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Et si tu fermais un peu ton gueule ?

03/01/2014

Il y a tout juste un an, le 3 Janvier 2013, je rouvrais brusquement les portes de C’est La Gêne avec ces mots :

Y’A QUELQU’UN ???

 

Gravity

 

A ma grande surprise, il restait encore beaucoup de monde pour répondre à mon premier coup de gueule contre les allumés qui allaient devenir la Manif pour tous.

Peut-être le pressentais-je déjà à l’époque, mais 2013 allait être l’année la plus rude ma vie, la plus incroyablement éprouvante sur tous les plans. J’en suis sorti vivant, mais pas tout à fait indemne. Cabossé de partout, j’ai décidé de faire ce que j’aurais du faire depuis longtemps déjà : recommencer à écrire.

Cela fait déjà quelques mois que j’ai ouvert un blog sur Tumblr, qui répond au doux nom de FERME TON GUEULE (sic). Fidèle à mes habitudes, j’y parle de putes en tous genre et de cinéma, de Martin Scorsese aux 343 salauds, du gay-friendly réac de Guillaume Gallienne aux imbécillités rances d’Elizabeth Levy. Et pour achever cette pute de 2013, j’ai réinventé le sempiternel Top 10 cinéma pour en faire une autobiographie de mon année cataclysmique en 10 films.

Alors à ceux qui reviennent parfois encore traîner entre ces murs déserts (j’ai les chiffres, vous êtes au moins 1000 par jour, bande de malades mentaux), si vous voulez prendre des nouvelles, c’est par ici que ça se passe : 

http://fermetongueule.tumblr.com

Bonne année à tous !

Le Pédé (@JulienKoj)

J’ai pas envie qu’on se quitte maintenant.

15/11/2013

Chers gens,

Voici la bande-annonce du court-métrage que j’ai réalisé cet été et au sujet duquel je vous ai tant saoulés pour que vous me gratifiez de quelques billets afin que je puisse financer l’entreprise.

Je suis heureux de vous annoncer que le nouveau-né s’appelle désormais J’ai Pas envie qu’on se quitte maintenant. Vous serez tenus au courant dès qu’un festival de courts-métrages aura le bon goût de le sélectionner.

Bien à vous,

Le Juif

Merci.

06/06/2013
by

Cher toi,

j’ai lancé il y a quelques semaines une collecte destinée à financer un projet de court-métrage intitulé « Double Date » et sans trop y croire, j’ai diffusé l’info ici, à moitié persuadé que tu nous avais, mes camarades et moi, oubliés.

Il n’en fut rien. Non seulement, tu ne nous as pas oubliés mais tu as même mis de ta poche pour me montrer que ce projet t’intéressait. Grâce à toi, j’ai pu atteindre mon objectif et ce court-métrage va pouvoir se faire.

Ces dernières semaines et ces mails quotidiens de Kisskissbankbank me notifiant d’une nouvelle contribution m’ont rappelé la joie éprouvée ce fameux soir où j’étais au centre de l’attention et au cours duquel des personnes bien intentionnées glissaient des enveloppes dans ma poche et me souhaitaient le meilleur pour ma vie à venir. Grâce à toi, donc, j’ai pu fêter à presque 34 ans ma seconde Bar Mitzvah (mais sans les aspects désagréables du type apprendre par coeur un texte dans une langue ancienne qu’on ne comprend pas et le réciter en respectant une mélodie improbable).

BAR_MITZVA7

Cette collecte arrivant à son terme, je tiens à te remercier pour ta générosité, tes messages d’encouragements et pour ton enthousiasme. Après plus d’un an de silence de notre part, ces marques de sympathie sont la plus belle preuve que ces années de bloguisme désintéressé en valaient vraiment la peine.

Bien à toi,

Le Juif

Post Scriptum : Si par hasard, tu avais très très envie de participer à cette collecte mais que tu ne l’as pas encore fait car tu es du genre à glisser ta déclaration d’impôts dans la boîte aux lettres juste avant minuit, sache que tu peux encore participer ici (tu auras droit à un mail de remerciements même pas copié-collé) :

http://www.kisskissbankbank.com/fr/projects/double-date-le-film

Dieu te le rendra.

24/04/2013

Cher lecteur mort de C’est La Gêne,

voilà plus d’un an que ce blog est décédé et toi avec. Et pourtant, mes compères m’assurent que tu n’es pas tout à fait crevé. Selon les dernières infos fournies par Google Stats, tu ressemblerais à ça:

creep

Certains t’auraient vu poster dernièrement un commentaire sur un article consacré à la « folie Chatroulette » et publié en 2009. D’autres prétendent que tu hantes les forums « Doctissimo » à la recherche de personnes qui accepteraient de mettre en parenthèses leur discussion sur les mycoses pour débattre avec toi du sex appeal de Mouammar Kadhafi ou des coups de gueule de Mélanie Laurent. Certains me font remarquer que tu ne commentais pas nos articles de ton vivant et qu’il y a donc peu de chances pour que tu commences à te manifester maintenant que tu as passé l’arme à gauche. Mais qu’importe si tu n’as pas de bouche pour jacter, tes oreilles feront bien l’affaire!

L’heure est grave et je n’irai donc pas par quatre chemin.

!!! JE  PRÉPARE UN COURT-MÉTRAGE !!!

Ce film s’intitule « Double Date » et son histoire pourrait t’intéresser car elle est adaptée d’une très sérieuse analyse socio-anthropologique que j’avais publiée ici sur la place du premier rancard dans l’acte d’accouplement en Occident et qui t’avait tant plu à l’époque.

Et c’est aussi la raison pour laquelle je sollicite ton aide, cher lecteur hectoplasmique. Le tournage de « Double Date » est prévu pour la mi juin et j’ai besoin d’une partie de tes économies pour en assurer le financement. Sache que la collecte démarre très bien et que l’objectif a de bonnes chances d’être atteint si tu y mets du tien.

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Pourquoi ferais-tu un tel geste?

-Peut-être parce qu’après tant d’années passées à te divertir gratos, tant de sueur, de sang et de larmes perdues à trouver des choses à raconter pour égayer tes mornes journées, le moins que tu puisses faire en retour est une petite contribution de rien du tout.

-Parce qu’après avoir critiqué et descendu tant de films que tu as aimés, tu voudras savoir de quoi je suis capable une fois derrière la caméra et m’humilier légitimement si le résultat s’avère merdique.

-Parce que tu aimes donner un coup de pouce aux petits jeunes de bientôt 34 ans.

-Parce que tu as quelques billets qui traînent dans la poche et dont tu ne sais que faire.

-Parce que tu seras de toutes façons remboursé si je n’atteins pas le montant fixé.

-Parce que tu es antisémite et que tu le vis mal.

Pour toutes ces raisons et bien d’autres, fais un don pour que je puisse faire mon film et je t’en saurai gré pour le restant de mes jours. Tu trouveras toutes les infos sur « Double Date » (pitch, casting, montant de la collecte etc) sur la jolie page Kisskissbankbank du projet.

Cher lecteur qui n’existe plus, je compte sur toi !

Cordialement,

Joachim, Le Juif de C’est La Gêne

http://www.kisskissbankbank.com/double-date-le-film

P.S: Si tu es vraiment trop pauvre ou trop radin(e) pour faire un don, tu peux aussi juste m’encourager, partager la page sur les réseaux sociaux ou en parler autour de toi. Toutes les marques de sympathie sont évidemment les bienvenues!

DEBOUT LES CONNASSES

28/03/2013

Spring BreakersMEGA SPOILERS ET FEMINISME ENRAGÉ AHEAD

Donc si je résume ce que j’ai appris au cinéma en Mars 2013 :

  • Spring Breakers, vendu par un plan marketing aussi brillant que mensonger comme la virée chargée en girl power de quatre minettes endiablées, se révèle finalement la non-histoire de 3 blondasses indistinctes + une gourdasse brune, que le cinéaste s’amuse à filmer en bikini durant 1/2 heure sans jamais chercher à les définir, avant de s’en désintéresser à la minute ou James Franco intègre le récit. Dès lors, la gourdasse brune -la seule qu’on avait à peu près dotée d’une personnalité- dégage quasi instantanément, tandis que les trois autres se soumettent à l’autorité du mâle dominant et finissent par disparaitre dans l’arrière plan, réduites à l’état de silhouettes interchangeables et quasiment muettes. « Mais lors de l’assaut final, ce bouffon de James se fait dézinguer en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, tandis que nos héroïnes massacrent tout le monde comme des grosses badass ! »  Certes. Des grosses badass en bikini et cagoules, réduites à l’état de corps grotesquement  fétichisés et curieusement privés de tête. Girl Power indeed.
  • Le monde fantastique d’Oz, nouvelle supercroûte post-Alice au pays du vomi qui fait son beurre en saccageant l’héritage d’un classique du cinéma enfantin, imagine les origines du pays d’Oz, où 3 pimbêches se crêpent le chignon en attendant l’arrivée du beau mâle qui va toutes les rendre (plus ou moins) folles. Et celui-ci est incarné par, je vous le donne en mille, James Franco. (Je sens comme un motif, pas vous ?)
    La sorcière sympa, c’est Michelle Williams, qui régente le monde des gentils Munchkins, non pas parce qu’elle a l’étoffe d’un chef d’Etat, soyez rassurés, mais parce que feu son papa était le roi. Et comme c’est une fille, et que les filles ça sert à rien, elle attend patiemment l’arrivée de CELUI (annoncé via la prophétie de service, forcément) qui sauvera tout le monde et héritera du trône d’Oz. Parce qu’elle, la fille du roi, c’est pas comme si elle pouvait en faire quelque chose de ce trône : une femme, c’est fait pour être assise à côté du mec sur le trône et fermer sa gueule. Heureusement, James Franco débarque avec son sourire de connard autosatisfait qui se croit tellement meilleur que les navets qu’il tourne pour alimenter son compte en banque ; peu importe qu’il ne soit qu’un vulgaire prestidigitateur de bas-étage et elle une vraie sorcière confirmée avec pouvoirs magiques trop swag, Michelle est persuadée qu’il est le seul à pouvoir galvaniser les foules et renverser le régime. Pourquoi ? Parce que mesdemoiselles, quand il s’agit de gouverner, un homme, fût-il une baltringue, vaut toujours mieux qu’une femme, fut elle une puissante magicienne. Pas vrai Michelle ?
    Et en passant, n’avez-vous jamais rêvé de savoir pourquoi la méchante sorcière de l’Ouest était toute verte ? Pas de panique, le mystère sera dûment levé à coup de backstory débile, et vous découvrirez que celle dont la méchanceté fondamentale et inaltérée terrifie des générations de mouflets depuis 75 ans n’était finalement rien de plus qu’une amoureuse éconduite, rendue VERTE de jalousie et folle de rage parce que ce sacré tombeur de James lui a préféré Michelle Williams. Ah ces gonzesses, toujours disposées à péter les plombs quand un mec leur dit non ! Bel hommage à un chef d’oeuvre immortel qui voyageait en son temps à travers l’imaginaire d’une jeune fille qui n’avait besoin que de son propre courage pour vaincre ses peurs.
  • Et puis il y a The Place Beyond The Pines, dans lequel Derek Cianfrance (que je m’excuse par avance de mettre dans le même sac que les deux escroqueries précitées) se focalise si emphatiquement sur les liens père-fils qu’il en vient presque à nier l’existence de ses personnages féminins. Déterminé à appliquer son modèle de tragédie grecque par voie de James Gray -les péchés des pères rejaillissent sur leur fils- Cianfrance clôt son film par un plan sur le rejeton du regretté Ryan Gosling chevauchant une moto tout juste acquise, bien décidé à suivre les traces d’un père qu’il n’a pourtant jamais connu. Car malgré nos vains efforts, nous dit Cianfrance, nous ne sommes que les produits des ambitions -ou de l’absence- de nos géniteurs. De sexe mâle, cela va sans dire, parce que le gamin en question a eu beau bénéficier de ce qui semble être une mère aimante, ainsi que d’un beau-père plutôt sympa, bref un foyer à peu près équilibré, qu’importe, Cianfrance a arbitrairement décidé qu’un papa, même inexistant, avait plus d’influence qu’un Maman qui s’est cassé le cul à élever le morveux depuis son infortunée naissance (REP A SA CHRISTINE BOUTIN). « Mon père n’était jamais là quand j’étais gosse, regarde ce que je suis devenu« , révèle très subtilement Gosling au début du film. Et Maman dans tout ça ? WHO CARES?

Mais fort heureusement, ces films viennent d’Hollywood, et nous avons la chance de vivre en France, un pays très avancé en matière de droits de l’homme (et de la femme). Un pays où le Huffington Post local, dirigé par ce parangon de féminisme qu’est Anne Sinclair, ne rechigne pas à publier des articles dans ce genre :

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Ah, la France ! Ce pays où la presse féminine a tellement banalisé les stéréotypes sexistes que l’article qui suit n’a été fustigé que pour son homophobie aussi involontaire qu’atterrante, alors que le discours décérébré qui l’entoure -et qu’ELLE véhicule chaque semaine depuis 1945- est au moins aussi alarmant.

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Pour avoir fréquenté les hautes sphères de la presse féminine, je peux vous assurer que les greluches qui pondent ce type d’articles se vivent comme des femmes libérés (version Cookie Dingler), de même que la plupart des greluches qui les lisent, contribuant ainsi à la prospérité de cette industrie révoltante. Parce qu’elles ont fait des études, parce qu’elles ont des boulots, parce qu’elle sont des femmes, tout simplement, il ne leur vient même pas à l’idée que leur vision du monde est façonné par la même pensée patriarcale dominante que celle des machos qui leur collent des mains au cul.

Pour ma part, je crois fermement que notre société compte le même nombre de gros porcs misogynes que de connasses phallocrates, et que le sexisme se propage autant par la bouche des femmes que par celle des hommes. Je lis autant de misogynie dans les propos affligeants de Bernard Lacombe que dans les médias phallocentriques dont nous nous abreuvons chaque jour plus ou moins volontairement. Je suis consterné par le nombre de gens que ces images laissent indifférents, et qui rejettent toute tentative d’analyse ou de mise en perspective comme si celles-ci ne pouvaient être que le fruit d’un délire paranoïaque. Je suis catastrophé que ma génération ait déserté le féminisme, désormais réduit à une doctrine dépassée synonyme de jambes poilues et de harpies enragées et aigries, forcément CELIBATAIRES (en effet, quelle autre raison de se préoccuper de l’égalité des sexes que la frustration du célibat ?) En ces temps de manifestations réactionnaires menée par des masses violemment rétrogrades qui s’approprient la notion de famille à leur usage exclusif, n’est-il pas temps de se réapproprier le féminisme afin de protéger nos enfants de ces nuages obscurantistes ?

Le personnel est politique, disait Carol Hanisch. ALORS ON SE REVEILLE, LES CONNASSES !

Aux armes, hétéros!

25/01/2013

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La marche organisée par le collectif « La Manif pour tous » qui s’est déroulée à Paris dimanche 13 janvier laisse un goût amer qui n’est pas sans rappeler la sensation ressentie au lendemain du 21 avril 2002. Voir que le rejet, l’exclusion et les préjugés puissent être à ce point « mainstream » est un véritable crève-coeur lorsqu’on est convaincu que le terme « braves gens » n’est, la plupart du temps, pas usurpé. Alors je sais qu’il serait absurde de diaboliser (tous) ceux qui ont choisi de manifester à pleins poumons leur refus d’élargir leurs droits à une frange de leurs frères humains plutôt que faire un footing ou d’aller au cinéma. Mon propos ici n’est pas de tenter de leur faire honte (improductif), ni de les convaincre (épuisant). MAIS.

Mais je peux utiliser cette tribune pour m’adresser à ceux qui n’étaient pas dans la rue ce fameux 13 janvier, ni ne comptent y être ce dimanche pour La Grande Manif pour l’Égalité parce qu’ils ne se sentent de toutes façons pas concernés.

Qui sont ces indifférents? Ceux qui, lorsqu’on leur demande s’ils sont pour le Mariage Pour Tous, répondent que « Oui, on est pour » mais à qui l’idée de descendre dans la rue le 27 janvier prochain ne viendrait même pas à l’esprit. Ceux qui, inconsciemment, croient que ce n’est pas leur combat et qu’ils n’ont par conséquent rien à faire au milieu de ces bataillons d’invertis. Ceux qui se contentent de se moquer des pitreries alcoolisées de Frigide Barjot ou du balai dans le derrière de Christine Boutin dans la chaleur rassurante de l’entre soi que procurent les réseaux sociaux. Ceux qui croient en avoir assez fait en votant pour François Hollande et pour son programme. Bref, tous ceux qui pensent qu’il sera plus opportun ce dimanche après-midi là, de faire un footing ou d’aller au cinéma plutôt que de faire entendre leur voix.

Hétérosexuels, le Mariage Pour Tous est notre affaire ! Tout d’abord, parce que nous avons ou nous ferons des enfants, que nous ne ne sommes pas devins et que nous ne connaissons pas leur future orientation sexuelle. Nous leurs devons de nous battre pour leurs droits et pour la reconnaissance de leur complète égalité. Et puis surtout parce qu’en descendant dans la rue aux coté des associations gay et lesbiennes, nous nous battons contre toutes les formes de discriminations tacitement institutionnalisées.

Puisque c’est en qualité de « Le Juif » que je m’exprime ici, je souhaite comparer l’enjeu populaire de ce dimanche à un épisode qui reste gravé dans ma mémoire de juif français. 1990, Carpentras. J’étais trop jeune à l’époque pour vraiment comprendre ce qui avait pu conduire des individus à profaner des tombes juives mais je me souviens d’avoir trouvé étonnant, voire délirant que dans toute la France, des centaines de milliers de non-juifs puissent au lendemain de ce crime descendre dans la rue et clamer leur rejet du racisme et de l’antisémitisme. Ces masses de personnes qui marchaient ensemble incarnaient quelque chose d’assez miraculeux : l’idée que le combat d’un petit groupe de personnes pour sa dignité le dépasse et puisse devenir le combat de tous.

Quel que soit le niveau de participation dans la rue lors de ce dimanche 27 janvier, la loi passera parce qu’une majorité de français l’a voulu en élisant un gouvernement socialiste qui en a fait l’un des points majeurs de son programme. Mais pour ceux qui vivent à Paris ou qui peuvent s’y rendre sans trop de difficultés, ne pas manifester leur franche adhésion équivaudrait à de l’abstentionnisme.

Chers hétéros, il serait tellement jubilatoire de montrer à la mère Barjot qu’elle ne parle pas en notre nom ! Abandonnons quelques heures seulement notre peau de triste majorité silencieuse et montrons lui que les pédés et les goudous, loin d’être suffisamment nombreux pour remplir seuls les grandes avenues parisiennes, peuvent compter sur notre soutien pour faire un maximum de vacarme.

N’ayez pas peur, amis hétéros! Personne ne vous sautera à la braguette en ce dimanche ! Vous ne croiserez pas non plus d’éphèbes dénudés au cours de cette marche pour l’égalité (la saison ne le permet malheureusement pas). Il n’y aura personne pour vous jauger et présumer de votre éventuelle homosexualité latente. Bref, venez seuls, avec vos amis, avec vos familles ou avec qui vous voulez. Je vous promets que vous ne rencontrerez point de regards concupiscents sauf peut-être si vous ressemblez à ça. Vous ne trouverez rien d’autre sur les visages qu’une sincère gratitude.

« Tous les hommes naissent libres et égaux en droits ». La formule fait ricaner de nos jours car elle a eu deux siècles pour être passée à la moulinette du réel mais elle demeure l’une des plus belles idées que la France a légué au monde. Nul astérisque à cette formule, nulle mention de bas de page en caractère minuscules précisant « sauf les pédés bien évidemment ». Abolissant les privilèges dans les principes sinon dans les faits, elle invitait chaque quidam à constater qu’il devenait aussi précieux, aussi important que le puissant ou le nanti aux yeux de la Loi. Plus de 220 ans après cette magnifique mais imparfaite proclamation, il est temps de la sceller par la Loi Taubira.

Pour enfin passer à autre chose.

Rendez-vous dimanche à 14h sur la place Denfert Rochereau à Paris.

Au nom de tous les miens

16/01/2013

« Espèce de sale bisexuel ! »

C’est ainsi qu’à l’âge de 7 ans, j’ai découvert l’homophobie.

Je n’avais encore jamais éprouvé le moindre désir charnel, je n’avais aucune notion de ce qu’allait être ma sexualité future, mais les fauves impitoyables de la cour de récréation m’avaient déjà flairé. Il s’appelait Logan, il ne se souvient sans doute pas de ces mots balancés à la face d’un gamin il y a plus de 20 ans, mais ses paroles ont marqué ma vie. Bisexuel, quel mot étrange, dont ce pauvre Logan ne connaissait sans doute pas la signification. Mais il savait, comme je le savais aussi sans doute, que quelque chose en moi n’était pas tout à fait conforme à ce que l’on attend d’un petit garçon.

J

Pendant des années, j’ai prétendu aux autres et à moi même que j’avais échappé aux meurtrissures de l’homophobie. Parisien des beaux quartiers né dans les années 80, mon sort fut certes largement plus enviable que celui des génération qui m’avaient précédées, ou de ceux qui ont l’infortune de vivre dans des pays où l’homosexualité est encore hors-la-loi. Mais je réalise depuis quelques temps à quel point je n’ai fait que détourner mes yeux d’une réalité trop douloureuse. Et je veux que ceux qui n’en sont pas passés par là soient bien conscients de la violence du statu quo que cherchent à maintenir par tous les moyens ceux dont la clameur a résonné dimanche dernier dans les rues de Paris.

Toute mon adolescence, j’ai marché dans les couloirs de l’école en feignant d’ignorer les murmures de mes camarades. Les regards en biais, les rires sournois, les insultes furtives. Jamais je ne fus invité à une boum, à un anniversaire, à une soirée. Les colonies de vacances étaient pour moi un calvaire. Chaque cours de sport arrivait avec son lot d’humiliations, à tel point que je finis par supplier mon médecin de père de me fournir une dispense pour toute la durée de ma terminale, sous le prétexte que mon incompétence me couterait des points au BAC. En sixième, ma prof de sport, une dénommée Mme Bossuat qui sévit encore entre les murs de l’EABJM, chuchota à la mère de mon meilleur ami de se méfier de la mauvaise influence que je pourrais avoir sur lui. J’avais 10 ans. 7 ans plus tard, lorsque je parvins enfin à cracher le morceau à mon amie la plus proche, la seule chose que celle-ci trouva à me dire, c’est « N’en parle surtout pas à ton père ». Que n’aurais-je donné pour une de ces meilleurs copines de cinéma, qui m’aurait pris par le bras et emmené au Queen sur-le-champ.

Il s’agit de comprendre qu’à l’inverse des autres minorités, les homosexuels doivent apprendre à faire face à la discrimination seuls. Tous les noirs naissent de parents noirs, les arabes de parents arabes, les juifs de parents juifs. Face à un monde extérieur hostile, ils grandissent avec la certitude réconfortante de se savoir entourés par leurs semblables, leurs familles, leurs communautés, au sein desquelles ils se sentent protégés de l’intolérance des masses. Aucun homosexuel ne naît de parents homosexuels. Chacun d’entre nous doit faire face seul au sentiment d’être un étranger dans sa propre famille, à la négation de l’éventualité de notre différence, au potentiel rejet de ceux qui nous sont les plus chers. Au mépris, au dégoût, à l’horreur dans le regard de nos parents, nos frères, nos sœurs.

J’ai grandi à l’âge de pierre où seuls quelques nerds hystériques savaient ce qu’était Internet. Mes parents, des gens ouverts et tolérants, n’avaient pour autant jamais fréquenté le moindre homosexuel. Pour ma part, je n’en avais jamais rencontré ; ces gens-là n’étaient pour moi que des créatures efféminés et vaguement ridicules dont on se moquait gentiment lorsqu’on en croisait au restaurant. Des êtres qu’il n’était pas question de haïr mais qui provoquaient invariablement des soupirs de gêne lorsqu’on était confronté au désagrément de les voir s’embrasser à la télé. Et si mon père était le genre d’homme à s’emporter contre un cousin dégénéré qui affirmait que tous les pédés méritaient de brûler sur le bûcher, était-il pour autant le genre d’homme à accepter un fils pédé ? Plus je les voyais s’inquiéter de mon absence de petite copine, plus leurs interrogations se faisaient pressantes, plus je souffrais de mon inadéquation. Toutes les années précédant mon coming-out se déroulèrent dans un état de peur et d’anesthésie affective qui ne me laisse presque aucun souvenir.

La première fois que je posais mes lèvres sur celles d’une fille que je ne désirais pas, je ressentis une fierté euphorisante. La première fois que je fis l’amour avec un garçon dont je rêvais depuis des semaines, je fus dévoré par la honte à tel point que je ne parvins plus à le regarder dans les yeux. Il me fallut des années pour apprendre à accepter, assumer et affirmer ce que je suis, sans crainte des jugements malveillants et autres réactions embarrassées. Mais le combat était loin d’être terminé. Il me fallut déchoir brutalement de mon piédestal de gendre idéal, réduit à l’état de cauchemar dans les yeux des parents horrifiés de mes amies et amants. Il me fallut endurer les rationalisations de ceux qui me suggéraient de me faire passer pour le « meilleur ami » afin de ne pas froisser les âmes sensibles. Encore aujourd’hui, il me faut lire l’incompréhension dans le regard de mes nièces, à qui des esprits mal intentionnés ont glissé que leur oncle est un tordu qui vit dans le péché. Et chaque jour de ma vie, il me faut vivre avec l’incertitude que l’une des figures les plus importantes de mon existence m’aurait accepté tel que je suis, eut-elle vécu assez longtemps pour assister à mon coming-out.

Je ne demande à personne de s’apitoyer sur mon sort, juste d’essayer de comprendre que les vies des jeunes homosexuels sont pavées de douleurs, assez pour réclamer un engagement total de la part de ceux qui les entourent et prétendent les aimer. Car ces jours-ci, il nous faut subir de voir nos concitoyens descendre dans les rues pour s’opposer à ce que nous accédions aux mêmes droits qu’eux. Entendre que le mariage se verrait dépouillé de sa signification si nous autres avions l’audace de le profaner. Comprendre que les couples que certains d’entres nous construisent depuis des années ne sont rien de plus qu’une mascarade aux yeux de t-e-l-l-e-m-e-n-t plus de monde que nous n’osions l’imaginer. Supporter qu’une vieille morue décatie se paie son quart d’heure de célébrité sur le dos de tous ceux qui ne réclament rien d’autre que l’égalité qui figure dans la devise de notre République. Voir ces mêmes minorités qui hurlent à la discrimination au moindre jeu de mots douteux sur les juifs ou les arabes nous tourner le dos, et nous réserver le traitement contre lequel ils luttent en brandissant les droits de l’homme, ces mêmes droits qu’ils s’empressent de jeter à la poubelle dès que ceux-ci ne servent plus leurs intérêts propres. Essuyer l’indifférence de la majorité hétérosexuelle, qui semble ignorante au fait que ce dont on débat ces jours-ci n’est ni une conversation de salon, ni un prétexte à faire des bons mots sur les réseaux sociaux, mais bien nos vies. Des vies qui méritent que l’on se batte pour elles, que l’on ne tolère plus ceux qui les menacent, et que l’on descende dans la rue.

L’homosexualité m’a menée la vie dure, mais elle m’a aussi sauvé la vie. Elle m’a forcé à devenir plus fort, à tout remettre en question, à regarder au dehors, à être plus ouvert, à trouver ma propre voie, à me battre pour ceux que j’aime, et à devenir la meilleure version de moi-même à laquelle j’aurais pu aspirer. Pour rien au monde je ne souhaiterais être différent. Alors, que tous ceux qui conspirent à me priver de ce que je mérite au moins autant qu’eux sachent que leur croisade est perdue d’avance. Nous avons attendu longtemps, nous n’avons plus l’intention de nous cacher ni de nous taire, nous avons la rage au ventre et plus de force en nous que vous ne pouvez l’imaginer. Nous allons gagner. Et dans quelques années, c’est vous, les innommables du 13 Janvier, les opposants silencieux, les indifférents complices, qui vivrez dans la honte.

JJ

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