suivais les yeux fermés, encensant Nicole et Kate et et jetant des pavés sur cotillard, autant “Louis Garrel, virtuose” : c’est le schisme.
Il m’a gâché la belle personne, et surtout la bande annonce de ce dernier film où il minaude à coup de “ouhouhou je suis tout nu sous les draps, ‘fait froid dis donc” m’a totalement convaincue de ne pas aller voir ce film…
Assez d’accord avec tout ça…. j’ai trouvé le film poignant mais inégal, et nom de dieu de b…… de m…., y’en a ras le bol de voir couiner la Chiara dans des rôles de presque-adulte-mais-pas-tout-à-fait dépressive.
Sinon y’a que moi qui ai trouvé que Donatien Suner est diablement bon, ou quoi ?
Non, il est plutôt carrément très bon. 2eme meilleur après Marie-Christine.
Cher Le Pédé,
Je vous aime aussi. Je vous aime d’une passion inextinguible qui croît de jour en jour depuis que je vous lis – et cette nouvelle affirmation de votre bon goût (plébisciter C.H. donc) me fait encore gagner quelques degrés d’amour. (Je suis FessedeBouc fan aussi, je le précise).
J’ajouterai cependant que je ne suis pas forcément d’accord avec tout ce qui a été dit (oui, les fans transis d’aujourd’hui discutent le bout de gras quand même, que voulez-vous, c’est la crise là aussi):
1) 17 fois Cécile Cassard, s’il était effectivement un peu maniéré, était quand même un très bon film, de part le traitement pudique et violent du deuil (ah! le plan d’ouverture avec le personnage du mari en ombre sur le mur), le jeu inouï de Béatrice Dalle (qui d’ordinaire me sort par les yeux), l’humour, et déjà des choix musicaux intéressants (je fredonne encore la berçeuse écrite par C.H.), qui m’avaient valu d’acheter la B.O. Anecdote personnelle amusante : à l’époque, quand je l’ai vu, nous étions à peine 7 dans la salle, alors que pour Non etc., nous étions une salle presque pleine, ce qui prouve que les gens sont des suiveurs, une fois de plus (bon, d’accord, j’ai vu ces films dans le cinéma d’art et d’essai d’Orléans) (je vous crotte si vous riez trop fort).
2) Certes, Non ma daughter etc. n’est pas le meilleur film d’Honoré (non, cher maître, je conteste pas), mais quand même, bien des choses conférent au film un certain intérêt, voire un certain charme : des relations familiales toujours dépeintes avec sincérité, pudeur et réalisme, des dialogues qui font mouche (“ces connasses de mère avec leur cerveau en fromage blanc”), une BO toujours aussi intéressante, un casting toujours audacieux et plutôt bien employé (j’ai eu moi aussi des doutes sur la ressemblance physique des membres de cette famille fictive, mais Barrault est formidable – entre autres).
Quant à la Mastroiani, sujet principal de notre discussion, j’avoue, même après avoir laissé mes souvenirs du film décanter, n’avoir toujours pas réussi à déterminer si je l’avais trouvé bonne ou mauvaise actrice, drôle ou pathétique, émouvante ou crispante – car je crois que je la trouve tout cela à la fois. Mais c’est tout de même quelque chose à mettre à son crédit cette ambiguïté qu’elle suscite, non???
J’espère que vous ne serez pas contrarié d’avoir été contrarié par un fucking lecteur-fan larvaire comme moi. Je veux bien faire pénitence si vous êtes en colère – mais il faudra que ce soit vous qui me donnât la discipline (:-P).
Grands Dieux! Lord de Winter, vous êtes encore en vie! Nous étions diablement inquiets depuis votre dernier commentaire brutalement interrompu. Ouf.
Cher Lord de Winter,
Sachez que je ne suis jamais contrarié d’être contrarié par des lecteurs civilisés, qui savent argumenter et s’exprimer en français.
Au plaisir de vous lire (ou de vous donner la discipline).
(Mon ordi déconne parfois… C’est pas facile, l’Internet, en province, si vous saviez…)
(N’empêche, la plume d’oie, c’était mieux! Jdç jdr).
Même le beau Louis Garrel était décevant… Son “c’est quand meme pas souvent que je tombe amoureux moi !” sonnait faux, mais faux …
Trop décevant.
Et puis la fin … Elle m’a laissée sceptique.
Grosse déception pour moi aussi…
J’en attendais tellement plus!
Et Louis Garrel, qu’est-ce qu’il fait tache!
J’en parle ici:
http://www.carabistouilles.com/article-36885158.html
Le Pédé, finalement je vous aime bien. (Oui bon, je vous en voulais à mort de détester Ludivine Sagnier, et puis vous me faisiez un peu peur aussi, mais tant pis je cours le risque). Parce que, mon Dieu mais comment peut-on voir en Chiara Mastroianni autre chose qu’un concentré de déprime???