We ♥♥♥♥♥ Pixar

Hier soir, j’ai vu Up. Là-haut, en français. Je sais bien qu’il faut traduire les titres pour que les gens aillent voir les films dans ce pays, mais ça m’agace. Donc Up. Comme tu le sais déjà, à moins d’être décédé ou de vivre la tête insérée dans ton cul, Up, c’est le dernier-né de la maison Pixar. Et dans le monde dévasté du cinéma de divertissement où le dégénéré Michael Bay est roi, où Steven Spielberg massacre ses propres classiques, où Ridley Scott ressemble de plus en plus à un fonctionnaire qui pointe au turbin, et où Michael Mann pond des croûtes avec Marion Cotillard , Pixar est un super-héros. Depuis la sortie de Toy Story il y a bientôt quinze ans, la maison de John Lasseter a pondu sous nos yeux ébahis une suite ininterrompue de merveilles animées devenues des classiques instantanés, qui n’ont rien à envier aux plus grandes réussites du cinéma de chair et d’os, de monstres professionnels en bâtonnets Findus, de super-familles en rongeurs gastronomes, jusqu’au sommet que constitue WALL•E, qui figurera très haut dans mon Top 10 des plus grands films de la décennie.
Alors je ne vais pas vous dire qu’Up est une merveille (c’en est une), que j’ai été ému jusqu’aux larmes (c’était le cas), que les personnages sont une fois de plus inoubliables (ils le sont), ni que l’inventivité constante, l’intelligence de la mise en scène, le génie du détail, et la sincérité lumineuse de Pixar n’ont pas faibli. Non je ne vais rien vous dire de tout ça. Oups, je viens de le dire. Bon alors, je ne vais pas DEVELOPPER. Je vais juste vous dire d’y aller en courant.
Et comme on est là pour râler, je vais vous parler de ce qui m’irrite. (jubilation intense)
• Le marketeux attardé qui a lancé la mode de coller un jeu de mot tendance carambar sur l’affiche de TOUS les films d’animation, ce qui nous a valu des perles de gêne gênante™ comme “Même les petits poissons ont de gros sushis” (Gang de requins), “A la croquette de l’ouest” (Volt), et nous vaut aujourd’hui sur les affiches de Up:
Papi bouge haut.
C’est drôle. Si, si, c’est très drôle. Attendez un instant pendant que je m’esclaffe. Houla, je crois que je vais me péter trois côtes et faire une hémorragie cérébrale tellement je rigole. Non les mecs franchement n’en jetez plus, vous êtres trop trop marrants. Maintenant si vous pouviez allez vous balancer du haut d’une falaise ou vous empoisonner à la ciguë, ça me ferait plaisir.
• J’irai pas, j’aime pas les dessins animés, entendu de la bouche d’une amie brillante et cinéphile.
Quand on voit ce que le cinéma d’animation a pu offrir comme chef-d’oeuvres pour adultes ces dernières années, d’Aardman à Tim Burton, en passant par Miyazaki et Persepolis, un tel discours est-il possible en 2009? Il n’y pas de dessins animés. Il y a des cinémas, et il y a des auteurs. De même que WALL•E est plus proche de 2001 que de Shrek, le protagoniste de Up m’a davantage fait penser au Dr. Isak Borg des Fraises sauvages d’Ingmar Bergman qu’à Rox ou Rouky. On prend le grand cinéma là où on le trouve, et comme le disait Anton Ego dans le plus beau monologue sur la critique jamais écrit pour le grand écran: Un grand artiste peut venir de n’importe où.
• Le seul hic, c’est que ce film est trop triste pour les enfants. Bientôt, Pixar, ça ne sera plus que pour les adultes, entendu de la bouche d’un autre ami, à la sortie de la salle.
Un film qui ne fait pas abstraction de la mort est-il forcément un film pour adultes? Trop longtemps, le cinéma pour enfants s’est borné à dépeindre un monde idéalisé où les animaux de la forêt aident à faire le ménage et où le bisou d’un prince sapé comme une tapette suffit à réveiller les morts. Alors qu’en vrai le récurage de tes chiottes, tu le fais seul et clairement pas en chantant et qu’aucun prince ne va venir réveiller grand-mère dans sa boîte en sapin. Oui, la mort est bien réelle, on va tous crever un jour (peut-être même d’ici deux mois si on en croit le journal) alors autant ne pas faire semblant et s’habituer tout de suite à l’idée. Surtout lorsqu’elle est présentée de façon aussi naturelle, au service d’un discours optimiste sans mièvrerie sur le grand âge et ses regrets. A sous-estimer ce que les enfants sont capables d’encaisser, et à vouloir à tout prix les préserver de tout, le monde moderne a engendré des générations entières de mollassons ineptes et trouillards.
• Pierre Murat, critique à Télérama, qui affirme:
Qu’est-ce que ce film est mou !
(Je pourrai vous dire que Up, comme tous les Pixar, est mené au rythme foudroyant qu’on ne trouve que dans les meilleurs screwball comedies des années 30, mais je ne dirai rien. Non, non, je ne dirai rien. Promis.)
Et niais. Et gentil, gentil, gentil, gentil comme un cauchemar dégoulinant de guimauve : du très mauvais Disney, en fait.
Dur, le Pierrot. Du coup j’ai consulté les archives de Télérama pour voir si ce brave homme était toujours aussi sévère. Et quelle ne fut pas ma surprise de voir que le bonhomme a encensé ce grand film qu’est, hum… Coco avant Chanel. Extrait:
Dès lors, la passion entre Gabrielle et son seul amour (Alessandro Nivola) évoque l’attirance orgueilleuse et épurée de Meryl Streep pour Robert Redford dans Out of Africa.
Certes. Ceux qui ont vu le film et et qui se souviennent encore douloureusement de l’absence totale d’alchimie entre ces deux acteurs complètement insipides sont déjà en train de se tordre de rire devant cette comparaison grotesque. Et sur Audrey Tautou:
…ce corps fragile à l’esprit vorace qu’Audrey Tautou incarne à la perfection.
SU-BLIME! Tautou est à peu près aussi vorace qu’un lapin édenté. Sans compter que sa technique pour mimer la dureté est de réciter toutes ses répliques de la même voix monocorde. Alors Pierre, soit tu as reçu des sous pour écrire ton article, soit tu es complètement con. Ce qui me donne une idée. Plutôt que la blague carambar précitée, pourquoi ne pas tenter une nouvelle stratégie marketing:
LE DÉBILE QUI A ADORÉ COCO AVANT CHANEL ET NE COMPREND VRAISEMBLABLEMENT RIEN AU CINÉMA A DÉTESTÉ!
VOUS POUVEZ Y ALLER LES YEUX FERMÉS!




Grandiose! Toi et le film!
Oups…on parle de moi!! HUUEHHH
Bon on a compris du es ABN avec Pixar. Cela dit Bip Bip et le Coyote c’était très violent!!!
Et puis il y toujours eu Tex Avery… moi j’adore!!
il y a !
Je ne vais pas me lancer dans un avis développé sur le film, Le Pédé a très bien résumé tout le bien que je pouvais en penser. Je voulais juste y rajouter mon expérience, en 3D celle-ci.
Depuis que la 3D est revenue sur les écrans (gros retour, déja, avec la version spéciale d’un de mes films préféré, The Nightmare Before Christmas), j’avais toujours pris le procédé pour un truc un peu cheapos avec des lunettes vertes et rouges, plus fait pour amuser la galerie et les foires d’exploitants que pour vraiment apporter quelque chose à l’expérience et à la narration cinématographique. J’avais, pour tout dire, un peu peur que le procédé, par son artifice, ne me sorte tout simplement de l’histoire.
Et ben que dalle. Au contraire. C’est un truc de malade mental. Vraiment (Je me met à parler comme un gamin de 15 ans parce que c’est la façon dont je me suis senti face à cette petite révolution dans mes yeux). Bien sûr, les infographistes de chez Pixar savent utiliser le procédé juste ce qu’il faut pour permettre une immersion totale dans le film, sans grosse exagération, mais le résultat est tout bonnement époustouflant. Bien sûr, les lunettes sont un peu inconfortables, et il arrive de devoir les remettre en place pour cause de glissage intempestif sur le nez, mais, au final, l’expérience est bluffante.
UP est projeté en 3D Numérique dans la plupart des Cinémas MK2 et Gaumont, UGC ayant fait l’impasse sur le procédé…
Ah oui, au fait: PIERRE MURAT EST UN CONNARD!
J’adoore! Je me tords de rire devant mon écran.
Hors sujet….:c’est dégoulinant la La Belle au Bois Dormant?! Moi je me souviens que c’était “le chef-d’oeuvre de W. Disney”…dixit devinez qui…pour que ce soit aussi modéré!
Moi j’adore la La Belle au Bois Dormant… Le plus beau Disney de la période classique
C’est simple, j’ai pleuré comme une madeleine du début à la fin. Ah non, j’ai ri aux éclats aussi.
Et pour aller au-delà du débat Pixar pour les enfants ou uniquement pour les adultes, un autre sujet qui alimente la blogosphère en ce moment : http://www.slashfilm.com/2009/06/09/is-kevin-the-tropical-bird-in-pixars-up-a-nod-to-the-lbgt-movement/
En tout cas, vous pouvez désormais m’appeler Kevin.
Quand je disais que chez Pixar on essaie pas d’endormir les enfants!
A mon humble avis, Pierre Murat est effectivement un abruti.
Bah moi y’a quand même un truc qui m’a énervée : j’aime bien avoir (au moins) une critique négative à faire, histoire de. Là rien, que dalle, nada. Si on peut même plus se fighter après la séance…
Argh, j’ai pas compris la blague carambar. Quelqu’un peut m’expliquer?
@laurence: papi bouge haut–> Papy mougeot, je suppose (le personnage délectable de Coluche)
Je suis navré d’être aussi désagréable pour mon premier post sur ce blog (au demeurant riche et passionnant), mais je me dois de m’inscrire en faux avec tout ce qui est prétendu ici. Je suis pas d’accord du tout. Diable.
Bon je trouve un peu fallacieux de détruire le point de vue de Murat sur ce film par le simple fait qu’il a eu par le passé des propos confondants voire nauséeux sur des productions qui n’avaient strictement aucun rapport avec le dernier Pixar(qui est, je le reconnais, dasn l’ensemble assez bien mené).
D’autant que je ne trouve pas qu’il a complètement tort: si j’en crois la définition de screwball comedie (terme que je ne connaissais pas, merci pour l’info) il nous faudrait des dialogues vifs. Or j’ai trouvé justement qu’à ce niveau-là le film était d’une pauvreté navrante. J’ai trouvé les dialogues(rares) assez plats, pas de relief savoureux à la audiard, pas de réplique cinglante ou d’humour piquant(le Génie d’Aladin était beaucoup plus habile en ce domaine).
Il y a des émotions certes. Mais on fait un peu trop appel à Lev Kulechev: c’est le spectateur qui selon son degré de cinéphilie, ou de sensibilité, donne lui-même au film une dimension. POur moi le début du film est un moyen un peu trop facile de susciter l’émotion. Bref pas trop de subtilité. ON y va à la bourrin.
Cela dit il y a bien un secteur ou on ne dirait pas non à un peu de bourrinade venant de PIxar/disney: c’est celui de l’humour. Or je regrette de ce côté-ci le fait que pour se vanter d’avoir vu TOUS les gags du film, il suffit d’avoir vu la bande-annonce. J’ai été déçu sur ce point.
Et pourtant j’ai bien aimé. Allez comprendre. Pourquoi suis-je aussi critique? Peut-être que mon esprit de contradiction a été gêné par le fait qu’il n’ya pas un point d’ombre dans cette critique remarquablement bien écrite(et plus drôle que le film lui-même).
Or je ne trouve pas que ce film puisse mériter une adoration sans concession (reconnais que ca vaut pas le quart d’un WAll-E)
Ne t’excuse pas d’être désagréable, tu ne l’es pas du tout, juste pas d’accord, et on aime ça.
Je t’accorde bien volontiers que Up ne vaut pas WALL-E (en même temps, si on se met à attendre un film d’animation du niveau de WALL-E, on risque d’attendre longtemps) mais le but de cet article n’était pas spécifiquement d’encenser Up, que j’ai certes adoré sans pour autant le trouver aussi parfait que je l’ai sans doute laissé entendre, mais plutôt toute la maison Pixar, dont l’originalité et le souci d’excellence constants me ravit, surtout dans le contexte d’un cinéma commercial de plus en plus enclin à recourir au facilités les plus abjectes pour séduire le plus grand nombre (suites, prequels, remakes, adaptation de tout et n’importe quoi; gore cheap; comédies ado grasses; animation débilitante).
Pour ce qui est de Mr. Murat, qu’il n’ait pas aimé le film est une chose, c’est bien évidemment son droit, mais ce qui me choque, c’est sa sévérité complètement exagérée par rapport à la qualité objective du film. Parce que, honnêtement, il en voit beaucoup des types qui pourraient faire des montagnes de fric en pondant n’importe quel daube (Shrek?) grâce à un bulldozer marketing implacable, mais qui, parce qu’ils prennent sans doute les enfants pour autre chose que des tirelires, se cassent quand même le cul à pondre le meilleur film possible? Et mon ire n’a fait que redoubler quand j’ai découvert une critique similaire de son collègue similairement aigri Aurélien Ferenczi l’année dernière pour WALL-E:
“Que l’on plante les bambins devant une kyrielle de films d’animation plus ou moins formatés, plus ou moins puérils, d’accord, il faut bien les occuper ; mais que l’animation 3D et ses blockbusters calibrés pour plaire au plus grand nombre (ici, dialogue minimal égale spectateurs de 3 à 93 ans…) deviennent des parangons de sensibilité et de recherche esthétique, non, ça commence à faire trop.”
DIALOGUE MINIMAL EGALE SPECTATEURS DE 3 A 93 ANS??? Mais, sans déconner mec, va te faire mettre. Transformer fallacieusement ce qui est indubitablement une formidable audace de cinéma (vendre un film quasi-muet à des enfants abreuvés de High School Musical!!!) en cupidité cynique, CA, c’est trop.
La vérité, c’est que ces deux enflures veulent jouer les anticonformistes parce qu’encenser Pixar est devenu un lieu commun. Et bien j’ai une grande nouvelle pour eux: Parfois tout le monde dit qu’un truc est bien pour une bonne raison. Parce que c’est bien. Point barre. Et dire que c’est pas bien juste pour faire l’intelligent, c’est mépriser ses lecteurs. Alors aucune pitié, et si je dois utiliser leur cinéphilie douteuse pour les enterrer, je le ferai.
ps. Pour ce qui est du screwball, je ne faisais pas référence aux dialogues en particulier mais au rythme général, qui est la caractéristique principale de cette forme de comédie (cf. Bringing up Baby, My Man Godfrey etc.)
MAis ce n’est pas moi qui vasi te reprocher de défendre ton point de vue avec tant d’ardeur.
Ce qui me gêne, quant à moi c’est cette impression de manichéisme qui sort du débat. D’un côté l’injuste sévérité de Murat qui défonce de façon systématique et à coups de missile nucléaire un film qui ne le mérite pas, comme tu le soulignes; et de l’autre une complaisante plaidoirie qui glisse quelque peu sur les défauts et lacunes du film. Il est vrai en même temps qu’il serait triste de dire qu’un film n’a aucune faiblesse. Qu’on ne pourrait l’améliorer.
Ceci posé, je te rejoins très volontiers sur l’exigence appréciable de la maison Pixar. (Encore que, la déclinaison interminable des Toy Story commence à m’inquiéter. Je ne sais pas ce que vaudra le prochain, mais j’ai vu la bande-annonce et j’ai bien peur d’être consterné.)
Quant à ce Ferenczi, je reste sans commentaire sur les mots qu’il écrit à propos de WAll-E. En tous cas , dans ce passage que tu cites ce monsieur se révèle sous les traits d’un odieux con.
Et effectivement, je déplore avec toi que certains critiques tendent à aimer des navets, et détruire des bijoux par simple coquetterie. (Rédacteurs des CAhiers du Cinéma, vous pouvez vous sentir visés. Et toc)
Quoiqu’il en soit Le pédé c’est un régal de lire tes réflexions cinéphiles. Et d’avoir la possibilité d’y répondre ou d’y confronter les siennes. Puisses-tu continuer pendant longtemps.
Une conception guerrière de la cinéphilie, c’est EXACTEMENT ça!
Merci à toi, c’est un plaisir d’être lu par des gens intelligents.
Pixar et Tim Burton font de GRANDS films d’animation!
Salut à vous quatre !
Je viens de découvrir votre blog et je suis littéralement en train d’en éplucher les archives !
Comme j’ai adoré Up et que ce billet m’a fait mourir de rire et qu’Audrey Tautou me tape sur les nerfs à moi aussi, je laisse mon premier commentaire ici.
J’adore votre ton franc et décalé ! Allez je poursuis ma lecture, à toute !
J’avais pas vu celui-là tiens… Mais quelque chose me ravit : Pierre Murat me sert depuis toujours d’anti-baromètre du cinéma. Pierre Murat adore, je fuis. Pierre Murat déteste, je me précipite toutes affaires cessantes dans la salle la plus proche. Il est super pratique, Pierre Murat.
“Un film qui ne fait pas abstraction de la mort est-il forcément un film pour adultes? Trop longtemps, le cinéma pour enfants s’est borné à dépeindre un monde idéalisé où les animaux de la forêt aident à faire le ménage et où le bisou d’un prince sapé comme une tapette suffit à réveiller les morts.”
C’est beau
Pas d’accord sur tout non plus (et pardon).
Je suis sans cesse ravi par les productions Pixar (si si) et Wall-E se posait là comme la quintessence de leur oeuvre. Malheureusement, là où UP débutait fort avec 20 premières minutes quasi-chaplinesques on tombe effectivement par la suite sur du “plus classique” on va dire malgré quelques fulgurances Keatonesques plus tard dans le métrage. Pixar a t-il mis la barre trop haute avec cette entrée en matière incroyable? Sans doute.
Méga-chaplinesque, tu veux dire. Trop bon, cette première partie !
(bon le plus mauvais Pixar enterre le meilleur Dreamworks on est tous d’accord là dessus)