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La charge du bon coup

02/09/2010
par L'Arabe

Ce billet, avec son titre aguicheur, est spécial. Pas parce que je l’écris à moitié nu, allongé sur une peau de bête, devant l’âtre brûlant d’une cheminée en marbre. Non. Je n’ai pas de cheminée, et je suis tout habillé. Ce billet est spécial parce que c’est le 400 ème article publié sur C’est La Gêne… Putain… 400 articles depuis ce premier cri, en forme de sarcasme. Alors j’aurais pu me contenter d’un demi billet à l’auto-congratulation crasse, en faisant un mini pot-pourri genre épisode foireux de sitcom où, pour cause de vacances scolaires, les scénaristes concoctent une histoire où leurs personnages vont passer leur temps à se souvenir d’épisodes précédents. J’aurais pu profiter de cette chance pour me contenter d’un truc paresseux sur 20 lignes, bien heureux de laisser à mes comparses la lourde responsabilité de parler de quelque chose d’intéressant. Et puis je me suis dit que non. Parce que j’suis pas un pute (oui, oui, « un pute », au masculin).

J’aurais pu me fendre d’un article musical de plus pour vous dire tout le bien que je pense de Dead Man’s Bones, le projet musical du génialissime Ryan Gosling (Le Pédé devrait être en train de commencer à lever l’oreille), et de leur titre hypnotique répondant au doux nom de Pa Pa Power, qui est accompagné d’un bijou de clip complètement hallucinant et hallucinogène de 13 minutes. Mais je ne le ferai pas, parce que c’est la rentrée, et qu’il paraît que l’année sera faite de ce que ces premiers jours seront faits… Alors pour éviter qu’elle ne soit que cinéma français pourris et lapidations d’iraniennes, je vais renverser la vapeur et vous parler de cul. Comme ça, avec un peu de chance vous allez tous baiser comme des fous les uns avec les autres tout au long de cette glorieuse et fantastique saison 2010-2011.

Je suis un bon coup. Ou du moins, j’aime à le croire. Il y aura bien une ou deux exs, par-ci par là qui affirmeront le contraire, mais il ne faut pas les écouter, elles disent ça parce qu’elles sont en colère.

Plus sérieusement, Who am I kidding? J’ai beau me le répéter, faire de l’auto-persuasion, comme tous les garçons sur cette Terre, j’aborde chaque nouveau coït comme un entretien d’embauche dans un cabinet d’audit en industrie lourde.

Parce que comme tous les hommes, j’ai la « charge du bon coup ». Ce qui entraîne ce genre d’articles à gerber, où nous sommes transformés en bêtes de foire. La responsabilité de la réussite ou non de l’acte de sexuel repose systématiquement sur l’homme. Parce que l’on parle performance, longueur, éjaculation précoce, troubles érectiles, les remèdes sont partout. Du Viagra à la Dapoxetine, en passant par le « Enlarge Your Penis » email, les solutions sont parfois foireuses, souvent compliquées, jamais vraiment efficaces. Et cette course à la durée, à la dureté, on se lance dedans parce qu’il est tellement simple pour vous toutes de nous achever d’un simple « Richard, il est beau, hein, mais c’est vraiment un sale coup ». La dictature du bon coup est telle que vous entendrez tout le temps parler d’un mec de cette façon. Rarement d’une fille. Ou alors si, par deux décérébrés dont le seul argument sera « Jacqueline, c’est vraiment un sale coup, elle avale pas ». Pour notre société, le mauvais coup féminin n’est fait que de refus de positions plus ou moins pornographisantes. Celui de l’homme est total, il transcende la simple frilosité face à une certaine forme de l’acte et englobe le coït dans sa totalité.

Est-ce parce que, dans une grande majorité des cas, l’homme arrive au climax, et donc, qu’à partir de ce moment là, on lui enlève toute velléité de vouloir plus, de ne pas se contenter d’une éjaculation? Parce que finalement, à part d’accepter de coucher avec un homme, une femme n’a pas vraiment d’autres obligations. Et pourtant. Et pourtant les mauvais coups existent aussi chez les femmes.

Je fais aujourd’hui entendre ma voix pour que l’hypocrisie cesse, et qu’on arrête de casser les couilles aux bandent-mou avec des « c’est pas grave, ça arrive à tout le monde » et aux précoces à coups de « Ca ira mieux la prochaine fois ». Chers mesdames, vos airs condescendants ne nous rassurent pas, ils nous stigmatisent. Mais c’est surtout parce que cette tare n’a rien à voir avec la possession, ou non, d’un pénis, et que l’on a l’impression d’être les seuls montrés du doigt. Attention, je ne parle pas ici d’incompatibilité sexuelle. L’étendue des échecs sexuels auxquels je me réfère dépassent le simple « ça « fittait » pas entre nous ». On ne parle pas ici de tiédeur et de bof. On parle de catastrophes. De carambolages atroces. On parle de foirages dans des proportions cataclysmiques…

Je vous parle de Natacha, pour qui l’acte sexuel se limite à faire l’étoile comme Brenda dans Le Coeur A Ses Raisons. Je vous parle de Suzanne, qui a le sens du rythme d’une huître et avec qui la blagounette « si tu avances quand je recule… » prend tout son sens. Je vous parle de Martine, qui est persuadée que mordiller pendant une fellation, c’est exotique et excitant. I’ve got news for you ma chérie: ce n’est pas exotique, ce n’est pas excitant, c’est juste douloureux. Je parle de vous, les molles, les rechigneuses, les cérébrales, les chouineuses, les rabat-joie. Je parle de vous, les mauvais coups avec des seins et un utérus.

Dans la presse féminine, c’est la surenchère « Comment apprendre à votre mec à vous faire un cunnilingus », « les préliminaires, c’est important », « Comment gérer un éjaculateur précoce? ». Et nous, mecs, on ne dit rien, et on vous laisse analyser nos lacunes comme il vous plaît. Maintenant, j’aimerais savoir comment la gent féminine réagirait si FHM (sic) titrait « Comment dire à votre copine qu’elle suce mal? », « Mettez-y les doigts » ou encore « Elle est frigide, now what? ». Parce que c’est là qu’est la seule tare de la sexualité féminine. La femme frigide. Elle est rare, elle a un problème, et c’est la seule. Et ce n’est pas de sa faute. Nous si. Nous il faut que l’on travaille sur nos problèmes, qu’on se bousille le cortex à essayer d’y trouver des explications psychologiques ou physiques, à grand renforts de rendez-vous chez le sexologue honteux, de molécules chimiques ou de se forcer à penser à sa grand-mère pendant l’acte.

On serait sûrement de meilleurs amants si nous n’étions pas pétrifiés à l’idée que la moindre de nos erreur puisse nous envoyer directement à la case « mauvais coup ». Sauf cas extrême, je reste persuadé que chaque homme a en lui les capacités de devenir un étalon. Peut-être suffirait-il de lâcher un peu la bride… Pour que passer la nuit avec vous ne se transforme pas en une sorte d’examen de fin d’année, ne peut-on pas juste vous aimer. Tout simplement?

On va faire ça, hein, mesdames, et vous nous en remercierez.

Bisous.

De grâce, n’enfonçons pas Sakineh!

01/09/2010

Depuis quelques semaines, pour tous ceux qui lisent régulièrement les journaux, le visage triste de Sakineh Mohammadi Ashtiani est devenu étrangement familier. Sakineh est une Iranienne de 43 ans, mère de deux enfants, et condamnée à mourir lapidée par la justice de son pays. Celle qui attend dans le couloir de la mort est accusée d’avoir commis l’adultère et d’être complice de son amant dans l’assassinat de son mari. Le verdict a été prononcé peu de temps après des aveux de la prévenue qui, selon de nombreuses sources, ont été soutirés sous la torture. Aujourd’hui tous ceux qui soutiennent la jeune femme sont pendus à la décision de la justice iranienne de réexaminer le verdict rendu.

En France, trois publications de premier plan-Libération, Elle et La Règle du jeu- ont décidé de s’associer pour tenter de sauver Sakineh en publiant des lettres d’artistes, de politiques et d’intellectuels réclamant l’annulation de la peine prononcée. Ainsi Le but pratique de l’opération est de provoquer une vague de sympathie dans l’opinion publique occidentale-puis mondiale-afin d’infléchir, par la voie diplomatique, la position de la justice iranienne et de ses représentants. À cet égard, certaines lettres publiées s’adressent directement à Mahmoud Ahmadinejad. Le deuxième objectif, d’une nature plus symbolique, est de montrer à la jeune femme, probablement incarcérée dans des conditions ignobles, qu’elle n’est pas seule et que la France entière est avec elle.

Mettons-nous de suite d’accord: la démarche est louable et s’avèrera peut-être même payante; l’Iran, quoiqu’en disent ses leaders actuels, est soucieux de ménager l’image que peuvent se faire de lui les autres nations. Il ne serait d’ailleurs pas étonnant d’apprendre dans les semaines qui viennent, que la République Islamique, dans sa grande miséricorde, a commué la peine de mort en peine de prison à vie pour Sakineh. Cette opération de com’ permettrait au régime des mollahs de se refaire une santé dans l’opinion mondiale à moindres frais et de pouvoir ainsi ne rien lâcher sur le dossier du nucléaire.

Non, ce qui me gêne dans cette initiative ne réside pas dans les fins poursuivies par le front pro-Sakineh-qui sont évidemment respectables-mais bien dans les moyens employés. Si l’on veut en imposer aux autorités iraniennes, nous avons intérêt à faire appel à des personnalités unanimement respectées dont la stature pèsera sur l’opinion de ce pays. Si nous voulons que le message ait un vrai retentissement, nous devons faire l’effort d’adapter notre discours à l’interlocuteur. Et c’est là que le bât blesse…qui a-t-on appelé pour convaincre l’Ayatollah Khamenei et ses sbires d’épargner la vie de Sakineh?

Badinter? Simone Veil?

Non. Les lettres de soutien ont jusqu’à présent été signées par, entre autres, Ariane Ascaride (que personne ne connaît en dehors du quartier du Panier à Marseille); Charlotte Gainsbourg (qui vient de tourner dans le peu approprié Antichrist); Jane Birkin (qui n’est pas meilleure à l’écrit), Ségolène Royal et Carla Bruni Sarkozy. L’implication du magazine Elle semble orienter l’opération sur le seul terrain féministe mais est-ce vraiment rendre service à la prévenue iranienne que de l’associer à Carla Bruni, qui incarne la femme occidentale dans ce qu’elle a de plus grotesquement terrifiant? Carla, l’ex top model arriviste et rinhoplastié qui a toujours pleinement assumé sa réputation de « mante religieuse », ne va-t-elle pas en dépit de ses nobles motifs, enfoncer un peu plus Sakineh en faisant le jeu de ses accusateurs et en lui imposant une complicité de principe? Le quotidien ultra-conservateur iranien Kayhan vient de s’engouffrer dans la brèche en insultant l’épouse du Président Sarkozy, la traitant au passage de « prostituée » dans un style ordurier dont il est apparemment coutumier. Même si la position de ce journal ne reflète pas l’ensemble de l’opinion iranienne (des voix au gouvernement se sont fait entendre en Iran pour condamner les propos de Kayhan), elle traduit néanmoins un décalage évident entre ceux qui parlent (nous) et ceux qui écoutent (eux). Notre conception de la femme libre, accomplie et indépendante n’est pas la même que la leur; quelles seront les prochaines lettres publiées par Libé? Orlan? Catherine Millet? Loana?

Si nous voulons convaincre les autorités de desserrer leur étau autour de Sakineh, il faut d’abord toucher le peuple iranien pour qu’il pèse de tout son poids sur les décisions que son gouvernement prendra. Mais surtout, n’oublions pas que l’Iran ne se résume pas à Teheran et ses élites, mais bien à toutes ses composantes (et notamment les populations des campagnes, conservatrices et pauvres, qui continuent à plébisciter le régime, en dépit de ce que veulent faire croire les médias occidentaux).

Alors, par pitié, choisissons mieux nos émissaires pour plaider la cause de cette pauvre femme. Le capitaine Dreyfus a eu Zola pour  le défendre. Sakineh Mohammadi Ashtiani n’aura-t-elle d’autre défense que celle de Carla Bruni?

Des nouvelles du cinéma français.

31/08/2010

Avant d’entrer de plain-pied dans la grisaille suicidaire du mois de Septembre, il est temps de se demander comment se porte notre ami de toujours, le Cinéma Français.

Mal, car comme son nom l’indique, le cinéma français est français, ce qui, dans le domaine des arts, a cessé d’être une bénédiction vers la fin du XIXe siècle. Etat des lieux.

Il est temps d’arrêter avec Ludivine Sagnier.


Bien sûr, je comprends fort bien que damoiselle Sagnier fasse mouiller les slips pas propres de mes confrères hétéros. Mais est-ce une raison suffisante pour que les cinéastes de notre fière nation s’obstinent à la faire tourner ? Parce que, soyons honnête, son talent -qui n’a jamais été bien fameux- décroit dangereusement d’années en années. Lolita perverse convaincante dans ses deux premiers Ozon (Gouttes d’eau et 8 Femmes), son numéro tout en minauderies calculées commençait déjà à sentir le renfermé dans le 3ème (Swimming Pool). A peu près crédible dans La Petite Lili, elle était d’une imprécision consternante dans Un Secret, parvenant en faire à la fois trop ET pas assez, et jetant aux orties la scène pivot du film, potentiellement monumentale (à sa décharge, tout le film est un désastre). Elle a par la suite réussit l’exploit d’exaspérer à chacune de ses apparitions -notamment en moins de dix minutes dans Paris, je t’aime- à tel point que sa mort prématurée dans Les Chanson d’Amour arrivait comme une bénédiction.

Et voilà qu’Alain Corneau - largué depuis une bonne vingtaine d’années décédé hier (RIP) – a eu l’idée de la mettre en vedette de son ultime fausse couche, le thriller Crime d’amour, dans lequel elle incarne supposément une businesswoman complexée derrière laquelle pourrait bien se cacher une mante religieuse. Comme on pouvait s’y attendre, Ludivine y échoue à tous les niveaux: trop ostensiblement séductrice et absorbée par son propre physique pour composer une souris d’entreprise crédible -et QUI accepterait de croire qu’une fille qui n’a pas l’air de savoir compter sur ses doigts est capable de lire une charte graphique?- elle est sidérante de ridicule dans sa transformation finale en femme fatale, déambulant dans les couloirs de bureau telle Beyoncé sur scène au Madison Square Garden, et usant de mimiques -yeux plissés et bouche en coeur- que même Gloria Swanson aurait trouvées over the top.

Il me semble donc grand temps d’arrêter de nous faire passer cette pintade pour une actrice, et de la notifier de son licenciement du cinéma avec effet immédiat.

Depardieu déboîte Binoche.


Le gros Gégé a beau invariablement décevoir au cinéma ces dernières années (décennies?), il est encore bel et bien capable d’amuser en interview. Sa dernière frasque: insulter violemment la prima donna du Festival de Cannes, Juliette Binoche.

« Dites-moi quel est le secret de Juliette Binoche? Je me demande pourquoi elle est si respectée depuis tant d’années. Elle n’a rien. Absolument rien! Isabelle Adjani, elle, est géniale même si elle est complètement perdue. Ou bien Fanny Ardant, elle est grandiose, extrêmement impressionnante! Mais Binoche? Qu’a-t-elle jamais eu pour elle? ».

Et attention, cerise sur le gâteau:

« Carax a eu besoin de six ans pour tourner son film avec Binoche, qui à la fin n’était pas un film, mais juste un morceau de merde ».

Magistral! Je suppose qu’un grief personnel se cache derrière ce déferlement de haine, mais peu importe, tout cela est trop jouissif pour être ignoré. D’autant plus que, je dois l’avouer, je suis à moitié d’accord avec Gégé. Car si je n’irais pas jusqu’à dire que Binoche n’a rien -son physique de madonne d’une part, le fait d’être une plutôt bonne actrice de l’autre- j’avoue avoir souvent été déconcerté par sa réputation éclatante. Un Oscar, un César, des prix d’interprétation à Cannes, Venise et Berlin; une avalanche de louanges qui m’a toujours semblée excessive pour cette actrice certes talentueuse, mais à des années lumières de comédiennes de génie qui n’ont jamais eu un quart de la reconnaissance délirante dont Binoche jouit depuis ses débuts.

Vincent Cassel est « incontournable ».


C’est lui même qui le dit. Comme si sa vanité n’éclaboussait pas assez l’écran à chacune de ses PERFORMANCES, le plus grand cabot du cinéma français s’est lui-même déclaré « incontournable » lors de la promotion de Mesrine aux USA.

« Quand même, avec Mesrine, je suis devenu un peu incontournable. Je sens que j’ai pris une sorte de respectabilité, de poids. »

On savait que Vincent bandait dur pour lui-même, mais il serait quand même bon de faire attention, parce qu’à ce train-là il risque de s’éjaculer dans l’oeil. Oui Vincent, tu es incontournable, mais dans le plus mauvais sens du terme. Alors deux options: soit tu arrêtes de te prendre pour Robert De Niro et tout va bien se passer, soit tu fous le camp. Et sois mignon, emmène ta grosse bouffeuse de cannelloni avec toi.

TOUS AUX ABRIS ! GILLES LELLOUCHE EST PARTOUT !

Depuis quand Gilles Lellouche, le spécialiste des rôles de grand idiot débonnaire, s’est-il transformé en Gordon Gekko version Felix Potin ? Et surtout, quelle est cette atrocité ? Par quel prodige les concepteurs de cette bande annonce ont-ils réussi à faire tenir autant de beauferie crasse en seulement 1 minute 28? Tout y est, des vistas touristiques de New York aux dialogues incroyablement béotiens (Achetez! Vendez! 300 millions! Non, 500 millions! Non, douze milliards! Le bâtard!), avec des acteurs aussi à l’aise que Catherine Deneuve sur un skate-board (sérieusement, dans quelle réalité parallèle ce gros paysan de Michael Madsen est-il un trader ?), et même le derrière de Vahina Giocante. De quoi faire rêver tous les amateurs de tuning de France et de Navarre.

Et pour encore plus de Gilles Lellouche, sachez que celui-ci sera également  l’affiche des Petits mouchoirs, le nouveau chef d’oeuvre du grand réalisateur césarisé Guillaume Canet, dont vous pouvez voir l’affiche un peu partout dans Paris sur les colonnes Morris. Mais si, vous savez bien, c’est la même que celle de Mystic River, mais en jaune.

Le salut se nomme François Ozon

Le Salut se nomme François Ozon.

J’ai suffisamment raillé les techniques de promotion des distributeurs français pour m’incliner devant une campagne réussie, et je dois avouer que les pré-affiches de Potiche, qui décorent à peu près tous les angles de la capitale, sont un coup brillantissime.

Il faut avant tout reconnaitre qu’indépendamment de leur qualité (variable, forcément), les films de François Ozon font toujours envie, soit pour leur casting, soit pour leur concept, soit pour leur design. Et c’est encore une fois le cas avec Potiche.

Tout fonctionne. Distribution royale, couleurs pétantes qui accrochent l’oeil, design simplissime mais ultra-reconaissable, poses hilarantes (mention spéciale à la face de Claude François de Jeremie Renier), costumes et coiffures retro qui installent l’ambiance du film, et cette idée géniale des papiers sur la tête qui semble annoncer un renversement des rôles distribués par la société, et achève de donner envie d’en savoir plus.

En résumé, tout cela me donnerait presque envie d’aimer Judith Godrèche, ce qui sans aucun doute est le plus beau compliment que je puisse faire à Monsieur Ozon et aux concepteurs de ces affiches teaser. Alors merci François Ozon, merci de mettre un peu de couleur dans le cinéma français et de nous laisser entrevoir que non, tout n’est peut-être pas perdu.

Merci Michel.

30/08/2010

Cette rentrée s’annonce gratinée.

Ce qui est bien avec Sardou, c’est que ça se passe de commentaires. Ou pas ?

La Rentrée sur C’est La Gêne!

30/08/2010

C’est demain!

Alors faites comme Al Pacino: poussez le brushing Cindy Lauper à en faire cramer le fer à friser, faites vous peindre la face en orange, ramassez une pute sur Santa Monica Boulevard, et n’oubliez pas votre dentier, parce que ça va déménager sévère!

Alain Minc, tu sens très très mauvais des fesses

27/08/2010
par La Meuf

Comme vous le savez, il n’est pas dans mes habitudes de prendre la défense du Pape. Par principe, il me dérange.

Mais lorsque je lis que ce gnome d’Alain Minc se permet de lui nier le droit de s’exprimer sur les Roms, en tant qu’« héritier » de l’histoire allemande, j’ai juste envie de pleurer. Pleurer de honte. Honte, parce qu’Alain Minc s’exprime en tant que Français et en tant que « conseiller officieux » du Président français lorsqu’il dit à la radio : « J’ai envie d’exploser un peu. Ce pape allemand ? Parler comme il a parlé ? En français ? », « On peut discuter [de] ce que l’on veut sur l’affaire des Roms, mais pas un pape allemand », « Jean-Paul II peut-être, pas lui » (trop aimable, vraiment). Enfin, il a ajouté, pour justifier son vomi, que « son insensibilité qu’on a mesurée quand il a réinstallé un évêque révisionniste, son insensibilité à l’Histoire, dont il est comme tous les Allemands un héritier, non pas un coupable mais un héritier » devrait lui interdire la parole. Enfin, la parole sur ce genre de sujets bien sûr, parce que si Benoît XVI souhaite parler de légumes, de prix de l’immobilier ou encore de préservatifs, pas de problème, ça ne dérange pas cette andouille. Dites-moi que je rêve.

Comment peut-on oser, en 2010 de surcroît, proférer des propos si indignes de notre pays (soi-disant patrie des droits de l’homme), si indignes d’un homme éduqué. Un connard, certes, mais un homme éduqué.

Si un Allemand, pape ou pas, ne peut pas s’exprimer sur toute question touchant aux droits de l’homme parce qu’il est héritier de l’histoire et donc de l’Allemagne nazie, qui a le droit de s’exprimer ?

Un Français, lui-même héritier de Vichy ? Un Russe, héritier des goulags, un Polonais, héritier du ghetto de Varsovie, un Autrichien, compatriote d’Hitler, un Américain, héritier de la ségrégation, un Anglais, héritier du colonialisme, un Afghan, compatriote des Talibans, un Chilien, héritier de Pinochet, un Japonais, héritier de l’expansionnisme militaire, les Roumains, héritiers de Ceausescu ? Qui peut donc s’exprimer aujourd’hui selon Monsieur Minc ?

Les Suisses peut-être, la Costaricains sans doute, mais surtout lui certainement, et notre Président, le grand humaniste. Ces deux derniers ont semble-t-il le droit de s’exprimer et de dire ce que bon leur semble, au risque de cracher sur les valeurs si chères à notre pays, sur des valeurs qui ont justement permis la réconciliation avec l’« ennemi historique » à qui des hommes de paix ont tendu la main pour créer l’Europe.

La France et les Français ne font-ils pas partie de ceux qui devraient s’abstenir de juger les allemands, quand certains de leurs ancêtres ont été si heureux de servir ce même ennemi historique le 16 juillet 1942 ?

Quelle sorte d’individu peut tenir de tels propos aujourd’hui ? Quelle sorte d’individu ose se réserver le droit de servir ses propres intérêts et ceux de son Despote Président au détriment de 60 ans d’histoire ? De 60 ans de construction européenne, de construction de la paix entre les peuples, de 60 ans de réconciliation et d’amitié. Est-ce que la France, héritière de Vichy, si l’on suit la logique de ce têtard, peut justement se permettre de donner ce genre de leçons à sa voisine ? Surtout lorsque sa voisine fait preuve d’une telle humilité depuis 60 ans, présente ses excuses depuis 60 ans, ne cesse de prendre le parti d’Israël depuis 60 ans. Qui n’a pas vu ou entendu parler des larmes d’Angela Merkel à la Knesset ? Est-ce que les Allemands doivent être tenus pour responsables jusqu’à la 182e génération sous prétexte que l’Holocauste est un des pires crimes de l’histoire ? Apparemment oui, selon Alain Minc.

Enfin, si je ne reconnais pas à des baraques à frites comme Roger Hanin le droit de pardonner à l’Allemagne nazie des crimes dont sa famille et lui-même n’ont pas eu à souffrir, je ne vois pas au nom de quoi Alain Minc, quelle que soit son histoire personnelle – et elle ne m’intéresse pas – serait en droit d’instrumentaliser l’histoire et ses victimes de la sorte, en interdisant à un Allemand de parler de droits de l’homme.

Qu’il s’en prenne au pape, ça le regarde, mais au pape en tant qu’Allemand, ça me donne des envies de contumace. Ou du moins, de retrait de nationalité, tiens, pour rester dans le thème. Et encore, je reste polie.

Résignation, flegme, oppression ou lobotomie ?

26/08/2010

Je ne connais pas bien les Chinois. Je suis allée une fois à Pékin, 5 jours, et les seules choses que je puisse dire des habitants de la capitale, c’est qu’ils mangent des choses très suspectes, qu’ils ne les mangent pas très proprement, que certains sont très surpris de croiser des occidentaux, au point de nous montrer du doigt et de se moquer violemment de nos physiques à quelques centimètres de nous (ma collègue et moi avions pourtant des tenues tout à fait respectables et aucun problème capilaire notable susceptible de justifier de telles railleries), qu’ils essaient d’arnaquer les touristes, qu’ils pratiquent peu les langues étrangères et enfin qu’ils ne crachent pas tant qu’on le dit. Mais c’est peut-être aussi parce que nous étions à un mois des Jeux Olympiques et qu’ils avaient reçu des consignes très strictes à cet égard (en public, tu ne cracheras point, sous peine de pendaison immédiate).

On parle souvent des vieux sages chinois, un peu comme le monsieur à barbe longue sur les cartes du jeu de société, les Mystères de Pékin. Je n’ai rencontré personne qui lui ressemble, mais en se promenant dans les parcs, on croise effectivement des hommes et des femmes d’un certain âge, faisant des exercices, seuls, à l’aube, ou chantant assis sur des bancs. D’autres écrivent sur le sol avec un pinceau géant qu’ils imbibent d’eau. A peine arrivés à la fin d’une ligne verticale, le début d’une autre a déjà commencé à s’effacer, et ils recommencent à côté, remplissant le sol d’une calligraphie chinoise intraduisible et incompréhensible, même pour notre guide chinois. Patients et persévérants, les vieux sages Chinois. 

Mais je n’avais pas remarqué que les Anglais et leur traditionnel flegme pouvaient aller se rhabiller à côté. J’ai en effet appris hier qu’un embouteillage de 100km avait bloqué une autoroute chinoise pendant dix jours. J’ai relu plusieurs fois cette information et j’ai vérifié sur différents sites pour m’en assurer. Dix jours. Dans un embouteillage. Comment ça se passe au niveau des nems ?!? 

Je ne sais pas si vous avez déjà été bloqué dans un embouteillage sur une autoroute, mais j’imagine que c’est arrivé à grand nombre d’entre vous, surtout ceux vivant en France. En ce qui me concerne, un vrai embouteillage sur une autoroute, ça m’est arrivé une fois. Il a duré plusieurs heures, je ne sais plus combien. Tout ce que je sais, c’est que j’ai vraiment failli abandonner la voiture et continuer à pied. Je ne savais pas combien de kilomètres il me restait à parcourir, ça n’avançait pas, ou très peu, je n’en voyais évidemment pas le bout, il faisait trente degrés dehors (et quarante dedans) et surtout, je n’avais aucun moyen, comme c’est le cas en ville, de tourner à gauche ou à droite, de m’échapper dans une ruelle, dans un couloir de bus, sur un trottoir, de tabasser le conducteur de la voiture de devant et de m’enfuir ensuite en marche arrière. Pendant plusieurs jours après cette épreuve intolérable, j’insultais quiconque m’adressais la parole. Bref, un embouteillage sur une autoroute est une lourde épreuve pour votre santé mentale, sachez-le.

Enfin, c’est ce que je pensais jusqu’à ce matin. Jusqu’à ce que je réalise la chance que nous avons. Non seulement on ne nous sert pas de sang de canard ou de brochettes de cafards pour nous sustenter, mais en plus, nos embouteillages ne durent jamais plus d’une journée, peut-être un peu plus si l’on traverse la France du Havre à Marseille un samedi 31 juillet à midi.

Mais 10 jours ??? 10 jours pendant lesquels les infortunés n’ont pas abandonné leur voiture mais ont joué aux échecs, ont socialisé (quand nous nous serions entre-tués), se sont nouri grâce à des vendeurs ambulants qui leur apportaient des pâtes sous-vides à des prix exorbitants. 

Imaginez une seconde un embouteillage qui durerait ne serait-ce que 2 jours en France. C’est la guerre civile dans l’instant. J’imagine les scènes d’insultes, de manifestations, d’injures, d’automutilation, les reproches au gouvernement qui ne fait rien et au Président qui se dore la pilule au Cap Nègre. C’est évident, l’armée aurait été dépêchée sur place et nous aurions encore été décrits comme des sauvages dans la presse étrangère. Les Chinois, eux, jouent aux cartes et mangent des pâtes, certes surveillés par la police, mais tout de même, une petite gueulante, juste pour le principe, non ? Non ? Bon, ok. 

D’un côté, je suis tentée de dire qu’ils ont raison, ils n’y peuvent rien, alors autant prendre les choses calmement, histoire de ne pas se faire un ulcère en prime. D’un autre côté, je sais que si j’étais à leur place, j’aurais abandonné la voiture, au risque de me faire lapider par les autres conducteurs, je me serais laissée dépérir, ou alors j’aurais simulé un accouchement, une péritonite ou un pétage de plomb folklorique pour qu’on vienne me chercher en helicoptère. Evidemment, c’est plus facile à dire pour une Française que pour un Chinois. Un Chinois qui protesterait ou blamerait le gouvernement pour son inaction serait sans doute condamné à mort dès son retour. En ce qui me concerne, j’aurais sûrement participé à la formation du collectif des pauvres-automobilistes-bloqués-sur-l’A6-pendant-dix-jours et à la mise à sac de l’Elysée à notre retour de captivité goudronnée.

Et si j’admire le flegme et le calme de ces chinois, j’ai tout de même envie de leur rappeler que ceci n’est pas un tsunami, ce n’est pas une catastrophe naturelle. Il y avait forcément quelque chose au bout de cette autoroute qui puisse expliquer cet embouteillage insensé, forcément un connard responsable de cet enfer et sur lequel ils auraient pu se défouler allègrement. J’ai cherché mais personne n’a publié de photo ou de vidéo des premières voitures de cet encombrement. C’est pourtant ce qui aurait été intéressant, non ? Pourquoi accepter comme une fatalité un enfer contingent ? Les Français sont peut-être les champions de la manifestation pour une omelette mal cuite comme me le disait le Pédé hier, mais bordel, 10 jours dans un embouteillage ! Et un embouteillage qui était censé durer un mois, de surcroît. Je vous en conjure, amis chinois, la prochaine fois, rebellez-vous, gueulez, accouchez, apendicitez, prenez les armes, mais ne passez pas un mois sur une autoroute à devoir souscrire un prêt pour acheter des pâtes dégueulasses et à vous remplir les poumons des gaz qui sortent de tous ces pots d’échappement pourris. La vie est courte, merde. Et quand vous serez prêts à mourir sur votre lit de mort (©rukya), avez-vous vraiment envie de vous dire que vous avez passé dix jours de votre vie dans un embouteillage ?

Lettre à Angelina.

20/08/2010

Hello Darling,

tandis que sort dans nos salles ton dernier film, Salt, tout le monde est d’accord pour reconnaître en toi la star féminine actuelle la plus célèbrée au monde. Depuis quelques années déjà, tu formes avec ton blondinet de mari le couple le plus photographié; chacun de vos faits et gestes sont passés au crible. Le monde entier s’extasie lorsque vous choisissez, Brad et toi, des prénoms improbables pour votre progéniture, puis s’offusque rapidement lorsqu’il apprend que vous vous empiffrez de chips et de yaourts, comme le commun des mortels.

En dépit de ta propension à ne choisir que des scénarios de séries Z d’action (on a l’impression que la seule question que tu te poses avant de choisir un film est de savoir si tu pourras tenir un gun, aspect rafraîchissant d’une star qui ne se prend pas au sérieux mais qui traduit tout de même un certain dogmatisme) tu gardes la confiance de tes admirateurs (les geeks qui se pignolent encore sur leur vieux poster jauni de Tomb Raider aussi bien qu’un certain nombre de cinéphiles qui voient en toi une Liz Taylor potentielle). Et pourtant, avant que la gigantesque statue à ton effigie ne soit achevée d’être érigée par tes fans, une question me taraude:

À quoi sers-tu, Angelina?

J’ai une carte UGC et je me fais tous les mois un devoir de l’amortir au maximum. En d’autres termes, cela signifie que je vais beaucoup au cinéma et qu’en plus, je vais pratiquement tout voir y compris les blockbusters hollywoodiens dont tu es la plus photogénique des ambassadrices. Pourtant, de mémoire de cinéphage, je n’ai vu que deux films aux génériques desquels tu figures: d’abord un thriller médiocre et parfaitement oubliable avec Olivier Martinez que mon ami Le Pédé (déjà fasciné par ton potentiel glamouresque et non pas motivé par la présence du bellâtre Martinez comme pourraient le laisser croire ses inclinations inverties) m’avait traîné et dont je retrouve à l’instant le titre indigent, Taking Lives. Quelques temps après, j’entrais dans la grande salle du défunt Grand Écran Italie, voir Alexandre, époque insouciante où je croyais qu’Oliver Stone était encore cinéaste. Tu interprétais Olympias, la mère éternellement jeune du déjà vieux Colin Farrell et tu devais, comme si cela ne suffisait pas, déclamer des répliques grotesques avec l’accent de Monsieur Prescovic. Et puis, c’est tout; je n’ai plus jamais rien vu avec toi (je ne compte pas Kung Fu Panda, film dans lequel tu fais de la figuration vocale).

Comment expliquer le fait de n’avoir jusqu’ici eu envie de voir ni Une Vie volée, pour lequel tu as reçu l’Oscar du meilleur second rôle pour ta composition de psychotique sexy, ni L’Échange du désormais sénile Clint Eastwood ou même Un Coeur invaincu, film dans lequel tu interprètes Marianne Pearl, l’épouse courageuse du journaliste Daniel Pearl, assassiné au Pakistan-autant de films sérieux dans lesquels tu garantis des prestations sérieuses? Et bien la réponse est simple: en dépit d’un physique stratosphérique et d’une présence incontestable (due en grande partie au physique stratosphérique susmentionné), tu ne m’intéresses guère.

Même si je représente le coeur de cible à destination duquel tu as été configurée (mâle, caucasien, hétéro, âgé de 20 ans au moment de la sortie de Tomb Raider), je n’ai jamais pu m’enthousiasmer pour toi dans une salle obscure. Dès que tu bouges à vitesse de 24 images par seconde, tu n’es plus belle: tes lèvres deviennent trop pulpeuses, ta poitrine est constamment sur le point d’exploser et le contraste entre la finesse de ta taille et le volume de ton fessier m’inquiète. Je me dis qu’à coté de toi, Jessica Rabbit a l’air d’une gentille fille un peu cruche et finalement trop humaine. Tu incarnes à ta façon la synthèse quintessenciée de tous les calendriers Hustler punaisés dans les vestiaires de routiers et de garagistes en rut.

En dépit de ce peut dire Le Pédé qui continue à te défendre même si tu le déçois un peu plus à chaque nouveau film, tu n’as d’autre valeur ajoutée que ton physique (inimitable, n’en déplaise à certaines) mais un produit ne se limite pas à sa simple valeur ajoutée (même si son concepteur n’est autre que le légendaire Jon Voight).

Alors, peut-être que je me trompe et que tu seras amenée à laisser dans l’histoire du cinéma une empreinte telle qu’on n’en a plus connu depuis Elisabeth Taylor (j’apprends d’ailleurs que tu incarneras très prochainement Cléopatre à l’écran), mais pour le moment, chère Angelina, je te le dis en tout bien tout honneur,

tu ne sers à rien.

Kikoolol la guerre!

18/08/2010
par L'Arabe

Hier, la news de la journée, à part les « sanctions » prises contre les Bleus Anelka & Co., c’était l’histoire d’Eden Abargile, jeune soldate de Tsahal et de ses photos Facebook prises devant des prisonniers Palestiniens. Sur ces clichés, rassemblés dans un album « L’Armée, la meilleure période de ma vie », Eden pose, souriante, près de prisonniers ligotés, les yeux bandés. Le fantôme d’Abu Ghraïb n’est pas loin.

La levée de boucliers a bien évidemment été immédiate. On s’horrifie, on objecte, depuis notre confortable salon du 9ème arrondissement, loin des réalités d’une vie au jour le jour, dans l’urgence, ce qui en soit, devrait invalider toute position sur le sujet (je ne m’avancerai pas plus sur ce point, je garde ça pour un autre article). Bien qu’ayant fini son service militaire obligatoire, et donc déchargée, Eden est encore passible de sanctions militaires. Interrogée, la jeune fille ne comprend pas tout le tintouin fait autour de ses photos et « ne voit pas le problème ».

Je ne vais pas faire le procès d’Eden. l’opinion publique l’a fait pour moi. Je ne vais pas non plus lui trouver des excuses, mais je m’interroge. Ces photos et cette attitude assez semblable, comme on l’a dit, à celles des officiers mis en cause dans le scandale d’Abu Ghraïb, sont-elles seulement liées à la bêtise immature de ces soldats? On ne s’étonnera pas des limites intellectuelles dont il faut être victime pour faire ce genre d’idioties, mais est-ce là le seul problème? La déshumanisation de l’ennemi, de l’occupé, de l’étranger, n’est-elle pas plutôt à mettre en cause? Et là, on ne peut plus parler d’individus, mais de corps d’armée.

Remettons les choses dans leur contexte. Israël est en état de guerre permanent depuis sa création, comme le sont l’Irak ou l’Afghanistan depuis 10 ans pour les forces internationales (et surtout américaines). Ce genre de débordements découlent directement de l’ignorance totale de ces soldats face à ceux qu’ils ont en face d’eux. Rien à part les balles, qui fusent, les bus qui pètent et ce que la rumeur dit. Pour les américains, un irakien, qu’il soit membre des milices du parti Baasiste, ouvrier, enfant ou mère de famille, est un haji. Le mot provient du hadj, le pélerinage à la mecque, un des 5 piliers de l’Islam. Pour ces soldats, comme pour Eden, l’autre n’est plus envisagé comme un individu, mais comme une entité sans distinction aucune. Et ce processus ne se fait pas par volonté personnelle, mais par le rouleau compresseur (pardon pour le cliché) de la formation militaire. Pour conditionner un être humain à battre, tuer l’autre, il faut passer par cette déshumanisation, ce sera sûrement le meilleur atout de ces soldats une fois sur le front. Sûrement ce qui fera la différence entre un soldat vivant et un soldat mort. Soit.

Le problème avec le cas Eden, comme avec celui des soldats en Irak, c’est qu’une fois le conflit « résolu », comment imaginer une seule seconde que les populations puissent un jour se comprendre et cohabiter si cet état d’esprit est toujours de mise? Comment penser que la jeunesse israélienne, passant obligatoirement par le service militaire, puisse se transformer en une population ouverte à l’autre (en l’occurence, ici, le Palestinien), donnée sans laquelle, quelle que soit la solution de semblant de paix trouvée entre les deux parties, le conflit au Moyen-Orient n’aura sûrement jamais d’issue. Eden ne voit pas ce qu’il y a de mal à poster ces photos sur Facebook parce qu’on lui a inculqué, années après années, un patriotisme, un nationalisme, et une peur de l’autre extrême. Le procès à faire n’est donc pas celui de cette soldate, mais celui de Tsahal, et d’une opinion publique israélienne dans sa globalité. J’enfonce des portes ouvertes, mais pour une paix en Israël, il faut que les mentalités changent. Pour que les mentalités changent, il faut, soit, que les attentats et les tirs de roquette cessent, mais aussi commencer à réhumaniser cet autre avec lequel quoi qu’il arrive, il va falloir vivre.

Il faut apprendre à faire la différence entre un membre des milices du Hamas, un ouvrier, un enfant ou une mère de famille. Il faut les envisager en tant que tels. Plus comme un « haji » de plus.

Lettre à France

13/08/2010

Ça fait plus de dix jours que je suis en vacances dans un pays lointain où je mange des cheeseburgers à (presque) tous les repas.

En général, quand je suis loin de la France, au bout de quelques jours, elle commence à me manquer (enfin elle manque surtout à mes cuisses qui ne se reconnaissent plus quand elles se croisent dans un miroir) et j’entreprends des balades nostalgiques sur la plage, mes lunettes de soleil sur le nez pour cacher des larmes qui coulent au rythme de Lettre à France que j’écoute en boucle, mon Ipod dans les oreilles. Et je chante aussi. Parce que quand je suis seule sur la plage à 8 heures du matin (rapport au décalage horaire, sinon il est évident qu’à 8h, en vacances, je dors comme un veau), je chante. Et je ne dérange personne. Sauf les mouettes. Mais je les emmerde, j’ai le mal du pays.

Ce matin, mes cuisses ayant décidé de faire la grève de la marche en signe de protestation, c’est assise près de l’eau, que j’écoutais Lettre à France, tout en lisant les infos sur le site du Monde, pour maintenir le lien. Et en fredonnant, ça a donné ça :

De-puis que je suis loin de toi, Je suis comme loin de moi, Et je bouffe toute la journééééeeee
Tuuuuu es à six heures de moi, Je suis à des kilos de toi, C’est ça l’peanut butter
Laaaa différeeeeence, C’est les cup-cakes, Partout autour de moi
Tu fais toujours de beaux légumes, Quelquefois dans les journaux, Je vois tes gentils agriculteurs…

Mais je suis interrompue par un titre où il n’est pas question de gentils agriculteurs.

« Matignon dit non aux salles de consommation de drogue » Comment ça se passe ? Je suis partie combien de temps ? De quoi il parle l’ordinateur ? Vite je clique sur l’article. Un instant j’espère que Le Monde ait été racheté par The Sun ou par Ici Paris pendant mon absence, qu’il fasse désormais dans le sensationnalisme et que le contenu de l’article ne soit point aussi inquiétant que le titre. 

Il n’en est rien, malheureusement. La douce Nadine Morano, qui n’existait de toute évidence pas quand Polnareff a écrit cette déclaration d’amour à la France, a fait part de son souhait d’ouvrir le débat sur les « salles de consommation de drogue » ( ?!?!) afin de lutter contre la toxicomanie ( ??!!??!!). Reprenant ainsi une brillante idée de notre Ministre de la SANTE, Roselyne Bachelot (il est important de rendre à César tout de même…). Et je précise également que le Parti socialiste (du moins ce qu’il en reste, c’est-à-dire trois péquenauds) s’est dit favorable à cette « expérience ».

L’idée serait donc de permettre aux toxicos de consommer de la drogue sous surveillance médicale. Non, mais rassurez-moi, il s’agit de marijuana pour les personnes en stade terminal ? Que nenni.

Il semblerait que ces lieux existent déjà en Allemagne, aux Pays-Bas, au Luxembourg, en Espagne, en Norvège, en Suisse, en Australie et au Canada. Le Monde nous apprend que leur fonctionnement est très réglementé : « les usagers débutants (sublime) et mineurs en sont exclus, le deal est prohibé dans et autour de la salle (nous voilà rassurés). Les usagers s’y rendent (de leur plein gré ?) avec leur drogue déjà achetée (héroïne, cocaïne, crack, médicaments). Les professionnels fournissent du matériel propre et dispensent des conseils (comme c’est aimable) pour pousser à des comportements prévenant les overdoses (comme assommer le drogué qui refuse de retirer sa seringue), les contaminations au VIH et hépatites. »

Et selon la Secrétaire d’Etat/Future Prix Nobel, « Lorsqu’on permet à des personnes qui sont toxicomanes de pouvoir consommer leur drogue sous contrôle, avec accompagnement, si on arrive à sortir ces personnes-là de la drogue, je crois qu’on aura gagné un combat ». Bon, alors déjà, Nadine, il va falloir retourner en 6e, parce qu’en terme de construction grammaticale, cette phrase est problématique. Ensuite, je pense qu’il faudrait déjà que tu cesses de consommer, toi, avant de faire des propositions, comme ça, à haute voix. Ou alors entraîne-toi d’abord devant le miroir de ta cellule capitonnée, ou auprès de tes aides-soignantes, ce sera un bon test. Si elles te donnent une petite boule rose juste après, c’est que ce n’est pas une bonne idée et qu’il faut attendre encore un peu pour prendre la parole. Je suis bien consciente que tu as eu la délicatesse de choisir le milieu du mois d’août pour t’exercer (tu as d’ailleurs probablement attendu que tout le gouvernement soit parti, pensant que ça passerait inaperçu), mais tu devrais savoir que certains journalistes ne sont pas en vacances et que tes propos sont susceptibles d’être relayés. Donc on se contient un peu, bordel.

Tu imagines un peu si le gouvernement (qui a jugé ces salles « ni utiles, ni souhaitables ») avait pris ta proposition au sérieux ?

On aurait donc des lieux où les toxicos « pourraient s’injecter des produits dans de bonnes conditions d’hygiène et sous supervision de personnel de santé ». Attendez une seconde, je me roule dans les algues de rire, je mange un peu de sable et un coquillage pour oublier que Madame Morano est Secrétaire d’Etat, et je fais une petite projection :

Prenons un toxico. Attention, Nadine, un toxico qui « s’injecte des produits » n’est donc pas un ado qui fume de l’herbe ou un trentenaire qui prend de la coke quand il sort avec ses potes. Ah non, mais je suis bête, tu le sais puisque ces centres ne sont pas pour les « usagers débutants ». Donc à l’entrée, on tend les deux bras et s’ils ne sont pas bleu marine, on sera gentil de bien vouloir retourner se défoncer à la maison et on revient quand on ne peut plus se piquer que dans le pied ou quand on a essayé de tuer sa voisine pour sniffer son talc. Compris ? Et merci de venir avec votre dope, parce qu’on ne fournit que les seringues ici, coincer les dealers nous intéressant peu.

Nadine, mon chou, je ne sais pas si tu as déjà été au contact d’une personne qui s’injecte des produits à l’aide d’une seringue, mais si ce n’est pas le cas, tu peux toujours louer Requiem for a Dream ou lire Moi, Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée, ça te donnera une vague idée. Bref, donc imaginons ces personnes, en l’existence de telles salles. D’abord, il va de soi, que lorsque leur vient l’envie d’un shoot, le dernier endroit où ils voudront « se rendre » c’est un centre médicalisé avec des gens en blouse blanche qui les accueilleront avec un sourire pincé (« bonjour madame, alors faites-voir un peu votre état, vous êtes bien au fond du fond ? parfait. Vous n’arrivez plus à tenir la seringue ? Pas de problème, nous sommes là pour ça »). Ils leur diront ensuite en plein shoot : « bon, voilà c’est bien, vous avez utilisé une seringue propre, maintenant il convient de s’arrêter… vous avez entendu monsieur, il faut s’arrêter, ça suffit, vous allez faire une overdose! Non, mais! » Ah, en tous cas, y’a pas à dire, on se marre bien avec les français. Et une fois qu’on les aura menacés de leur planter la seringue dans l’œil ou dans le bras, ils feront quoi les blouses blanches dans leurs « centres de consommation supervisés », « centres d’injection supervisés », « salles de consommation à moindre risque », « salles de shoot » ou whatever ?

Un des arguments en faveur de ces salles est que ça n’augmente pas la consommation. Certes, mais est-ce l’objectif ? L’objectif n’est-il pas de la réduire et de « désintoxiquer » ? Oui, dé-sin-tox-i-quer comme dans « centre de désintoxication » ? Comme dans sevrage, connasse ! Comme l’a d’ailleurs rappelé François Fillon, « la priorité est de réduire la consommation de drogue, non de l’accompagner, voire de l’organiser ». Heureusement que certains membres du gouvernement ont su préserver certaines de leurs facultés, parce que sinon, je ne rentre pas, moi. N’en déplaise aux douaniers américains. Surtout que les seuls propos que l’on me relate et qui ont un semblant de sens sont ceux de Marine Le Pen qui pense le gouvernement Sarkozy « en plein délire » et « irresponsable parce qu’il constitue une brèche dans le bannissement de la consommation de la drogue en France ». Dans ces conditions je peux demander l’asile politique non ?

Voilà, donc, France, je t’aime bien, mais je préfère quand tu dis moins de conneries et que les membres de ton gouvernement et surtout de l’opposition sont plus éloquents qu’un ou une Le Pen. Tu as encore 10 jours d’ici mon retour, donc on se reprend, merci.

Salles de consommation médicalement assistée de drogue. Sérieusement ?