Dieu te le rendra.
Cher lecteur mort de C’est La Gêne,
voilà plus d’un an que ce blog est décédé et toi avec. Et pourtant, mes compères m’assurent que tu n’es pas tout à fait crevé. Selon les dernières infos fournies par Google Stats, tu ressemblerais à ça:
Certains t’auraient vu poster dernièrement un commentaire sur un article consacré à la "folie Chatroulette" et publié en 2009. D’autres prétendent que tu hantes les forums "Doctissimo" à la recherche de personnes qui accepteraient de mettre en parenthèses leur discussion sur les mycoses pour débattre avec toi du sex appeal de Mouammar Kadhafi ou des coups de gueule de Mélanie Laurent. Certains me font remarquer que tu ne commentais pas nos articles de ton vivant et qu’il y a donc peu de chances pour que tu commences à te manifester maintenant que tu as passé l’arme à gauche. Mais qu’importe si tu n’as pas de bouche pour jacter, tes oreilles feront bien l’affaire!
L’heure est grave et je n’irai donc pas par quatre chemin.
!!! JE PRÉPARE UN COURT-MÉTRAGE !!!
Ce film s’intitule "Double Date" et son histoire pourrait t’intéresser car elle est adaptée d’une très sérieuse analyse socio-anthropologique que j’avais publiée ici sur la place du premier rancard dans l’acte d’accouplement en Occident et qui t’avait tant plu à l’époque.
Et c’est aussi la raison pour laquelle je sollicite ton aide, cher lecteur hectoplasmique. Le tournage de "Double Date" est prévu pour la mi juin et j’ai besoin d’une partie de tes économies pour en assurer le financement. Sache que la collecte démarre très bien et que l’objectif a de bonnes chances d’être atteint si tu y mets du tien.
Pourquoi ferais-tu un tel geste?
-Peut-être parce qu’après tant d’années passées à te divertir gratos, tant de sueur, de sang et de larmes perdues à trouver des choses à raconter pour égayer tes mornes journées, le moins que tu puisses faire en retour est une petite contribution de rien du tout.
-Parce qu’après avoir critiqué et descendu tant de films que tu as aimés, tu voudras savoir de quoi je suis capable une fois derrière la caméra et m’humilier légitimement si le résultat s’avère merdique.
-Parce que tu aimes donner un coup de pouce aux petits jeunes de bientôt 34 ans.
-Parce que tu as quelques billets qui traînent dans la poche et dont tu ne sais que faire.
-Parce que tu seras de toutes façons remboursé si je n’atteins pas le montant fixé.
-Parce que tu es antisémite et que tu le vis mal.
Pour toutes ces raisons et bien d’autres, fais un don pour que je puisse faire mon film et je t’en saurai gré pour le restant de mes jours. Tu trouveras toutes les infos sur "Double Date" (pitch, casting, montant de la collecte etc) sur la jolie page Kisskissbankbank du projet.
Cher lecteur qui n’existe plus, je compte sur toi !
Cordialement,
Joachim, Le Juif de C’est La Gêne
http://www.kisskissbankbank.com/double-date-le-film
P.S: Si tu es vraiment trop pauvre ou trop radin(e) pour faire un don, tu peux aussi juste m’encourager, partager la page sur les réseaux sociaux ou en parler autour de toi. Toutes les marques de sympathie sont évidemment les bienvenues!
DEBOUT LES CONNASSES
MEGA SPOILERS ET FEMINISME ENRAGÉ AHEAD
Donc si je résume ce que j’ai appris au cinéma en Mars 2013 :
- Spring Breakers, vendu par un plan marketing aussi brillant que mensonger comme la virée chargée en girl power de quatre minettes endiablées, se révèle finalement la non-histoire de 3 blondasses indistinctes + une gourdasse brune, que le cinéaste s’amuse à filmer en bikini durant 1/2 heure sans jamais chercher à les définir, avant de s’en désintéresser à la minute ou James Franco intègre le récit. Dès lors, la gourdasse brune -la seule qu’on avait à peu près dotée d’une personnalité- dégage quasi instantanément, tandis que les trois autres se soumettent à l’autorité du mâle dominant et finissent par disparaitre dans l’arrière plan, réduites à l’état de silhouettes interchangeables et quasiment muettes. "Mais lors de l’assaut final, ce bouffon de James se fait dézinguer en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, tandis que nos héroïnes massacrent tout le monde comme des grosses badass !" Certes. Des grosses badass en bikini et cagoules, réduites à l’état de corps grotesquement fétichisés et curieusement privés de tête. Girl Power indeed.
- Le monde fantastique d’Oz, nouvelle supercroûte post-Alice au pays du vomi qui fait son beurre en saccageant l’héritage d’un classique du cinéma enfantin, imagine les origines du pays d’Oz, où 3 pimbêches se crêpent le chignon en attendant l’arrivée du beau mâle qui va toutes les rendre (plus ou moins) folles. Et celui-ci est incarné par, je vous le donne en mille, James Franco. (Je sens comme un motif, pas vous ?)
La sorcière sympa, c’est Michelle Williams, qui régente le monde des gentils Munchkins, non pas parce qu’elle a l’étoffe d’un chef d’Etat, soyez rassurés, mais parce que feu son papa était le roi. Et comme c’est une fille, et que les filles ça sert à rien, elle attend patiemment l’arrivée de CELUI (annoncé via la prophétie de service, forcément) qui sauvera tout le monde et héritera du trône d’Oz. Parce qu’elle, la fille du roi, c’est pas comme si elle pouvait en faire quelque chose de ce trône : une femme, c’est fait pour être assise à côté du mec sur le trône et fermer sa gueule. Heureusement, James Franco débarque avec son sourire de connard autosatisfait qui se croit tellement meilleur que les navets qu’il tourne pour alimenter son compte en banque ; peu importe qu’il ne soit qu’un vulgaire prestidigitateur de bas-étage et elle une vraie sorcière confirmée avec pouvoirs magiques trop swag, Michelle est persuadée qu’il est le seul à pouvoir galvaniser les foules et renverser le régime. Pourquoi ? Parce que mesdemoiselles, quand il s’agit de gouverner, un homme, fût-il une baltringue, vaut toujours mieux qu’une femme, fut elle une puissante magicienne. Pas vrai Michelle ?
Et en passant, n’avez-vous jamais rêvé de savoir pourquoi la méchante sorcière de l’Ouest était toute verte ? Pas de panique, le mystère sera dûment levé à coup de backstory débile, et vous découvrirez que celle dont la méchanceté fondamentale et inaltérée terrifie des générations de mouflets depuis 75 ans n’était finalement rien de plus qu’une amoureuse éconduite, rendue VERTE de jalousie et folle de rage parce que ce sacré tombeur de James lui a préféré Michelle Williams. Ah ces gonzesses, toujours disposées à péter les plombs quand un mec leur dit non ! Bel hommage à un chef d’oeuvre immortel qui voyageait en son temps à travers l’imaginaire d’une jeune fille qui n’avait besoin que de son propre courage pour vaincre ses peurs. - Et puis il y a The Place Beyond The Pines, dans lequel Derek Cianfrance (que je m’excuse par avance de mettre dans le même sac que les deux escroqueries précitées) se focalise si emphatiquement sur les liens père-fils qu’il en vient presque à nier l’existence de ses personnages féminins. Déterminé à appliquer son modèle de tragédie grecque par voie de James Gray -les péchés des pères rejaillissent sur leur fils- Cianfrance clôt son film par un plan sur le rejeton du regretté Ryan Gosling chevauchant une moto tout juste acquise, bien décidé à suivre les traces d’un père qu’il n’a pourtant jamais connu. Car malgré nos vains efforts, nous dit Cianfrance, nous ne sommes que les produits des ambitions -ou de l’absence- de nos géniteurs. De sexe mâle, cela va sans dire, parce que le gamin en question a eu beau bénéficier de ce qui semble être une mère aimante, ainsi que d’un beau-père plutôt sympa, bref un foyer à peu près équilibré, qu’importe, Cianfrance a arbitrairement décidé qu’un papa, même inexistant, avait plus d’influence qu’un Maman qui s’est cassé le cul à élever le morveux depuis son infortunée naissance (REP A SA CHRISTINE BOUTIN). "Mon père n’était jamais là quand j’étais gosse, regarde ce que je suis devenu", révèle très subtilement Gosling au début du film. Et Maman dans tout ça ? WHO CARES?
Mais fort heureusement, ces films viennent d’Hollywood, et nous avons la chance de vivre en France, un pays très avancé en matière de droits de l’homme (et de la femme). Un pays où le Huffington Post local, dirigé par ce parangon de féminisme qu’est Anne Sinclair, ne rechigne pas à publier des articles dans ce genre :
Ah, la France ! Ce pays où la presse féminine a tellement banalisé les stéréotypes sexistes que l’article qui suit n’a été fustigé que pour son homophobie aussi involontaire qu’atterrante, alors que le discours décérébré qui l’entoure -et qu’ELLE véhicule chaque semaine depuis 1945- est au moins aussi alarmant.
Pour avoir fréquenté les hautes sphères de la presse féminine, je peux vous assurer que les greluches qui pondent ce type d’articles se vivent comme des femmes libérés (version Cookie Dingler), de même que la plupart des greluches qui les lisent, contribuant ainsi à la prospérité de cette industrie révoltante. Parce qu’elles ont fait des études, parce qu’elles ont des boulots, parce qu’elle sont des femmes, tout simplement, il ne leur vient même pas à l’idée que leur vision du monde est façonné par la même pensée patriarcale dominante que celle des machos qui leur collent des mains au cul.
Pour ma part, je crois fermement que notre société compte le même nombre de gros porcs misogynes que de connasses phallocrates, et que le sexisme se propage autant par la bouche des femmes que par celle des hommes. Je lis autant de misogynie dans les propos affligeants de Bernard Lacombe que dans les médias phallocentriques dont nous nous abreuvons chaque jour plus ou moins volontairement. Je suis consterné par le nombre de gens que ces images laissent indifférents, et qui rejettent toute tentative d’analyse ou de mise en perspective comme si celles-ci ne pouvaient être que le fruit d’un délire paranoïaque. Je suis catastrophé que ma génération ait déserté le féminisme, désormais réduit à une doctrine dépassée synonyme de jambes poilues et de harpies enragées et aigries, forcément CELIBATAIRES (en effet, quelle autre raison de se préoccuper de l’égalité des sexes que la frustration du célibat ?) En ces temps de manifestations réactionnaires menée par des masses violemment rétrogrades qui s’approprient la notion de famille à leur usage exclusif, n’est-il pas temps de se réapproprier le féminisme afin de protéger nos enfants de ces nuages obscurantistes ?
Le personnel est politique, disait Carol Hanisch. ALORS ON SE REVEILLE, LES CONNASSES !
2012, l’année de la bouse.
A en juger par les cadavres de sapins qui tapissent les rues de la ville, les fêtes, c’est fini, et nous voilà partis pour 3 mois de statuts Facebook dédiés aux innombrables teintes de gris du ciel parisien. Mais aurais-je pu dire adieu à 2012 sans un dernier hommage ému à ce que cette année m’a offert de plus agaçant en matière de cinéma ?
10. Argo
Oui, oui, je sais, c’est ton film préféré, celui de ta mère, de ton cousin et de ton chien aussi, mais qu’y puis-je ? Malgré une filmographie sans éclat, Ben Affleck est bien parti pour devenir le Clint Eastwood/Robert Redford/Kevin Costner 2.0, à savoir cet acteur viril et gentiment limité que tout le monde intronise nouveau John Ford le jour où il parvient à réaliser un film sans faire tomber la caméra par terre. Ah j’oubliais, il s’est laissé pousser une barbe. UNE BARBE, NOM DE DIEU !
Mais là où Gone Baby Gone et The Town étaient sympathiquement inoffensifs, Argo est sans nul doute l’arnaque de l’année : un petit thriller correctement ficelé vendu comme une œuvre « aux résonances avec l’actualité du Moyen-Orient » (parce qu’il y a des iraniens dedans tavu ?) alors que sa célébration simplette de l’héroïsme de la CIA évacue tout contexte politique à l’exception d’un prologue Wikipedia. Ben Affleck convoque les fantômes de Lumet et Pakula à coup de logo Warner 70′s, mais son approche fétichiste trahit spécifiquement tout ce qui faisait le prix de leur cinéma engagé, urgent et vital, qu’il se contente de singer scrupuleusement pour se racheter une crédibilité. Incapable de résister à l’envie de s’autocongratuler, Affleck a même le toupet de faire de son générique de fin un dépliant de photos d’archives pour nous montrer à quel point sa reconstitution est authentique, après un film dans lequel on franchit le parvis de la Mosquée bleue pour entrer à Sainte Sophie, parce que ces églises de bougnoules, franchement, qui va faire la différence ?
Dans cette fabrication purement hollywoodienne qui s’affranchit de toute notion de crédibilité en placardant « HISTOIRE VRAIE » sur sa porte d’entrée, la seule solution de notre espion barbu pour libérer ses otages est donc de préparer un vrai film avec une vraie équipe pour berner les ayatollah. Parce que clairement, le barbu de l’aéroport fait carrément la différence entre la voix de John Chambers, maquilleur oscarisé, et celle d’un stagiaire de la CIA. Et pour se retrouver en couverture de Variety, allons-y, produisons des films, parce que l’imprimante de la CIA était en panne ce jour-là ! Mais puisqu’on vous dit qu’elle est VRAIE cette histoire ! La preuve : Jimmy Carter s’en souvient encore !
Mais parader un ancien président sénile n’y change rien : je me fous que l’histoire soit vraie, ce que je veux c’est y CROIRE. Et la seule chose qu’Argo me donne à croire, c’est que le plan de Tony Mendez était complètement débile. Nul doute que celui-ci méritait un film moins désespérément superficiel.
9. Cherchez Hortense
Le cinéma du pourquoi. Pourquoi, pourquoi, pourquoi ce film existe-t-il ? Certes, le métier d’un réalisateur est de réaliser des films, mais est-ce vraiment raisonnable quand on n’a à ce point rien à dire ? Une trame dont le minimalisme frise le néant, une notion des rapports humains déconnectée de toute forme de réalité, un sous-texte politique stérile, un style qui se limite à filmer arbitrairement des décors rigolos (Kikou Niemeyer et Buren !), une conception de l’humour qui confond sophistication et apathie, et des personnages si inconsistants que les grands acteurs qui les défendent (mollement) sonnent faux de la première à la dernière seconde. Qu’y a-t-il là dedans qui justifie au moins deux ans de travail, de vastes sommes investies, et surtout 1h40 de mon précieux temps ?
8. Albert Nobbs
Dans ce film adapté d’une pièce de théâtre, Glenn Close joue une femme qui se fait passer pour un homme dans l’Irlande du XIXème siècle. Peut-être ce dispositif fonctionnait-il sur scène, mais malgré ses traits anguleux, sa large carrure et son considérable talent, force est de reconnaître que cette Glenn Close à perruque ressemble à tout plein de choses -entre autres, un mannequin en cire, un oiseau de proie particulièrement constipé, ou une Glenn Close à perruque super flippante- mais PAS DU TOUT à un homme. Ce qui pose un problème de crédibilité, d’autant plus que l’actrice -sans doute déstabilisée de ne pas interpréter une harpie diabolique pour la première fois en 25 ans- livre une performance d’une stupéfiante inertie, impeccablement en phase avec ce récit d’une morosité déconcertante, dont l’exécution somnambulique manque cruellement de lapins exécutés à l’eau bouillante.
7. & 6. Pack "Matthias Schoenaerts joue un demeuré"
Sans conteste LA révélation du cinéma européen en 2012, Matthias Schoenarts est un de ces acteurs intenses et physiques que l’on croyait réservés à l’Espagne (Bardem, Tosar). Quel dommage qu’il nous ait fallu le subir dans deux films étouffe-chrétiens dont la complaisance misérabiliste n’a d’égale que la prétention arty. Dans Bullhead et De Rouille et d’os, Schoenaerts joue plus ou moins le même bœuf demeuré, violent et renfermé, dont on imagine que le modèle a été le même : l’immortel Jake La Motta incarné par Robert De Niro dans Raging Bull. Mais là où Scorsese ne plaidait jamais pour notre sympathie, Michaël R. Roskam et Jacques Audiard nous supplient presque à plat ventre d’avoir de la compassion pour leur brute épaisse, le premier en jouant la carte de la tragédie via une révélation aussi grossièrement psychologisante que difficile à avaler, d’autant plus qu’elle est dévoilée dans une série de flash-backs dont le ridicule laisse pantois ; le second en misant tout sur l’aspect social pour excuser le comportement du bonhomme : en gros, il a eu la vie dure, par conséquent il nous faut lire dans sa brusquerie un océan de délicatesse, c’est Marion qui le dit. ALO UI CER PLEURNICHERIES REDEMPTRICES O TELEPHONE.
Difficile de choisir entre le symbolisme pataud de Bullhead et l’exaspérante incertitude narrative de De Rouille et d’os, adaptation de plusieurs nouvelles qu’Audiard n’est jamais parvenu à fusionner de façon convaincante, se contentant en guise d’unité thématique de faire endurer à ses malheureux protagonistes à peu près tous les faits divers possibles et imaginables, à tel point que l’on en vient in fine à se demander si l’effet recherché n’était pas la comédie (plouf !). Preuve que même lorsque Marion Cotillard tourne avec les plus grands (Ridley Scott, Michael Mann, Woody Allen ou Audiard) elle se démerde toujours pour atterrir dans le pire de leur filmographie.
Pack "Biopic moisi"
Ah le biopic ! Ce genre anticinématographique en diable qui fleurit chaque année sur nos écrans comme les récompenses sur les cheminées de ses interprètes grimés. Cette année, ce n’est pas un, ni même deux, mais bien TROIS biopics qui ont obtenu mes faveurs – 3 biopics de la pire espèce, de ceux qui s’emploient à raconter toute la vie de leur protagoniste, de la naissance à la mort. Bâti sur des antiscénarios qui se contentent d’enfiler les événements sans le début d’une idée de construction dramatique, ces biopics fonctionnent sur le mode suivant :
Alors il est né, et après il s’est passé ça, ensuite ça, après ça, et puis après ça, et évidemment ça, et enfin ça, et puis il est mort. FIN.
6. Cloclo
Non mais sans blague, CLOCLO ?
Je ne vais même pas essayer de vous mentir: je hais Claude François. Je le hais absolument, lui et tout ce qu’il incarne : son physique ridicule, son masque cireux, son sourire grimaçant, sa voix chevrotante, ses tubes de supermarché, ses chorégraphies minables et ses fringues de plouc. Mais je ne suis pas fermé, et lorsque j’ai vu les critiques se prosterner de concert, puis des gens à peu près sensés encenser, je me suis dit pourquoi pas ?
Cloclo ne cherche à aucun moment à faire exception à la règle du biopic moisi : TOUT y passe. De la voyante qui annonce à Maman Cloclo que le nom de son fiston sera écrit en lettres de feu, à l’évenement-traumatisant-qui-marquera-toute-sa-vie (son papa le fout dehors parce qu’il ne veut pas d’un fils saltimbanque), en passant par l’inénarrable moment-clé où il compose son tube phare en regardant les nuages (Comme tous les joou-reus… Non… Comme d’habitu-deuuu… Ca sonne mieux !), ou encore l’obligatoire scène ou son épouse éplorée lui assène ses quatre vérités sur son comportement de cochon : aucun cliché biographique ne nous a été épargné. Pire que tout, à vouloir éviter à tout prix la redoutée hagiographie, le film nous présente un bonhomme si abominable qu’il finit par s’auto-détruire sous nos yeux : car en fin de compte, ce faiseur de fric éhonté, crétin et d’une vulgarité à pleurer, dépourvu de tout talent observable si ce n’est celui d’adapter en français de tubes déjà testés, qui se révèle en plus être un odieux pervers narcissique, justifie-t-il jamais d’être le sujet de film de 2h30 ? Se gardant bien de porter un jugement sur sa sacro-sainte discographie, le film se contente de nous révéler que Cloclo fut la victime de sa propre pathologie : maniaque depuis l’enfance, il ne pouvait évidemment pas résister à l’impulsion de revisser une ampoule en prenant sa douche. Si ça c’est pas de la tragédie.
Spécialiste du film d’action bourrin parachuté dans cet univers de paillettes et de brushings terrifiants, Florent-Emilio Siri tente de sauver sa réputation à coup de plans-séquences aussi spectaculaires que gratuits, qui n’ont d’autre but que d’alerter le spectateur sur sa virtuosité et confirment la vacuité absolue de son style, qui se limite à assembler des montage séquences sur les chansons appropriées : Cloclo a 17 ans ? 17 ans ! On est en 1962 ? Cette année-là ! Cloclo est mal aimé ? Le mal aimé ! (Sans doute conscient que Comme d’habitude est le seul morceau potable à sa disposition, il nous l’inflige pas moins de 4 fois.) Si Jérémie Rénier parvient à s’extraire de ce guet-apens avec sa dignité, on ne peut pas en dire autant de Benoît Magimel, qui a planqué trois polochons sous sa chemise et s’est collé la perruque des LFMAO sur la tête pour jouer le producteur Paul Lederman. Nul doute que Benoît avait en tête le Sean Penn frisoté de Carlito’s Way, mais avec son allure grotesque et son accent pied-noir tout droit sorti du Bébête Show, il semble plutôt mûr pour jouer le mari de Michèle Laroque dans Comme t’y es belle 2: Retour au Normandy.
5. J. Edgar
Fascinant comme mon opinion sur le dernier film-mausolée de Clint Eastwood n’a pas évolué d’un iota entre la vision de la bande annonce (2 minutes 29) et celle du film lui-même (137 minutes).
4. The Iron Lady
Après Claude François par le réalisateur de L’ennemi intime, Margaret Thatcher par la réalisatrice de Mamma Mia ! Ceux qui ont vu ne serait-ce qu’une séquence de Mamma Mia savent que que Phyllida Lloyd est sans nul doute l’une des réalisatrices les plus incompétentes de l’histoire du cinéma. Peu lui importe la dramaturgie, le découpage, le cadre, la lumière ou le montage pourvu qu’elle ait Meryl Streep et l’inimitable répertoire d’ABBA/l’inimitable parcours de Maggie Thatcher. De même que les chansons du groupe suédois étaient alignées indifféremment sans notion de cohérence dramatique ou thématique dans Mamma Mia, la vie de Thatcher est passée au mixeur de Madame Lloyd, qui n’en a retenu que deux éléments clés :
- C’est une femme
- Elle a été premier ministre
C’est peu dire que la politique n’intéresse pas Madame Lloyd et qu’elle n’a aucun point de vue sur le sujet. D’ailleurs, pourquoi s’emmerder avec la politique d’une des figures les plus controversées du XXème siècle quand on peut faire un film sur une vieille dame atteinte d’Alzheimer qui court partout dans sa maison après son mari fantôme ? Avouez que c’est quand même beaucoup plus intéressant. Tombée au champ d’honneur, l’artiste délicate qui composa jadis avec une infinie précision des figures aussi indélébiles que Joanna Kramer, Karen Silkwood ou Susan Orlean, remplacée ici par un créature adepte du kabuki, qui a désormais tout d’une entertaineuse de Vegas et plus grand chose d’une actrice. Amen.
Le Top 3 au prochain épisode ! Bonne année !
La France se fait chier. Éternellement insatisfaite, elle ne cesse d’évoquer avec nostalgie un ancien président abhorré mais qui avait le mérite de la faire palpiter tandis qu’elle se liquéfie chaque jour un peu plus devant la mollesse de celui qu’elle s’est choisie pour lui succéder. Vieille rombière au passé tumultueux, la France cherche à se divertir mais à moindres frais. Tous les moyens sont bons pour oublier un moment son petit train-train pas même bousculé par une crise tiède qui n’a pas le panache de vider ses étals de supermarchés. La récente décision de Gérard Depardieu de prendre la nationalité belge et les réactions qui s’en sont suivies auront donc eu le mérite de sortir les français de leur langueur quotidienne et les rassembler sur les bancs de leur arène préférée: celle de la polarisation express.
D’un coté, Gérard Depardieu, acteur talentueux qu’on ne présente plus tant il est devenu, par la gauloiserie de sa filmographie et de ses moeurs alimentaires, le symbole de notre patrie à l’étranger. Gégé veut prendre la nationalité belge mais – voilà – les français, dont Jean-Marc Ayrault, sont des spectateurs assidus de «Capital» et ils savent que le système fiscal belge est beaucoup plus clément vis à vis des grosses fortunes que ne l’est son équivalent français. Les commentaires rageurs ne tardent donc pas à pleuvoir sur Cyrano qui en a vu d’autres et qui décide de rosser ses adversaires. Dans une lettre un peu brouillon, il s’en prend légitimement à Mr Ayrault qui avait qualifié sa décision d’ «assez minable», invoque des raisons «nombreuses et intimes» à sa volonté de partir, clame son amour pour la France et demande que sa décision soit respectée à défaut d’être approuvée.
Jusqu’ici, j’ai envie de dire qu’il n’y a rien de choquant : Gérard Depardieu prend une décision qui ne regarde que lui et que n’interdit aucune loi. Le fait d’émigrer est une action toujours motivée par la perspective d’une herbe plus verte ailleurs et ce, depuis que l’homme est anthropologiquement capable de faire son baluchon. Pourquoi, sous prétexte de sa célébrité et de son extrême richesse, un individu devrait soumettre à référundum national la moindre de ses actions? Tout ce tapage traduit un spectaculaire processus de mélenchonisation des esprits : instaurer une police de la pensée chargée de faire respecter la vertu citoyenne, traquer les exilés fiscaux et ceux qui pourraient être tentés de se faire la malle, leur faire les poches, les déchoir de leur nationalité, les envoyer en prison pour haute trahison…autant de conceptions charmantes jugées encore un peu excessives dans les cercles gouvernants mais qui imprègnent une frange de plus en plus grande du peuple de gauche.
La polémique aurait pu s’arrêter là si le comédien Philippe Torreton n’avait décidé de prendre sa plume pour accabler le félon Depardieu. Acteur de talent mais personnalité agaçante comme le sont toutes celles pour lesquelles un artiste se doit autant d’être bruyamment de gauche qu’un pape ne se doit d’être catholique, Torreton s’est fendu d’une lettre acerbe adressée à son confrère qu’il publie dans Libé. Un passage de cette missive dans laquelle Torreton apostrophe Depardie m’a particulièrement frappé: «Mais, Gérard, pensais-tu qu’on allait approuver?» Je me demande ce que désigne ce «on» si redouté qu’on doive lui demander son approbation pour chacune de nos décisions personnelles? Mais bien sûr! Il s’agit des éternels, des magnifiques tribunaux révolutionnaires qui, hier encore, faisaient la gloire de Moscou et dont les impitoyables coups de marteaux retentissent aujourd’hui depuis Teheran! C’est l’avènement de ce genre d’ instances prétendument démocratiques qu’appellent de leurs voeux Philippe Torreton, Nathalie Artaud et Marine Le Pen dans des langues certes différentes.
Dans sa lettre, Capitaine Conan accuse Cyrano de ne penser qu’à sa gueule et il a très certainement raison. Mais penser à soi et aux siens avant de penser au reste de l’humanité est une tendance humaine (notez que je dis «humaine» et pas «naturelle»). Tant qu’une république de l’altruisme et du partage consenti ne se sera pas dressée, il est fort à parier que les individus dans leur écrasante majorité continueront de préférer le gris-pigeon au blanc-colombe pour leurs parures. Le droit à l’égoïsme doit être d’autant plus défendu lorsque c’est un populisme déguisé en vertu qui entend le mettre à mal.
Depardieu ne se relèvera probablement pas de cette histoire. Celui qui au fil des décennies s’est hissé au rang de roi des masses populaires, a fini par montrer une déconnexion totale avec celles-ci qui ne lui sera pas pardonnée. Mérite-t-il seulement ce pardon, cet apaisement? Rien n’est moins sûr car lorsqu’il se focalise sur ces 145 millions d’euros d’impôts payés sur toute une vie, il oublie un peu vite que le système français de financement du cinéma et de redistribution des recettes est unique au monde par sa prodigalité. C’est ce modèle étatique de ponction et de redistribution par le CNC qui permet à la fois de soutenir les petits films et de financer les grosses machines qui peuvent, dans ces conditions exceptionnelles, payer les salaires colossaux des superstars de la trempe de Gégé. Qu’il aille seulement voir à quelle hauteur sont rémunérés les vedettes des cinémas espagnol, italien, allemand ou hollandais…il comprendra peut-être que la France exige certes beaucoup de lui, mais qu’elle fut et qu’elle reste incomparablement généreuse à son égard.
Chers pourvoyeurs d’information,
Je viens de finir la lecture de l’article de Delphine de Mallevoüe censé rendre compte des manifs pro-Mariage Pour Tous du Dimanche 16 Décembre. Je n’ai jamais rien lu d’aussi rance de ma vie émanant d’un journal de l’importance du vôtre, en France. Vous me direz, je ne lis pas Minute ou Présent, donc je n’ai pas vraiment de point de comparaison, mais j’irai m’en informer dans les plus brefs délais, histoire de pouvoir trouver de quoi remplir l’espace entre la fange et l’article en question. L’espace étant en l’occurrence très étroit, j’ai bien peur d’échouer.
Il me semble (mais vous voudrez bien m’arrêter si je me trompe), que le journalisme, dans sa forme la plus pure, se doit de tendre à l’objectivité totale sur le sujet qu’il traite. C’est le contrat de confiance qu’un titre de l’importance et du supposé sérieux du vôtre signe avec ses lecteurs. Le Figaro est un quotidien d’information, ce qu’il offre donc à ses lecteurs, c’est de l’information, pas la vision personnelle d’une journaliste visiblement et ouvertement biaisée. Ou alors, on appelle ça un édito, un billet d’humeur, ou un essai. Pas de l’information.
Les rapports que Delphine de Mallevoüe semble entretenir avec quelques groupes anti-Mariage pour tous, d’abord, m’interrogent sur l’objectivité du journaliste face au sujet. Mais je vais me faire l’avocat du diable et partir du principe que les likes sur son profil Facebook de médias et d’associations ayant ouvertement combattu le projet de loi dont il est question aujourd’hui ne sont, au mieux, que des likes destinés à de l’investigation sur l’avis général des opposants, au pire, une coïncidence malheureuse*. Je n’ai effectivement pas l’audace de penser que vous donneriez tribune libre à une enragée de l’anti-"mariage gay" pour traiter ce sujet de manière objective.
Ensuite, comme soulevé par plusieurs commentateurs éclairés de votre site, les manipulations dont votre journaliste use pour conforter son postulat de départ (faux, finalement), est assez incroyable. Commencer par comparer les chiffres des manifestations anti ayant eu lieu sur toute la France à une unique (celle de Paris) Alors que tant d’autres se sont aussi tenues ce week-end (Marseille, Lyon, Nantes, et plusieurs autres grandes villes). Vous conviendrez que pour rester objectif, le bon sens admet de comparer ce qui est comparable.
Je passerai sur les raccourcis ("les jeunes "de gauche", "la sono hurlante" (Là encore, un avis subjectif, puisque de celui de beaucoup de manifestants présents, l’ambiance était assez calme)) dont votre journaliste truffe son papier, pour finir par m’arrêter sur le dernier paragraphe, celui ou Mme Mallevoüe cite un enfant de famille homoparentale, accompagnant ses mamans à la manifestation. C’est de loin la manoeuvre la plus ignoble de cet article (vous excuserez la violence du mot employé, mais je n’ai rien trouvé d’autre pour la qualifier). Réduire l’avis de tous les enfants présents à la manif par celui-ci, tout en n’ayant visiblement pas pris la peine d’aller demander à tous les enfants trainés par leurs parents anti-mariage aux manifestations de Novembre dernier si eux aussi étaient contents de passer leur dimanche dans le froid, fait preuve d’un biais hallucinant. Et puis résumer et statuer de toute la question de l’homoparentalité et du mariage pour tous en s’appuyant sur le seul témoignage d’un enfant de 7 ans (7 ANS) donne bien évidemment à cet article toute la caution de sérieux et de professionalisme qu’il mérite.
Ce papier est donc, dans sa globalité comme dans ces détails, une aberration journalistique indigne d’un quotidien comme le vôtre. Je ne partage pas les opinions générales de votre rédaction, mais n’ai jamais lu quelque chose d’aussi abject dans vos pages. Je trouve ce genre de sortie de route inadmissible.
Cordialement,
L’Arabe de C’est La Gêne
PS : Pour finir, je vous laisse le lien vers un article de vos confrères de Direct Matin, qui, eux, font état de 100 000 manifestants tout se payant le luxe d’être beaucoup plus objectifs que votre journaliste.
http://www.directmatin.fr/france/2012-12-17/100-000-manifestants-pour-le-mariage-pour-tous-293659
* : Nous n’avons pas mis de lien vers le profil Facebook de Mme Mallevoüe dans un souci de protection de sa vie privée, même si ce profil est accessible à tous. (MàJ: Depuis, Mme de Mallevoüe a supprimé tous les liens avec les différents groupes dont je parle dans l’article (RCF, Famille Chrétienne et l’Association Saint-Vincent de Paul))
















